MINISTÈRE
DE L'ÉDUCATION NATIONALE, DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
ET
DE LA RECHERCHE
Inspection
générale de l’éducation nationale
Les
politiques documentaires
des
établissements scolaires
Rapport à monsieur le ministre de l'éducation
nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche
Jean-Louis Durpaire
Juin 2004
LISTE DES
DESTINATAIRES
CABINET
-
Monsieur Jean-Paul Faugère, directeur de cabinet
-
Madame Marie-Jeanne Philippe, directrice adjointe du cabinet
-
Monsieur Gérard Mamou
-
Monsieur Serge Thévenet
-
Monsieur Emmanuel Pasquier
ENVOIS ULTÉRIEURS PROPOSÉS
-
Monsieur le directeur de l’enseignement scolaire
-
Monsieur le directeur de la technologie
-
Monsieur le directeur de l’enseignement supérieur
-
Madame la directrice de l’encadrement
-
Madame la directrice de l’évaluation et de la prospective
-
Monsieur le directeur des personnels enseignants
-
Monsieur le directeur des personnels, de la modernisation et de
l’administration
-
Monsieur le directeur des affaires financières
-
Monsieur le directeur des affaires juridiques
-
Mesdames et messieurs les recteurs d’académie
-
Monsieur le doyen de l’inspection générale des bibliothèques
-
Monsieur le chef de service de l’IGAENR
-
Monsieur le directeur de l’ESEN
-
Monsieur le directeur général du CNDP
-
Mesdames et messieurs les inspecteurs d’académie, directeurs des
services départementaux de l’éducation nationale
-
Mesdames et messieurs les inspecteurs d’académie-inspecteurs
pédagogiques régionaux EVS
-
Mesdames et messieurs les directeurs d’IUFM
-
Mesdames et messieurs les directeurs de CRDP et de CDDP
-
Monsieur le président du conseil national des programmes
-
Monsieur le président de l’observatoire national de la lecture
SOMMAIRE
Présentation de l’étude
(contexte, objectifs, méthode)
La documentation : une image de modernité
De nouveaux constats au cours des cinq dernières
années
Des documentalistes inquiets, désireux d’être mieux
reconnus
L’absence de directive ministérielle récente sur le
métier de documentaliste
Mais des documentalistes qui trouvent aussi des
équilibres
Le documentaliste : pédagogue et homme ou femme
de culture
Le documentaliste, le sens de l’accueil et le souci de
la coopération
Le documentaliste et le travail en équipe
Les élèves « plébiscitent » le CDI
Les personnels d’éducation se sont éloignés des
documentalistes (et réciproquement)
Des chefs d’établissement de plus en plus intéressés
par les questions documentaires.
De nombreuses collectivités territoriales ont marqué
leur vif intérêt pour l’espace CDI
L’État a fait des efforts considérables …et peu
reconnus par les communautés éducatives.
La poursuite du développement des TICE
La surabondance de l’information et le besoin
d’organisation : la question du système d’information
Une pédagogie qui sollicite davantage le travail
personnel de l’élève
La nécessaire organisation en réseau
Une nouvelle légitimation du rôle du documentaliste
Savoir organiser et traiter les ressources est plus
que jamais nécessaire
La finalité reste la même, mais devient majeure
Une nouvelle circulaire est nécessaire
La nécessité d’une politique documentaire
Apprendre à chercher pour s’informer et informer
La documentation dans les établissements techniques et
professionnels
Des académies largement engagées
D’autres académies mènent des actions sans avoir
formalisé la démarche
Les liaisons école-collège et collège-lycée
q Le
rôle essentiel des IA-IPR et particulièrement des IA-IPR d’EVS
Des mesures pour le développement de la documentation
dans les établissements scolaires
Mesures pour une politique documentaire nationale
Mesures pour une politique documentaire académique
Mesures pour chaque établissement scolaire
Engagements nécessaires des documentalistes
Présentation de l’étude (contexte, objectifs, méthode)
En un demi-siècle, la place de la
documentation n’a cessé de croître au sein de l’institution scolaire et de
s’affirmer comme un élément essentiel à la qualité de l’action éducative et
pédagogique. Son image a changé ; elle est désormais liée à la modernité,
à l’innovation pédagogique et aux nouvelles technologies. L’État et les
collectivités territoriales ont déployé des efforts considérables qui ont
permis, en bien des lieux, la transformation des CDI en espaces confortables,
bien équipés, dotés des outils pédagogiques les plus modernes. Le nombre de
postes de documentalistes a crû de manière sensible. Le CAPES de documentation
a été créé, les épreuves de recrutement ont été rénovées, affirmant une
nouvelle qualification professionnelle.
Et pourtant, malgré ces efforts
multiples et constants, des interrogations subsistent sur le rôle de la
documentation dans les établissements scolaires. Un besoin de clarification se
fait sentir. L’appel à des textes de cadrage nationaux est d’autant plus vif
que le silence de l’institution a duré trop longtemps pour les documentalistes.
Une circulaire de définition des missions remontant à dix-huit ans, peu de
références à l’action documentaire dans les nombreux textes publiés récemment
ont fini par créer des doutes dans leur esprit. Cela n’a toutefois pas altéré
l’engagement du plus grand nombre d’entre eux dans un métier original et
exigeant. Le besoin de cadrage a fait émerger dans un premier temps la notion
de projet pour le CDI comme volet essentiel du projet d’établissement, puis
celle de politique documentaire supposant une vision plus globale. Conscientes
des besoins des établissements, des académies ont engagé des actions visant à
promouvoir l’expression de politiques documentaires.
Réalisée dans le cadre d’une
auto-saisine, l’étude du groupe EVS de l’IGEN s’est donné pour objectifs de
faire le point du développement de cette notion de politique documentaire des
établissements scolaires. Un groupe de pilotage comprenant huit inspecteurs
généraux a été mis en place. La méthode de travail a intégré un examen des
textes officiels et des publications (livres, périodiques, sites Internet et
tout particulièrement les sites consacrés à la documentation[1])
et deux enquêtes.
La première enquête a concerné
l’échelon académique. Son but a été d’examiner la démarche qui était suivie en
matière de pilotage documentaire académique : quel cadrage ? Quelle
articulation avec les dispositifs innovants ? Quelle articulation avec les
TICE ? Quel rôle des collectivités territoriales ? Elle a aussi
cherché à repérer quelques établissements ayant formalisé une politique
documentaire. L’ensemble des inspecteurs généraux du groupe EVS, ainsi qu’au
moins un IA-IPR EVS de chaque académie, ont été concernés par ce volet de
l’étude.
La seconde enquête a porté sur l’établissement
scolaire : 49 établissements (48 publics et 1 privé), répartis sur sept
académies (Clermont-Ferrand, Grenoble, Poitiers, Limoges, Lyon, Reims,
Strasbourg) ont fait l’objet d’une visite approfondie. L’échantillon comportait
16 collèges, 18 lycées, 6 LP, un EREA, 4 cités scolaires composées d’un collège
et d’un lycée, 4 cités scolaires composées d’un lycée et d’un LP. Les
paramètres de la taille des établissements (La plus petite structure visitée
comportait 75 élèves et la plus grosse près de 2000), de la situation
géographique ou sociologique (14 établissements étaient en ZEP, 12 en rural
isolé) ont été pris en compte. Dans chacun d’eux, une observation des usages
des ressources a été effectuée et une série d’entretiens systématiquement mis
en place. Ont ainsi été entendus soixante-dix documentalistes, une soixantaine
de personnels de direction, quarante CPE, environ 200 enseignants, une centaine
de lycéens, une cinquantaine de personnels dans des fonctions
d’aide-documentaliste. De plus, trois établissements ont été visités à
l’étranger (Allemagne et Suisse).
