Dans l'Académie de Nantes, comment s'est passée la rentrée 2009 dans l'enseignement professionnel, en terme de nombre d'inscriptions, en terme de choix d'orientation ?Ce que l'on peut observer, c'est l'augmentation très significative (elle est de 33%) du nombre d'inscriptions en 1ère année de CAP : 2080 à la rentrée 2008, 2764 à la rentrée 2009. Si l'on regarde les inscriptions en seconde professionnelle, elles sont respectivement passées de 9608 à la rentrée 2008 à 9296, soit moins 3,4%. Voilà pour les chiffres. Les explications sont les suivantes : l'académie a créé un nombre important de places en CAP car l'enseignement professionnel accueille désormais davantage d'élèves de SEGPA. D'un autre côté, nous avons observé une augmentation du taux de passage en seconde générale et technologique. Mais cette répartition des tendances s'est faite, sur le territoire académique, de façon inégale.
Dans le contexte économique, y a-t-il eu des laissés-pour-compte, à savoir des candidats à l'apprentissage, qui ont dû y renoncer, faute d'avoir pu trouver un maître d'apprentissage ?Certains élèves, effectivement, ont rencontré de très grosses difficultés. Un premier recensement a révélé le chiffre de 165 jeunes sans solution. Il a été proposé à ces jeunes-là d'être accueillis dans leur CFA d'inscription, sous statut scolaire par l'intermédiaire de la Mission générale d'insertion. C'est le dispositif ITHAQUE, mis en œuvre par le Rectorat et la Région.
A-t-il été constaté en cours de l'année scolaire des mouvements significatifs dans les abandons, les sorties prématurées en cours d'année scolaire ?Ce n'est pas le cas. Les entretiens individuels et le dispositif d'accompagnement personnalisé doivent, justement, permettre d'apporter des réponses sur le plan de la stabilité des parcours. Tout doit concourir à la réussite de l'élève. Les équipes pédagogiques se sont mises au travail en ce qui concerne entretiens et accompagnement. Un rodage est nécessaire, avant un ajustement, et je suis persuadé qu'à la rentrée 2010, tout sera parfaitement opérationnel.
Dans la rénovation de la voie professionnelle, qu'entend-on par accompagnement personnalisé ? Quelles formes peut-il revêtir ?C'est à une équipe pédagogique de prendre en charge chaque élève. En début de seconde professionnelle, cet accompagnement peut prendre, pour certains élèves, l'allure d'un soutien, d'une remédiation ou d'un approfondissement. L'idée et l'objectif, sont d'aider l'élève et lui offrir les meilleures conditions pour qu'il se construise un vrai projet personnel et professionnel. En première et en terminale, l'accompagnement vers le baccalauréat est, bien sûr, une priorité mais la poursuite d'études vers l'enseignement supérieur amène les équipes à proposer un travail sur les méthodes de synthèse et d'analyse, indispensables à tout élève de l'enseignement professionnel souhaitant intégrer, avec chance, une STS, par exemple.
Existe-t-il un modèle pédagogique d'accompagnement pédagogique ?Des pistes peuvent être suggérées mais il n'y a pas de modèle transférable. Le dispositif doit se mettre en place et fonctionner en fonction des situations locales et des profils de chaque élève.
Comment, selon les classes, les entretiens d'orientation sont-ils mis en œuvre ?Ils sont proposés, après la classe de 3ème de collège, en première année de CAP, en seconde professionnelle et en première professionnelle. A ce dernier niveau, ces entretiens sont plutôt orientés vers la poursuite d'études en STS ou IUT, avec informations et conseils. Ces entretiens doivent être pour l'élève une source de motivation en répondant à son besoin d'information, en y trouvant l'occasion d'affirmer ses choix. L'élève doit y trouver une forme d'encouragement.
