D’où vous vient cet intérêt pour les enfants dans la guerre ?
Il correspond à tout ce que j’ai lu sur le thème des enfants-soldats que ce soit dans la presse ou dans des livres comme " Je n’ai plus de larmes pour pleurer " de Sahebjam Freidoune (Grasset, 1985).
Pour commencer à écrire, il faut une petite étincelle, pour ce livre ce fût la rencontre avec quatre jeunes yougoslaves dont un garçon de 17 ans qui avait eu une arme à la main, ce fût une rencontre bouleversante.
" Fils de guerre " est-elle une histoire réelle ?
Non, moi je raconte des histoires. Un roman c’est un peu comme ce gâteau appelé mille-feuilles : une couche de réel, une couche d’imagination, l’important c’est qu’à la fin le gâteau soit bon. Le passage où des enfants sont utilisés pour déminer une zone s’inspire d’un cas réel qui s’est produit pendant la guerre Iran- Irak.
J’aime écrire une bonne histoire et y mettre des " thèmes " (mot que je n’aime pas trop) qui me sont chers. Josef est proche de vous par l’âge mais il est brisé par la guerre. En temps de guerre les gens sont obligés d’évacuer les choses secondaires, l’important c’est de sauver sa peau. A la fin il va recréer une cellule familiale avec la petite fille qui est peut-être sa sœur (mais la tâche sur son épaule est de l’autre côté !).
Le grand-père de ma femme a fait la guerre 14-18, j’ai lu ses carnets de guerre et ce qui m’a marqué c’est qu’il avait la vie chevillée au corps malgré toutes les horreurs vécues, un peu comme Josef.
Pourquoi y-a-t-il un double narrateur ?
Au fil de l’histoire la vie de Josef part en morceaux : plus de famille, plus de village et il est blessé. Au début lors de l’écriture seul Josef parlait mais cela n’allait pas pour un enfant qui a des éclairs de mémoire, qui ne sait plus dans quel ordre se sont passées les choses. Alors, c’est un journaliste qui va reconstituer le puzzle et nous donner l’état de la vie de Josef.
Cet enfant sera sûrement un adulte qui va traîner des problèmes toute sa vie et qui aura du mal à recoller tous les morceaux.
Il n’y a pas de photo sur la couverture du livre, pourquoi ?
Je n’étais pas satisfait de la photo pour " L’Oasis " et avec l’éditeur on a pensé que le titre seul, en gros frappait davantage.
Vous documentez-vous beaucoup avant d’écrire ?
J’ai découpé beaucoup d’articles sur l’ex-Yougoslavie. Je n’imagine pas écrire sans savoir ce qui s’écrit autour de moi et puis il y a les lectures du hasard. Pour moi l’écriture et la lecture sont complètement liées.
Vous considérez vous comme un écrivain engagé ?
Non, plutôt comme un auteur car écrivain c’est un mot que je réserve à ceux qui marquent vraiment leur époque. Engagé ? Dans une bonne histoire selon moi il faut faire entrer des choses auxquelles on croit. Il faut avoir des personnages qui vivent dans ma tête avant d’avoir des " thèmes ".
Par exemple quand j’ai pensé à Nahalia et à la tâche sur son corps : je trouve que cela amplifie le climat de peur, d’inquiétude et installe une ambiance très pesante dès le début du roman.
Qu’est-ce qui vous motive dans l’écriture ?
Je lis beaucoup, j’aimerais que mes lecteurs éprouvent ce même plaisir. En ce moment je lis " Le petit roi " de Mathieu Bélisi et c’est formidable.
Et puis nous sommes à une époque où il n’y a plus que ce qui est rentable qui compte, ce qui ne sert à rien n’est pas considéré. Moi, j’aime l’idée que je ne participe pas à cette folie de la rentabilité.
" L’Oasis " ou " Fils de guerre " nous montre des enfants dans la tourmente politique, que préparez-vous pour votre prochain livre ?
J’ai voyagé récemment au Yémen et là-bas on se retrouve en l’an 1300 !Je suis sûr d’écrire quelque chose sur les femmes les petites filles qui y sont affreusement mal considérées. C’est un pays violent où tous les hommes sont armés, où les femmes font tout le travail. Il y a sûrement un livre à écrire. Autre problème, en 2010 dans ce pays il n’y aura plus d’eau et personne ne s’en préoccupe !