Ce travail a, en outre, été placé dans le cadre
d’une collaboration avec les IA-IPR EVS qui s’est traduite par un séminaire en
octobre 2003 pour lancer l’étude et par des échanges et apports d’éléments au
fur et à mesure que des questions nouvelles étaient soulevées.
Enfin, des entretiens avec plusieurs responsables à
l’administration centrale (DEP, DT, DPE, DESCO, ESEN) ont permis d’éclairer
certains aspects de la question.
La documentation : une image de modernité
Il n’est pas nécessaire de rappeler ici l’histoire des CDI[2], mais il faut souligner que, dès l’origine, l’idée était d’offrir un cadre pour apprendre différent de celui constitué par la classe. Dans les années 60, les promoteurs des SDI, puis des CDI, comme ce sera également le cas un peu plus tard (1975) à l’école primaire avec les BCD, avaient l’ambition de favoriser le travail en autonomie, la recherche, la lecture plaisir. Au moment où se produisait l’« explosion scolaire », pour reprendre l’expression chère à Louis Cros, l’idée de CDI participait au mouvement d’une école nouvelle assise sur des méthodes actives faisant appel à toutes les ressources pédagogiques utiles et aux moyens modernes d’enseignement. Dès cette époque, des textes sont publiés pour encourager l’usage de toutes les « techniques modernes » –disque, radio, télévision – : « ces diverses techniques, chacune à sa manière, contribuent à enrichir et à vivifier l’enseignement…[3]».
Dans les années 60-75, les bibliothèques des lycées se transforment en CDI. Mais les inégalités restent considérables en matière documentaire en collège : on passe progressivement des bibliothèques de fond de classe dans les petits collèges ruraux à des salles de documentation. Le collège unique, en 1975, conduit naturellement à la nécessité d’un CDI dans chaque collège.
En 1982, une circulaire[4]
souligne le rôle du CDI comme cadre offrant des conditions de travail
appropriées au développement de l’autonomie de l’adolescent. « L’objectif à atteindre est simple : que l’élève soit
pleinement autonome au CDI, donc capable de travailler seul, dès la fin de la
cinquième, si ce n’est dès la fin de sixième. » La circulaire[5]
de mission de 1986 n’emploie plus l’expression « vie scolaire », mais
évoque le rôle du documentaliste qui « favorise
l’apprentissage de la vie collective et de la vie sociale » ; par
ailleurs, si elle demande au documentaliste d’entretenir « avec les professeurs et personnels
d'éducation une coopération pédagogique suivie », elle indique
fortement « l'appartenance du
documentaliste-bibliothécaire à la catégorie des personnels enseignants »
en précisant que « sa mission, de
nature essentiellement pédagogique, (doit être) conduite en étroite liaison
avec les professeurs de l'établissement. »
Si les années 80 voient le développement des CDI, l’affectation des personnels pour prendre la responsabilité de ce secteur est placée entre deux positions contradictoires : d’une part, des enseignants volontaires[6] ayant envie de pratiquer un autre type d’action pédagogique, conformément à la circulaire de mission de 1986, d’autre part, des enseignants rencontrant des difficultés dans la classe.[7]
En 1987-88, une enquête[8] de l’Inspection générale fait le point sur les CDI. À cette époque, la question même de l’existence du CDI se pose puisque la première question est ainsi libellée : « Votre établissement dispose-t-il d’un véritable CDI ? Ou d’une bibliothèque ou d’un local de substitution ? ». 71% des établissements (77% des lycées, 68% des LP, 64% des collèges) ayant répondu à l’enquête déclarent disposer d’un « véritable CDI », 26% d’une bibliothèque (23% en lycée, 26% en LP, 34% en collège). Quant au statut des personnels, les enquêteurs souhaitaient savoir qui exerçait, à ce moment, les fonctions de documentaliste, « la question était volontairement très large ; on demandait aux établissements s’ils disposaient ou non d’une personne (à temps plein ou à temps partiel) pour exercer des fonctions de documentaliste. On n’excluait que les TUC[9] qui ne devaient pas être pris en compte ». Les réponses distinguent les personnels sur postes réellement créés et les personnels sur postes temporaires. Pour les premiers, 85% d’entre eux sont des adjoints d’enseignement, 7% des « enseignants détachés de leur discipline », 8% des instructeurs. Pour les autres, 30% sont des adjoints d’enseignement et « pour l’essentiel du reste des enseignants de disciplines diverses – y compris les professeurs de lycée professionnel – dont la situation administrative est des plus variée et pas toujours claire ».
Il y a dix ans, l’inspection
générale de l’éducation nationale menait une étude[10]
sur les CDI en s’attachant spécifiquement à évaluer leur rôle pédagogique. Ce
travail intervenait donc seulement trois ans après la création du CAPES de
documentation et la mise en œuvre du « plan
de rattrapage pour les CDI » décidé par le ministre de l’Éducation
nationale dans le cadre de la loi d’orientation sur l’éducation.[11]
Si le rapport met en évidence des atouts du CDI – sa situation, son équipement
et son fonds –
et les évolutions, il relève aussi de nombreux problèmes : les enseignants qui
« assignent au documentaliste un
rôle pédagogique résiduel et convenu », l’utilisation dominante du CDI
« sans stratégie » et
surtout en LP où l’on parle d’« image
brouillée, de désaffection rampante et même de remise en cause du CDI ».
Toutefois, des évolutions sont perceptibles : si « dans 50 % des cas, le documentaliste seul a
élaboré [la] politique d’accueil,…dans l’autre moitié des cas, a été admise
l’idée que l’accueil étant un acte pédagogique en soi, sa maîtrise devait être
négociée et élaborée collectivement avec tous les acteurs, remise en cause
périodiquement, inscrite au projet d’établissement ». Un autre facteur
positif est repéré dans l’intérêt des chefs d’établissement. Même si « la mission pédagogique des CDI est peu
lisible dans les projets d’établissement », une majorité de chefs
d’établissement suit l’activité du CDI. Toutefois, « l’orchestration est qualifiée d’hésitante, limitée à parer aux
urgences et privilégiant l’équipement et les activités traditionnelles ».
De ce constat, découle la recommandation en direction de l’établissement :
« élaborer des plans prospectifs
pour le CDI, inscrits dans le projet d’établissement et tenant compte
d’impératifs pédagogiques ».
Depuis cette étude, deux
événements majeurs sont venus modifier le contexte du fonctionnement du CDI et
conférer à cette recommandation un caractère d’ardente obligation. Il s’agit
d’une part d’Internet et des réseaux, d’autre part d’une série de dispositifs
rendant indispensable le recours à la documentation.
La documentation et le monde des bibliothèques sont
transformés par l’arrivée des nouvelles technologies. L’élève, l’enseignant, le
citoyen en général, disposent désormais d’une panoplie d’outils dont
l’évolution elle-même a été très rapide. Le premier réflexe de recherche qui
était celui de la consultation d’un dictionnaire s’est transformé, pour
beaucoup d’élèves et de nombreux citoyens, –dès lors qu’ils disposent des
outils– en une recherche sur Internet. Mais que recouvre ce changement ?