La rénovation de la voie professionnelle a entraîné une modification des périodes de stages en entreprise. Quelle place ces stages occupent-ils dans le cursus de formation de l'élève ?La durée des stages est passée, en moyenne, de 16 à 22 semaines. Est affirmée sur ce terrain une volonté pédagogique commune à l'entreprise et l'établissement, pour permettre à l'élève d'acquérir et de déployer capacités et compétences, lorsqu'il est accueilli dans le monde de l'entreprise. Il s'agit d'un continuum de formation. Outre la découverte, ce dispositif en alternance peut permettre à l'élève de confirmer son choix d'orientation et, bien souvent, il est remarqué qu'au retour d'un stage, le jeune a changé, dans ses comportements, ses attitudes, son approche, même, de la formation. C'est la raison pour laquelle certains lycées professionnels ont mis en place des stages dès la seconde professionnelle, assez tôt dans l'année scolaire, de manière à favoriser une rupture pédagogique nécessaire.
Si l'enseignement professionnel a longtemps été considéré comme une filière de formation à finalité d'insertion professionnelle sans poursuite d'études supérieures, de nouvelles orientations lui sont données. Des dispositions nationales prévoient en effet davantage de possibilités pour les bacheliers professionnels de s'inscrire dans l'enseignement supérieur, en STS ou IUT.Deux objectifs ont été fixés par la Nation : amener 80% d'une classe d'âge au baccalauréat et 50% d'une classe d'âge au niveau d'un diplôme de l'enseignement supérieur. Élever le niveau de qualification des jeunes, c'est à la fois une nécessité sociale et une nécessité économique, quand on connaît le rythme des évolutions technologiques, la très grande complexité du traitement des données. C'est aussi à ce challenge de société que l'enseignement professionnel doit se préparer et répondre.
Existe-t-il des initiatives, dans les établissements, entre établissements, qui peuvent concourir, justement, à faciliter la poursuite d'études des bacheliers professionnels ?C'est le cas. Des établissements travaillent ensemble dans ce sens. Des lycéens professionnels peuvent être accueillis, sur des projets précis, dans des classes de BTS, des professeurs de BTS peuvent dispenser certains enseignements dans des lycées professionnels, des échanges pédagogiques peuvent se mettre en place entre les équipes respectives. On peut citer, à titre d'exemple, les partenariats dans ce sens entre les lycées Leloup-Bouhier et Camus à Nantes, Léonard-de-Vinci et Les Bourdonnières, à Nantes, Washington et Touchard au Mans.
Un groupe de ressources académique
Afin de préparer la mise en œuvre de la rénovation de la voie professionnelle, un groupe-ressource académique a été mis en place, composé d'une dizaine d'enseignants volontaires, ne bénéficiant pas de décharge. Formés par le Centre Académique à la Formation Continue (CAFOC), ces enseignants ont été chargés d'aider les équipes pédagogiques à construire un outil de positionnement en terme de projet d'élève. Parallèlement, le collège des inspecteurs a mis en place des actions transversales, par établissements ou par bassins de formation, actions portant sur la démarche de projets transversaux, sur les méthodes et stratégies d'apprentissage. "En quelque sorte, commente Jean-Luc Billerot, les prémices d'une personnalisation de l'enseignement".
Lorsqu'ont été publiés les textes officiels, les corps d'inspection ont développé une action sur l'accompagnement personnalisé, sous la forme de formations (par établissement ou par bassins) ou encore d'animations disciplinaires.
L'ensemble de ce dispositif s'est développé. Des groupes pluridisciplinaires d'inspecteurs ont rencontré les équipes de direction de chaque établissement, de façon à préparer des rencontres avec les équipes pédagogiques de chacun d'entre eux. Deux réunions interdépartementales, en outre, ont été organisées pour l'enseignement privé. Des séminaires d'information et de travail ont été organisés pour les chefs de travaux des lycées professionnels.
Avec la mise en œuvre de la réforme, en septembre 2009, ce dispositif d'aide et de formation s'est, bien sûr, pérennisé. Le groupe-ressource a poursuivi son travail sur le positionnement, avec le souci constant de mettre l'accent sur l'accompagnement personnalisé des élèves.