RENCONTRE DE CHRISTOPHE HONORE

AVEC DES ELEVES

Pour en savoir plus sur Christophe Honoré

Questions des élèves

 

Est-ce que Tout contre Léo est une histoire vraie ?

Des éléments sont vrais : le petit village en Bretagne, mais je n'ai pas de frère mort du SIDA.

 

Pourquoi ce titre ?

Il est difficile de choisir un titre. Quand on choisit le prénom d'un enfant, on ne sait pas quelle sera son identité. Là, on connaît l'identité et il faut choisir.

"Tout contre" veut dire "près de", mais peu avoir le sens de "tout ce qui va contre" Léo.

 

Pourquoi le thème du SIDA ?

Ce livre était mon premier livre. Ce thème était proche de moi. Mon petit frère avait 12 ans à l'époque, et quand on discutait du SIDA, il sortait fièrement de son portefeuille un préservatif. Je me rendais compte que le discours tenu auprès des jeunes était toujours préventif, et que l'on voit les choses différemment lorsqu'on a quelqu'un de proche atteint par la maladie.

Je connais quelqu'un atteint du SIDA, écrire un roman était une façon d'intervenir. Ce livre est dédié à Julien et Bernard, c'est pour eux deux que je l'ai écrit. Ce n'est pas facile d'écrire un livre, il faut avoir une bonne raison.

 

En combien de temps écrit-on un livre ?

Tout contre Léo, je l'ai écrit en 3 mois. Mais il y a eu tout un temps de maturation. C'est plus fort que moi m'a demandé plus de travail. Il faut de l'énergie pour écrire un livre pour enfants, il doit y avoir un élan.

 

A quel âge avez-vous écrit le premier livre ?

A 24 ans. Depuis l'adolescence, j'écrivais des poèmes, des lettres d'amour, un carnet intime, mais c'est difficile d'être lu par les autres.

 

Comment trouvez-vous vos livres ?

Je ne les relis pas, mais je les aime bien. Une fois écrit, ils appartiennent aux autres.

 

Quelle est votre démarche pour écrire ?

Au départ, Tout contre Léo faisait le double de pages. L'idée est que la littérature ressemble à la sculpture. La forme est à l'intérieur et on creuse dans la pierre.

 

L'écriture, est-ce un métier ou un divertissement ?

L'écriture me met dans un état désagréable. Je n'ai pas un bonheur d'écrire. Je ne suis pas satisfait de ce que je fais sur le moment.

L'écriture est mon activité principale, mais ce n'est pas vraiment mon métier.

 

Pourquoi ce choix ?

J'avais d'abord choisi le cinéma, mais c'est long. Ecrire, c'est plus facile, et je réussis pas mal. Quand on écrit, il y a de la solitude, il faut aimer se salir les mains, aller vers les thèmes où il y a un peu de gravité, qui vont toucher. Ce n'est pas toujours facile de s'en remettre. En même temps, c'est un métier privilégié.

 

Combien de temps écrivez-vous par jour ?

Pour un roman, 4 heures par jours. C'est variable. Je me fixe des limites puisque je n'aime pas écrire. Par exemple, pour la suite de Tout contre Léo, je sais qu'elle doit être écrite pour fin avril. Sinon, on peut laisser un livre en friche.

 

A quel moment de la journée écrivez-vous ?

Je me lève tard et je me mets à écrire vers 2 heures de l'après midi. J'aime bien de 2 à 4, et surtout de 6 à 9. Et le soir très tard, je relis. Je travaille mes pages, c'est le moment que je préfère, le moment de la correction, retravailler pour donner plus de force à un passage. Ca prend du temps.

 

Combien avez-vous écrit de livres ?

Pour les enfants, j'en ai écrit six, dont trois sont déjà parus, deux vont paraître dans les mois à venir, et un dernier aurait dû être publié mais il a été suspendu.

Pour qu'un livre soit publié, je vais voir mon éditrice, elle choisit de prendre ou non le livre, ensuite viennent le travail du correcteur, et celui du maquettiste, puis c'est l'impression et la publication.

Le livre qui a été suspendu était prêt à être imprimé, mais on a jugé que le sujet posait problème : L'histoire d'une petite fille élevée par deux femmes Il existe une pression de la part d'associations familiales sur le livre de jeunesse. Il ne faut pas remettre en question la famille.

Combien gagnez-vous par livre ?

Le système s'appelle "les droits d'auteurs". La maison d'édition donne à l'auteur une avance sur les livres, et après l'auteur touche environ 10 % par livre vendu.

C'est intéressant que le salaire ne vienne pas uniquement de la maison d'édition.

 

On parle de M6 à un endroit...

J'aime l'idée que mes livres soient actuels donc je multiplie les références culturelles. Ils sont un des miroirs qui renvoient l'air du temps. Dans 10 ans, ils seront dépassés, mais en même temps, ils seront historiquement juste représentatifs d'une époque. Pour moi, beaucoup de livres sont désincarnés, mais ce n'est pas mon domaine.

 

Ecrivez-vous autre chose que des romans ?

Oui, des poèmes. J'ai aussi écrit une pièce de théâtre.

 

Lisez-vous beaucoup ?

Oui. Pas trop quand j'écris. En fait, l'envie de lire m'est venue tard, en troisième et en seconde. Il faut rencontrer des auteurs. Deux livres que j'ai aimés par exemple : Vous jurez de dire toute la vérité sur votre classe de sixième de Raphaël Fetjo et On s'écrira de Guillaume Le Touze.

 

Comment vous vient l'inspiration ?

Je ne sais pas, c'est étrange; En même temps, j hésite entre plusieurs histoires, et pourtant au bout du compte, j'ai l'impression que si j'avais écrit une autre histoire, elle en aurait été proche. La chair du livre vient de ce qui se passe. Je ne crois pas à l'inspiration en tant que telle.

Ecrire aide à se construire.

Sommaire du service