Faut-il lutter contre cette tendance ou, au contraire, l’encourager ? Les
processus cognitifs mis en action dans l’un et l’autre cas restent-ils
identiques ? L’initiation à la recherche documentaire, exigée par les
programmes, a t-elle été modifiée ? En fait, que recouvre cette
notion ? Il paraît intéressant d’examiner les actions mises en place par
les équipes pédagogiques dans ce domaine. En outre, comment les documentalistes
concilient-ils la nécessaire place du livre à l’école et le développement de
l’audiovisuel et l’informatique ? Il faut aussi constater que l’œuvre
intellectuelle est de plus en plus dissociée de son support physique (ex. un
livre, un article de presse). Les questions de lecture, d’exploitation des
documents via un écran ou un appareil de lecture deviennent prégnantes.
Le rapport du sénateur Gérard[12]
portant sur le « partage et
l’acquisition du savoir à l’heure des technologies de l’information et de la
communication » a estimé « important
que l’école donne à l’élève les compétences et les savoirs qui lui permettent
de rechercher les informations dont il a besoin, de vérifier les sources,…, de
les sélectionner et de les exploiter. » La suggestion d’élaboration
d’« un référentiel de compétences en
information-documentation précisant les savoirs et les savoir-faire »
a-t-elle reçu tout l’écho qu’elle méritait ?
Le programme d’action gouvernemental pour la société
de l’information mis en place en 1998 a comporté un large volet portant sur
l’éducation qui a permis un développement global important des usages des TICE.
Les efforts se poursuivent ; le programme RESO2007 pour une République
numérique dans la Société de l’information prévoit notamment de rendre
obligatoire le brevet informatique et Internet, de renforcer la sécurité
informatique à l’école et de développer des plates-formes de services pour les
membres des communautés éducatives.[13]
Durant cette même période, le travail de l’élève
appuyé sur des recherches personnelles et sur une production s’est trouvé
valorisé. Le document élaboré par le Conseil national des programmes[14]
pour présenter les programmes du collège a souligné que « la classe n’est plus le seul lieu des
apprentissages : la fréquentation régulière des centres de documentation
et d’information (CDI) et la place de plus en plus importante des technologies
de l’information et de la communication en ont élargi le cadre. » Les
invitations à faire travailler les élèves à partir de recherches documentaires
ont été plus pressantes. Qu’il s’agisse des modules en classe de seconde, des
travaux personnels encadrés (TPE) en classes de première et terminale, de
l’éducation civique juridique et sociale (ECJS), des projets
pluridisciplinaires à caractère professionnel (PPCP) en LP ou des itinéraires
de découverte (IDD) en cinquième et quatrième, tous ces schémas pédagogiques
font un appel majeur à la documentation.
Les TPE « supposent un travail préalable
important de recherche documentaire de la part des enseignants chargés de
guider les élèves dans la définition et l’élaboration de leur projet, de la
part des élèves qui auront à effectuer des recherches en autonomie et à savoir
les utiliser avec pertinence ou encore de la part des documentalistes des CDI
sollicités par les enseignants comme par les élèves ».[15] La
circulaire définissant le projet pluridisciplinaire à caractère professionnel[16]
précise qu’il s’agit d’« une modalité pédagogique qui permet l’acquisition
de savoirs et de savoir faire liés au travail en équipe, à la recherche
documentaire et à une réalisation pratique ». De la même manière, les
itinéraires de découverte sont « l’occasion d’une présentation et d’une
première appropriation des méthodes de recherche documentaire ».[17]
De nouveaux constats au cours des cinq dernières années
Toutes les études de l'inspection générale,
relatives à la mise en place de ces nouvelles formes de travail pédagogique
convergent pour souligner les difficultés rencontrées par les enseignants
lorsque les ressources documentaires sont insuffisantes ou mal organisées.
Ainsi, en septembre 2000,
après avoir constaté « l'importance capitale de la documentation, des
CDI et de leur utilisation rationnelle par les élèves et par les
professeurs », le rapport sur la mise en place de la réforme du
lycée[18]
signale
aussi que « l'utilisation du
CDI reste encore plus occasionnelle que véritablement programmée ». Une
meilleure inscription des projets propres au CDI dans le projet d'établissement
est proposée comme remède à ces difficultés.
En juin 2002, le rapport sur les TPE[19]
indique que les CDI sont « revitalisés
par les TPE, mais souvent débordés ». L’activité normale du CDI se trouve perturbée par le nouveau dispositif, les
auteurs du rapport écrivant : « Les
CDI sont les lieux privilégiés de travail des élèves lors des deux heures consacrées aux TPE. Souvent ils
"reprennent vie", mais dans un certain nombre de cas, l'accueil des
élèves en TPE se fait au détriment des activités normales. »
Ils soulignent les incidences favorables de la
démarche sur l’attitude générale des élèves : « le travail de recherche documentaire mené au
CDI rejaillit de manière positive sur son utilisation
quotidienne : les élèves sont plus curieux donc plus
demandeurs. » Ils relèvent les problèmes
matériels engendrés par une démarche pédagogique plus
active : « L'absence de
salles annexes, le manque de matériel informatique en quantité, l'insuffisance
des connexions à Internet, la faiblesse de certains fonds documentaires. »
Le besoin d’espaces différenciés est effectivement évident, même si la
situation continue à s’améliorer.
L’étude consacrée aux PPCP et à l’ECJS en LP[20],
en juin 2002, dresse le même constat : « Le problème de gestion de locaux (…) accroît les handicaps, de même que
l'insuffisance des moyens informatiques ou télématiques,(…) la saturation des
CDI et la surcharge des documentalistes.[21]»
Des documentalistes inquiets, désireux d’être mieux reconnus
La situation de la documentation est donc paradoxale. D’un côté, tout semble indiquer l’importance première de ce secteur : pour que les élèves apprennent mieux, ils ont besoin de ressources documentaires. Pour qu’une nouvelle pédagogie soit mise en place, des espaces nouveaux sont nécessaires et l’espace CDI constitue une référence. D’un autre côté, des questions restent pendantes : ces dispositifs nouveaux restent-ils aux marges de l’action pédagogique ? Sont-ils destinés à perdurer, dans cette forme ou dans une autre ? Préfigurent-ils une évolution plus large du système ? Vont-ils donc se développer ? Des débats récurrents agitent le système éducatif et des tensions locales existent. Les documentalistes s’interrogent sur leurs missions. Les questions qu’ils se posent, si elles ne sont pas nouvelles[22], sont parfaitement légitimes.
L’étude
menée en 1993 par Bernadette Seibel et Roseline Verdon[23]
se concluait par une interrogation sur l’évolution du métier de documentaliste.
Les observatrices percevaient deux voies possibles : « la polarisation sur une fonction »
et « la polyvalence ». Sans
esquisser de recommandation ni même se prononcer sur la voie qui l’emporterait,
par la dernière phrase de leur conclusion, elles soulignaient que la
polyvalence « permettrait au
documentaliste de s’ajuster aux demandes de partenaires très diversifiés du CDI
(administration, enseignants, élèves), tout en maintenant son autonomie par la
détention d’une compétence de métier partageable avec un ensemble plus vaste de
spécialistes de l’information. »
Aujourd’hui,
les documentalistes rencontrés expriment tous, de manière variée, un besoin de
reconnaissance. Même si le plus grand nombre d’entre eux sont heureux d’être professeurs
certifiés, soit parce que cela a constitué une promotion longuement attendue
après un parcours d’adjoint d’enseignement, soit parce qu’il s’est agi d’un
succès au CAPES, il est clair que le grade ne confère pas ipso facto la « reconnaissance » espérée. Si cette
préoccupation n’empêche pas les documentalistes de travailler au quotidien et
qu’elle ne compromet pas leur efficacité, elle constitue un facteur perturbant.
Une identité professionnelle brouillée est un frein aux évolutions de carrière :
comment se construire, par exemple, un parcours de formation personnelle si
l’on ne sait pas ce que sera son métier à moyen ou long terme ?
L’absence de directive ministérielle récente sur le métier de documentaliste
Parmi
les raisons évoquées, vient en premier l’absence de directive ministérielle
récente. La circulaire[24]
qui définit les missions du documentaliste a été écrite, en effet, il y a près
de vingt ans ; elle parle du « documentaliste-bibliothécaire »
même si elle précise bien : « [l’appartenance du] documentaliste-bibliothécaire à la catégorie
des personnels enseignants exige que sa mission, [soit] de nature
essentiellement pédagogique ». En outre, l’ensemble de la profession
sait qu’un projet de nouvelle circulaire de mission a été rédigée au début des
années des 2 000 et ne connaît pas les raisons de la non-publication.
L’analyse
des priorités d’action des documentalistes rencontrés permet de dresser
plusieurs constats.
Le
partage du temps entre tâches pédagogiques et tâches techniques est assez
équilibré, avec, le plus souvent, une légère dominante pour la pédagogie. La
forme de l’investissement pédagogique est variable ; de manière générale,
le temps consacré aux dispositifs institutionnels domine en lycée. La formation
« systématique » et l’aide à la recherche personnalisée viennent
ensuite à quasi-égalité.
Dans
la plupart des établissements, les documentalistes cherchent à optimiser le
temps consacré au traitement documentaire, en faisant appel aux outils
mutualisés[25]. Dans les
autres, le travail est effectué solitairement. Les raisons données sont de deux
ordres, le coût et le plaisir de traiter soi-même. En ce qui concerne le coût,
tous les chefs d’établissement interrogés considèrent que ce n’est pas un réel
problème. Sur le traitement personnel, des documentalistes sont souvent très
critiques sur le travail de leurs prédécesseurs. Nous avons d’ailleurs constaté
dans plusieurs cas le manque d’homogénéité ou le côté lacunaire de certaines
bases de CDI. Les notices documentaires issues d’un travail ayant une
validation éditoriale assurent une qualité supérieure. La question du plaisir
de traiter soi-même est sans doute légitime mais lorsque la charge de travail
devient importante, il faut savoir alléger les tâches techniques et recourir
aux outils professionnels. Soulignons d’ailleurs qu’il ne suffit pas de
mutualiser une production de notices individuelles : une concertation
entre les documentalistes qui traitent est nécessaire ; la validation
(relecture, recherche d’homogénéité, élimination des erreurs) est évidemment
gage de qualité. Le réseau du CNDP et des CRDP qui a déjà un rôle essentiel
dans ce domaine devrait s’affirmer davantage.
Dans
20% des établissements visités, l’informatisation du service est partielle. À
titre d’exemple, citons la survivance de fichier papier en parallèle au fichier
informatique ; lorsqu’un élève rapporte un ouvrage, pourquoi doit-il
établir une fiche papier qui sera ultérieurement saisie ? Un équipement en
codes à barre et un lecteur optique permettent d’automatiser cet acte de pure
gestion !
L’aide
aux enseignants occupe une place importante, seulement dans un nombre restreint
d’établissements et essentiellement en lycée. Elle est souvent liée à une bonne
analyse de la situation, à une volonté des documentalistes d’être clairs sur
leur rôle.
Les
questions de communication et d’information sont diversement traitées ; de
manière générale, elles n’occupent pas la place qu’elles devraient et il
s’ensuit un déficit d’organisation. Les tâches de désherbage des collections
sont reléguées…à des « moments perdus ». Des pratiques de création de
dossiers « papier » perdurent, avec parfois un niveau d’actualisation
bien faible. Là aussi, une informatisation correcte permet de reconstituer
aisément un dossier lorsque le besoin est avéré, avec une qualité probablement
supérieure.
La
participation à des tâches de pilotage (conseil de direction, conseils
d’enseignement, conseil d’administration) est citée dans environ la moitié des
établissements.
Les
entretiens avec les documentalistes ont confirmé que les dispositifs
pédagogiques – TPE, IDD, ECJS et PPCP à un moindre degré – soulèvent encore de
nombreuses interrogations. Les éléments déjà pointés par des rapports de
l’inspection générale sont confirmés. Parmi les documentalistes rencontrés, une
nette majorité se dessine pour dire sa satisfaction de voir reconnue une
pédagogie centrée sur l’activité personnelle de l’élève, sur le choix d’un
sujet d’étude, sur la recherche d’information et la restitution d’une réflexion
sous forme d’une production aboutie. De même, les documentalistes considèrent
que la participation aux TPE et aux IDD en collège contribue à la
reconnaissance de leur fonction enseignante par leurs pairs, enseignants
disciplinaires. Certains, fortement investis dans les TPE, estiment que, leurs
collègues se reposant trop sur eux, ils ne peuvent plus faire face à la
demande. « Les TPE, au début j’ai
pensé que c’était un plus, j’étais enthousiaste. Maintenant, j’ai changé
d’avis. Pour beaucoup de documentalistes, les TPE ont amené des élèves au CDI.
Pour moi, j’avais déjà des élèves, maintenant je ne sais plus où les mettre.
Cela a saturé le CDI et c’est devenu impossible à gérer. » Quelques-uns parviennent à s’extraire de ce
dilemme en apportant une aide à leurs collègues, mais en évitant de s’investir
trop lourdement en gestion directe de classe ou de demi-classe.
Dans
de nombreux cas observés, la solution adoptée est la fermeture du CDI à
certains moments « pour cause de TPE
ou d’IDD ». Il s’ensuit un mécontentement des autres élèves, ainsi que
des personnels d’éducation et de direction. Les documentalistes se trouvent
donc confrontés au difficile problème du choix. Ils parlent alors d’empilement
des tâches, d’accroissement des sollicitations de toute nature et ne voient
plus comment faire (particulièrement dans les établissements à fort
effectif).
Depuis
plusieurs années, nombre de documentalistes –essentiellement dans les
établissements à effectifs importants– ne sont plus seuls. Certains
établissements disposent de plusieurs postes et il convient donc de définir la
responsabilité de chacun : plusieurs cas observés montrent que ce n’est
pas toujours simple et que la nomination d’un deuxième documentaliste dans un établissement
peut être accueillie avec enthousiasme ou grande réserve. De manière plus
fréquente, les documentalistes ont pu bénéficier d’appuis par des personnels de
statuts divers : contrats emploi-solidarité, emplois jeunes ou assistants
d’éducation. Si au départ, ils ont exprimé des réticences à les accueillir, ils
appellent maintenant à la consolidation d’une fonction
d’« aide-documentaliste ». De fait, le renfort de ces collaborateurs
a été précieux. Les craintes qui s’expriment sont fondées notamment sur le
constat que les aides-éducateurs qui partent ne sont pas remplacés, les
assistants d’éducation ayant été prioritairement affectés sur des missions de
surveillance. Toutefois, au fur et à mesure du déroulement de notre étude, nous
avons commencé à observer des affectations d’assistant d’éducation auprès des
documentalistes. Là où ce n’était pas le cas, nous avons pointé une réduction
sensible de l’ouverture du CDI (atteignant même un quart de baisse d’amplitude
horaire dans un lycée : de 52 à 39 heures !). Il ne nous a pas été
possible d’obtenir de données académiques sur les moyens d’aide en place, en
raison notamment des mouvements fréquents de ces personnels et de leur gestion
déconcentrée. Sur notre échantillon, le nombre d’aides était globalement égal à
celui des documentalistes. Les qualifications les plus fréquentes étaient dans
le champ de l’informatique ; plus de la moitié des aides-documentalistes
rencontrés étaient titulaires du baccalauréat ou d’un diplôme de niveau Bac ou
Bac +2 ; environ un quart d’entre eux possédaient un diplôme de niveau
licence.
Dans
ce contexte d’équipe de documentation, le documentaliste doit jouer pleinement
son rôle de responsable. La question se pose de savoir si les documentalistes
qui se trouvent dans cette situation, où ils doivent piloter une équipe de
documentation sous l’autorité du chef d’établissement, sont prêts à le faire.
Nous avons observé, en plusieurs lieux, des replis sur soi qu’il conviendrait
de dépasser au moyen de la réflexion sur les objectifs, donc par la définition
d’une politique documentaire. L’académie d’Orléans-Tours a eu le souci
d’étudier les conditions de la réussite du travail en équipes catégorielles et
inter-catégorielles en CDI. Pour cela, l’IA-IPR d’EVS a proposé une enquête à tous
les établissements ayant au moins un poste et demi de documentaliste.[26]
Les objectifs étaient posés dans les termes suivants : « Dès
lors que plusieurs personnes interviennent, il faut que les fonctions de chacun
des intervenants soient clairement identifiées et conformes aux statuts et que
toutes les missions propres aux documentalistes soient prises en charge
conformément aux besoins spécifiques de l’établissement. » Chaque établissement questionné devait fournir
les emplois du temps des personnels et renseigner un tableau recensant les
tâches effectuées par chacun des intervenants. Il ressort de cette étude
que :
q les tâches confiées aux
assistants de documentation sont très hétérogènes. « Elles sont essentiellement centrées sur des activités de gestion du
fonds documentaire, gestion des lieux, du parc informatique. Un nombre non
négligeable de documentalistes leur confient également des activités
d’accompagnement des élèves (aide à la recherche, animations pédagogiques au
travers de la rédaction d’un journal lycéen, de pages web) ».
q
Ces postes supplémentaires
permettent un temps d’ouverture correspondant à la présence des élèves dans les
établissements, environ 10 heures par jour, incluant la pause méridienne, mais
rarement la présence des internes.[27]
q Le champ de mission de
l’aide au travail autonome des élèves est « très peu investi de manière construite ; on répond aux demandes
des élèves lorsqu’on en a le temps. Dans certains cas ce sont les assistants de documentation qui assument
cette fonction ».
Une conclusion globale essentielle est que « la répartition des programmes d’actions et des tâches doit s’appuyer
sur la politique documentaire élaborée, pilotée et communiquée au sein de
l’établissement par les documentalistes, les enseignants et les personnels de
direction.»
L’évolution
des technologies de l’information et de la communication touche profondément le
métier de documentaliste. Se tenir en veille est une exigence absolue pour
cette profession et remettre à jour ses connaissances est une obligation.
Internet et toutes les technologies qui s’y rapportent (Intranet, environnement
numérique de travail, etc.) peut avoir un côté déstabilisant pour des
documentalistes venus à ce métier pour ses autres facettes – développer le goût
de la lecture, de la culture – qui gardent au demeurant toute leur
pertinence et leur nécessité.
D’autres
éléments peuvent expliquer ce sentiment de difficulté d’une profession ;
les formateurs en IUFM chargés de la préparation au CAPES externe de
documentation relèvent eux-aussi cette question identitaire qui leur apparaît
comme « une première préoccupation » ; ils
posent les éléments explicatifs suivants : « La tension entre le titre d’enseignant et le rattachement à la vie
scolaire, le sentiment que leur action est souvent peu prise en compte par les
collègues, la question de l’agrégation, leur identité par rapport à celle des
autres documentalistes, leur identité par rapport aux bibliothécaires, leur
place dans la pédagogie et les apprentissages, la spécificité de leur action
par rapport à celle des autres enseignants. »
Mais des
documentalistes qui trouvent aussi des équilibres
Dans de nombreux
établissements visités, la documentation fonctionne bien. Le ou les
documentaliste(s) ont su « faire leur place ». Ils ont déterminé
leurs champs de travail et d’intervention. La personnalité de chacun joue un
rôle majeur et donne une couleur particulière au CDI et à l’action
documentaire.
Le documentaliste : pédagogue et homme ou femme de culture
Dans ce lycée
professionnel, le documentaliste est en poste depuis près de 25 ans, il indique
qu’il a succédé à un collègue, qui restait « assis sur son petit coussin et qui n’en sortait à chaque interclasse
que pour faire barrage aux élèves ! » C’était une autre
époque…Aujourd’hui, la documentation a un rôle essentiel pour les élèves et les
enseignants de son lycée ; pour lui, le CDI, dont il ne parle pas en
disant « mon » CDI, mais « le » CDI, peut se définir de la
manière suivante : « Lieu des apprentissages
fondamentaux, outil de toute la communauté scolaire pour permettre à l'élève
non seulement d'apprendre mais aussi d'apprendre à apprendre, le Centre de
Documentation et d'Information est un support indispensable de l'action
pédagogique, éducative et culturelle ».
Le CDI se présente comme
un ensemble d’espaces, chacun étant dédié à une fonction particulière :
q
la lecture qui commence
par un accès aisé aux journaux locaux, mais qui fait aussi une belle place aux
romans, notamment ceux qui sont réclamés par les lycéennes (les histoires
vécues !) ;
q
la recherche d’information avec
des ordinateurs offrant un accès libre à Internet et un ensemble classique
d’usuels ;
q
la culture et les débats avec
un amphithéâtre de 90 places, facilitant des actions dans le domaine du
cinéma ;
q
la communication et également
la culture avec une galerie d'exposition que l’on traverse obligatoirement pour
se rendre à l’ amphithéâtre ;
q
l’insertion professionnelle
avec un bureau permettant aux élèves d’établir les contacts nécessaires avec
des entreprises ou des employeurs potentiels en général.
Le CDI n’est pas
considéré comme le « territoire » du documentaliste, même si,
conformément à la circulaire de 1986, celui-ci en assume la responsabilité. Il
n’est pas non plus présent derrière un guichet de prêt ou un bureau proche de
l’entrée du CDI. En fait, il est mobile et vaque à diverses nécessités de
« service ». Rencontrer les enseignants là où ils sont (bien sûr la
salle des professeurs) est clairement une priorité. Par ailleurs, il attache
une importance tout aussi grande à l’organisation et au fonctionnement du
réseau informatique qu’au lieu CDI. Pour lui, il n’y a pas de réseau sans
documentation : maîtriser l’organisation du réseau est tout aussi
stratégique que l’organisation du CDI. Réseau et espace-ressource sont
indissociables pour une action documentaire intégrée à l’action éducative et
pédagogique.
Dans ce lycée prestigieux comptant plus de mille
élèves, bien équipé en informatique (250 postes en réseau raccordé à Internet
en haut débit), la construction du CDI a correspondu à un projet du proviseur.
Une étroite concertation avec les services de la région a permis la prise en
compte des besoins pédagogiques parfaitement exprimés par les documentalistes.
Ainsi, depuis trois ans, les élèves disposent d’un espace de plus de mille
mètres carrés, comprenant une vaste salle et plusieurs lieux annexes permettant
des travaux en différentes configurations. L’équipe de documentation composée
de deux documentalistes peut compter sur l’appui d’une part de deux
aides-documentalistes sous statut CES et CEC, d’autre part d’un professeur en
sous-service disciplinaire, quatre heures de son service étant fléchées
« documentation ». Les documentalistes ont une vision globale des
ressources documentaires de l’établissement, même si quelques difficultés
subsistent, certains enseignants – les plus anciens, semble-t-il –, fonctionnant avec des
habitudes moins « transparentes ». En matière de recherche
documentaire, les documentalistes interviennent essentiellement dans des
contextes proposés par les enseignants : ECJS en seconde, TPE en première
et terminale. Ils ont renoncé à des formations théoriques, c’est-à-dire non
liées à une demande d’un enseignant disciplinaire.
Leurs interventions, plutôt que de s’exprimer sous
forme d’un cours de documentation, consistent à fournir aux enseignants des
outils précis qui se révèlent toujours précieux pour le travail projeté. Ces
apports méthodologiques se traduisent par exemple par des guides à la
recherche : grille « apprendre à se poser les bonnes
questions », note sur comment citer ses sources de manière normalisée
selon qu’il s’agit d’un ouvrage, d’un chapitre d’ouvrage, d’un article de
périodique, d’un site web ; comment constituer un panneau qui rendra
compte du travail de recherche, comment réaliser une bibliographie. On trouve
aussi des documents facilitant la prise de notes de références documentaires.
Tous ces documents ont été créés à partir d’un constat : « les enseignants ne sont pas assez clairs
dans les objectifs de recherche qu’ils posent ». En matière de
recherche sur Internet, les documentalistes apportent des informations sur les
types d’outils de recherche disponibles, sur leur évolution, sur les sites
pertinents. Les documentalistes sont parfaitement dans leur rôle en offrant les
éléments qui, d’une part, facilitent les travaux de recherche des élèves,
d’autre part contribuent à leur formation méthodologique, ainsi qu’à celle de
leurs collègues disciplinaires.
Le documentaliste, le sens de l’accueil et le souci de la coopération
Dans ce collège péri-urbain, à l’architecture très
moderne, le CDI a été conçu comme une vitrine de l’établissement et un espace
moderne pour les apprentissages. Durant plusieurs années, ce fut « le désert », selon l’expression de
la direction, enseignants et élèves s’en sentant chassés. Depuis la nomination
d’une nouvelle documentaliste, les enseignants disent « retrouver le
chemin du CDI », prouvant ainsi s’il en était besoin, le côté primordial
du savoir accueillir. Pour le principal, « la place du CDI dans l’établissement dépend de la personne qui y règne ».
Le maître mot pour les enseignants est « accueil ». La
« disponibilité » du documentaliste, son « esprit de
coopération » sont le socle du travail en commun. Progressivement
se mettent en place les éléments qui permettent aux élèves d’être formés à la
recherche documentaire. Le dialogue s’amorce, la compétence des documentalistes
s’affirme au fur et à mesure des coopérations et la reconnaissance est là.
Le documentaliste et le travail en équipe
Dans cette cité scolaire de quelque 1500 élèves, à
dominante technologique et professionnelle, l’équipe de documentation est forte
de quatre personnes : deux documentalistes qui, de toute évidence,
coopèrent efficacement et dans un excellent esprit et deux personnels qui
viennent en appui. Le CDI est largement ouvert, il pallie d’ailleurs les carences
de la vie scolaire et le déficit de l’accueil. Les documentalistes ont su
définir leurs objectifs principaux : « consolider le partenariat avec les enseignants et avec le COP ; former toutes les classes entrantes à la recherche documentaire, au
fonctionnement du CDI ; rendre
les usagers du CDI plus autonomes ; être plus proche du personnel administratif et de la vie
scolaire ; enrichir notre fonds documentaire de ressources à visée
pédagogique ; faire du CDI un lieu motivant pour les élèves en
difficulté scolaire ; ouvrir les élèves à la vie culturelle, à la
culture ».Forte de cette
réflexion, embryon d’un projet documentaire, l’équipe est pleinement intégrée
et fait face aux difficultés qui ne manquent pas dans cet établissement
accueillant des publics défavorisés.
Les élèves « plébiscitent » le CDI
Dans plusieurs établissements scolaires, nous avons
fait procéder à des enquêtes d’opinion. De manière très nette, et en tout
lieu, le CDI est un lieu apprécié par la quasi-totalité des élèves. Et lorsque
le CDI n’est pas à la hauteur de ce qu’ils souhaitent, les élèves expriment
leur mécontentement…si on leur en donne l’occasion.
Dans un collège de ZEP d’une grande ville, le
questionnaire a été proposé à l’ensemble des élèves. L’analyse des réponses
établie par la documentaliste a montré que plus de 90 % des élèves venaient au
CDI, 50 % venant au moins une fois par semaine. Parmi ceux qui viennent 60 % y
passent plus d’une heure par semaine. La fréquentation est recherchée en
premier à chaque fois qu’un trou existe dans l’emploi du temps. Les élèves
déclarent s’y rendre pour les activités suivantes, par ordre décroissant :
faire des recherches (notamment consulter Internet), « faire mes
devoirs », lire, consulter des CD ROM, emprunter ou rendre un livre, se
détendre.
Les élèves apprécient le calme, le cadre agréable,
le confort. Tous les témoignages convergent pour dire que le CDI est vécu comme
un espace différent dans l’établissement et que le documentaliste n’est pas un
enseignant… comme les autres. Bien sûr, avec des variations selon les lieux.
Dans ce lycée de centre ville, les élèves sont très
critiques sur le CDI. Ils estiment que « le concept » de CDI est très
bien – « le CDI, c’est utile par
rapport aux travaux que l’on a à faire » –, mais dans leur lycée,
« cela ne va pas ». Ils
expriment clairement leurs soucis : il n’est pas possible de faire les
recherches demandées par les professeurs en raison du manque de matériel
informatique, de l’accès trop limité dans le temps, et surtout, ajoutent-ils de
la surveillance permanente des « personnes
du CDI ». Ils disent que la charte d’usage qu’ils ont signée n’est pas
appliquée car ils devraient avoir une certaine liberté. Le constat approximatif
que la moitié des élèves disposent d’un accès à Internet à leur domicile (un
tiers via l’ADSL) met en évidence les inégalités dans lesquelles se trouvent
les élèves pour faire leurs recherches... Le CDI ferme à 17h empêchant tous les
élèves internes d’en bénéficier plus longtemps. La fermeture à la pause
méridienne est un autre facteur de limitation.
De manière générale, même lorsque les conditions de
qualité d’accueil sont remplies, des améliorations sont exprimées tant en
collège qu’en lycée. Elles portent en premier sur Internet et
l’informatique : davantage d’ordinateurs, Internet en accès plus large
« accès non bloqué à certains sites,
possibilité de courrier électronique personnel et de chat », plus
d’imprimantes et en couleur ; ensuite, des demandes d’espace et de confort
(plus de chaises et de tables) ; des demandes sur le fonds « plus de bandes dessinées, des revues
sportives, des livres pour la détente, des CD, des vidéos et des DVD. »
Selon les lieux, des demandes portent aussi massivement sur les horaires
d’ouverture. Les élèves veulent pouvoir venir aisément et pour cela, il faut
des ouvertures avant les cours, après les cours, à la pause méridienne et tard
pour les internes.
Les enseignants rencontrés se déclarent
très utilisateurs de ressources pédagogiques ; en premier, ils ont recours
à leurs propres documents. Les enseignants les plus jeunes citent massivement
Internet comme outil pour leurs cours. Le CDI est cité en deuxième ou troisième
position (après le CRDP ou le CDDP) comme lieu susceptible de fournir des
documents pédagogiques. Les enseignants ont (encore) tendance à penser que le
CDI est constitué de documents pour les élèves.
En ce qui concerne l’initiation à la
recherche documentaire, il semble que tout dépende de l’attitude du
documentaliste et du dialogue qu’il entretient avec ses collègues enseignants
disciplinaires. Si certains enseignants pensent que la formation documentaire
est « l’affaire du documentaliste », d’autres pensent exactement le
contraire : ainsi cette enseignante de français indique que « la formation méthodologique relève
des programmes et qu’il lui revient
donc d’apprendre à chercher à ses élèves dans les dictionnaires, les encyclopédies, les documents de toute
nature». Un professeur d’histoire-géographie de ce même établissement
exprime le même point de vue. Dans un autre collège, un professeur de SVT
effectue un cours en salle informatique : chaque élève est devant son
poste, l’enseignant dispose d’un vidéoprojecteur ; les élèves alternent
travail de recherche personnelle et dialogue collectif pour des mises au point
avec l’enseignante. La démarche de recherche a été donnée par ce professeur qui
estime que « le CDI ne lui sert à
rien pour son travail, qu’on trouve davantage de choses sur Internet et que
c’est plus motivant et plus rapide pour les élèves pour peu que l’on ait
préparé la séquence, c’est-à-dire sélectionné des sites utiles ». Ce
type de situation se rencontre souvent lorsqu’une équipe d’enseignants très
engagés dans un projet faisant appel aux TICE n’a pas trouvé des compétences ou
une écoute suffisante auprès du documentaliste. Le CDI est alors marginalisé.
En d’autres lieux, des points de vue s’expriment différemment : les élèves
doivent acquérir des compétences dans ce domaine et c’est ensemble que
documentalistes et enseignants disciplinaires mettent au point des démarches
communes. En fait, les enseignants disciplinaires ignorent bien souvent ce que
peuvent leur apporter leurs collègues documentalistes. D’où, pour ceux-ci, le
besoin d’aller au devant d’eux et de montrer pratiquement le type
d’intervention qu’ils peuvent faire. Ce point est essentiel : en effet,
soit le documentaliste estime qu’il doit lui-même prendre en charge la plus grande
partie de la formation et, dans ce cas, sauf à exercer dans un très petit
établissement, il sera rapidement conduit à renoncer à d’autres tâches, soit il
fournit les outils qui vont permettre à l’enseignant disciplinaire d’assumer
cette partie des programmes. Il y a, bien sûr, des situations intermédiaires
qui témoignent d’une collaboration réussie.
Les personnels d’éducation se sont éloignés des documentalistes (et réciproquement)
La vie des élèves dans
l’établissement scolaire est une question qui concerne l’ensemble des
personnels de l’établissement, des élèves, des parents. Les espaces et les
ressources documentaires ont pris, au cours des dernières années, une dimension
prioritairement pédagogique. En 1998, le rapport[28]
du recteur Blanchet recommandait de « mettre
à la disposition des élèves et de tous les acteurs, une panoplie d’outils
documentaires adaptés et développer un réseau de
personnes-ressources. » : le développement des salles
informatiques, la multiplication des points d’accès à Internet, et en ce qui
concerne les personnels, l’arrivée, à ce moment de publication du rapport, des
emplois-jeunes dont un nombre important a travaillé en documentation sont allés
dans ce sens. Ce rapport insistait sur « Apprendre à chercher pour mieux se former » et formulait trois
propositions dans ce domaine :
« Multiplier et diversifier les situations de
recherche documentaire en liaison avec les apprentissages disciplinaires ;
initier les élèves aux démarches et techniques de recherche :
apprendre à interroger les banques de données, à trier les informations,
à vérifier leurs sources ; former professeurs et élèves aux usages
pédagogiques des technologies de l’information et de la communication ». On
constate aujourd’hui que ces demandes sont mises en œuvre et qu’elles
traduisent une intégration de l’action documentaire à l’action pédagogique.
Mais qu’en est-il de l’action documentaire par rapport à l’action
éducative ?
Le
rapport[29]
de l’inspecteur général Gérard Pourchet a souligné que le CDI n’était
plus un « dispositif de vie scolaire
important » (classé en onzième rang sur un ensemble de propositions),
alors qu’il était essentiel pour les rédacteurs du texte de 1982 déjà cité.[30]
Les CPE rencontrés reconnaissent aisément qu’en dehors de relations cordiales
ou amicales avec les documentalistes, les préoccupations ne sont pas les mêmes.
Ils constatent que « le CDI a une
grande force d’attractivité ». Certains parlent « des engorgements du CDI qu’il faut analyser pour trouver une
solution qui fasse que les élèves n’y aillent que pour ce qu’ils ne peuvent pas
faire en étude ». Trop peu nombreux sont ceux qui évoquent des projets
éducatifs et culturels menés en commun : méritent toutefois d’être cités
des actions d’éducation à la citoyenneté, d’éducation aux médias (semaine de la
presse), de développement du goût de lire (mise en place de comités de lecture
en LP par exemple), de prévention des conduites à risques.
L’accord se fait
largement dans les établissements scolaires que nous avons visités pour
considérer que le CDI est, d’abord, un espace à vocation pédagogique. En
revanche, pour les élèves, le CDI est un espace d’accueil. C’est un lieu pour
travailler ou chercher-on l’a déjà écrit- dans un cadre de contraintes moins
fortes qu’en classe. Quant à la salle de permanence, elle ne permet plus
d’avoir un cadre suffisamment propice à l’étude, ce que l’on ne peut que
regretter vivement. Les personnels de direction ont, souvent, une vision qui
tente de rapprocher les points de vue. Une preuve réside dans l’effort
d’ouverture demandé pour le CDI. Encore faut-il avoir déterminé les conditions
de façon que la qualité de l’accueil soit égale quels que soient l’heure et les
adultes présents. Là aussi, c’est une question de politique d’établissement. Le
CDI ne doit pas être une salle de permanence banalisée ; mais ne faut-il
pas s’interroger sur cette notion de salle de permanence ordinaire ? Il
est d’ailleurs paradoxal de trouver des situations où un pôle direction-vie
scolaire-CDI a été créé architecturalement et où les liaisons CDI-vie scolaire
ne fonctionnent pas. Il convient, à chaque fois, de s’interroger sur les
finalités communes des deux services et de percevoir que l’aide au travail
personnel de l’élève, l’accès au travail en autonomie sont des missions partagées
entre tous les personnels enseignants dont les documentalistes et les
personnels d’éducation. Sans cet effort de réflexion, on ne peut pas parvenir à
un bon emploi des moyens disponibles ou, en amont, à leur installation
rationnelle. Ainsi, on peut utilement mettre en place des ordinateurs dans une
salle de « permanence » qui peut être ou ne pas être dans
l’« orbite » du CDI : on peut s’étonner de voir que dans un
lycée, d’un côté d’un couloir, des élèves vont chercher quasi-librement sur
Internet, de l’autre, au CDI, ils doivent se plier à des contraintes plus
fortes ; dans une salle, ils entrent sans exigence particulière, dans
l’autre, ils doivent justifier de leur venue ; c’est bien à l’ensemble de
la communauté éducative de poser des règles communes et acceptées par
tous. Cette question sur les salles de permanence, équipées ou non–équipées, se
pose également pour les dortoirs. Certaines régions ont commencé à mettre en
place des postes informatiques permettant ainsi aux élèves de travailler avec
des outils modernes. Du dortoir, les élèves internes peuvent ainsi accéder à
leurs répertoires personnels, consulter les bases documentaires de
l’établissement, accéder à des encyclopédies et dictionnaires en ligne,
éventuellement correspondre avec d’autres élèves et leurs enseignants. Bien
sûr, cela suppose des principes stricts, la mise en place de chartes d’usage de
l’informatique et d’Internet ce qui est presque devenu la règle en reprenant la charte-type[31]
proposée par la direction de la technologie, des contrôles réguliers et des
sanctions s’il y a manquement aux obligations.
La question des
différents lieux d’accueil mérite d’être analysée globalement. Si elle concerne
au premier chef les personnels d’éducation, les documentalistes ne peuvent être
absents d’une réflexion sur le sujet.
Cette question des
espaces est indissociable de celle de l’emploi du temps. Temps de classe, temps
et durées des pauses, hors classe…quand l’élève peut-il accéder au CDI ?
La confection des emplois du temps des classes prend-elle en compte
suffisamment les besoins des élèves d’accès aux ressources documentaires. Tout
est-il fait pour supprimer les « trous » des emplois du temps ou, en
revanche, essaie-t-on d’en laisser quelques-uns à cet effet de travail en
autonomie avec l’appui de ressources ? Des emplois du temps comprimés sur
quatre jours, contraints par les horaires des transports scolaires sont très
défavorables à une fréquentation du CDI : comment l’élève peut-il profiter
des ressources de l’établissement s’il ne dispose pas de temps ? Cette
question se pose bien sûr en milieu rural, mais également dans les quartiers
des villes ; lorsqu’un contrat pour développer des activités hors temps
scolaire est mis en place entre les partenaires, il faudrait veiller à ce que
les élèves puissent bénéficier des ressources offertes par l’établissement
scolaire.
Au
moment où les « surveillants » laissent la place à des
« assistants d’éducation », il nous paraîtrait judicieux de réfléchir
dans les établissements à ce qu’implique ce changement de terminologie, mais
aussi de statut. Rappelons que la circulaire[32]
relative aux missions des assistants a inclus des fonctions dans le domaine de
l’action documentaire : « Dans
le second degré, sous l’autorité du chef d’établissement qui s’appuie sur les
équipes éducatives, les assistants d’éducation participent à l’encadrement et au suivi éducatif des
élèves, par exemple : les fonctions de surveillance des élèves, y compris
pendant le service de restauration et en service d’internat ; l’encadrement des
sorties scolaires ; l’accès aux nouvelles technologies ; l’appui aux documentalistes ; l’encadrement et l’animation des
activités du foyer socio-éducatif et de la maison des lycéens ; l’aide à l’étude et aux devoirs ;
l’aide à l’animation des élèves internes hors temps scolaire ; l’aide aux
dispositifs collectifs d’intégration des élèves handicapés. »
Réaffirmer la collaboration entre documentalistes et les personnels d’éducation
et la mettre en actes dans chaque établissement nous paraissent nécessaire.
Des chefs d’établissement de plus en plus intéressés par les questions documentaires
Pour une majorité des chefs d’établissement
rencontrés, le documentaliste fait partie de l’encadrement et a des missions
variées qui dépendent davantage de leurs propres compétences que d’une
définition théorique du métier. Les chefs d’établissement les plus expérimentés
indiquent qu’ils ont pu travailler avec des personnalités très différentes dans
les divers établissements où ils ont exercé.
Pour ce proviseur de lycée péri-urbain, le
documentaliste doit « avant tout
savoir se situer » « Le
documentaliste fait partie de l’encadrement dans l’établissement. Il est
pédagogue. Il participe à des activités devant les élèves. Il va au-devant des
professeurs». Les personnels de direction rencontrés s’accordent sur le
rôle pédagogique du CDI et sur la place du documentaliste parmi les
enseignants. « Le documentaliste est
une personne ressource, capable de diriger les demandeurs vers les bonnes
sources d’information et un gestionnaire du CDI. Il fait partie des équipes
pédagogiques) ».
On attend du documentaliste des initiatives
culturelles et une contribution à l’ouverture de l’établissement. « Le CDI a un rôle central, liaison entre les différents acteurs et lieu
d’échanges. Il doit aussi être à l’initiative d’animations (semaine de la
presse, concours..) visant à développer l’envie de lire et de
se cultiver ».
Dans ce collège rural de moins de 200 élèves, le
principal a l’objectif de limiter le « flou » autour de l’action documentaire.
Il propose une « évolution dans deux directions : « développer des salles de travail équipées de
documentation minimum (dictionnaires, encyclopédies, accès à Internet ) salles
qui seraient sous la responsabilité des assistants d'éducation. Durant ces
heures le documentaliste pourrait recevoir des élèves pour des questions
pédagogiques précises : aide en français, réalisation d'exposés par exemple...
recentrer la fonction pédagogique du documentaliste sur l'initiation et la
formation à la recherche documentaire, la maîtrise de la langue française avec
prise en charge de petits groupes d'élèves en difficulté, participation
avec les professeurs principaux aux dispositifs d'alternance, l'information
documentaire, la gestion du fonds documentaire ».
Plusieurs chefs d’établissement insistent sur les
questions d’information : « Il
y a un besoin crucial de gestion du système d’information. On bricole à ce
niveau. Il y a de la bonne volonté et un besoin urgent. On fait appel à
des gens de statuts divers : des CES, des emplois jeunes des profs avec
des HSE ». Beaucoup ont conscience
que la situation actuelle n’est pas satisfaisante dans ce domaine, notamment
pour ceux qui ont tenté de rénover leur politique de communication interne et
externe. En matière par exemple de pages de présentation de l’établissement sur
Internet, même si des progrès sont constatés, il est clair que l’organisation
éditoriale (responsabilité, opportunité, qualité, pilotage, direction de
publication…) fait défaut. En ce qui concerne la communication interne,
certains documentalistes jouent un rôle essentiel en conseillant utilement le
chef d’établissement.
Dans certains cas, les chefs d’établissement
désireux de transformer l’image de leur établissement ont postulé que la
rénovation passait par une réflexion sur le CDI. On peut ainsi constater
certaines réussites, non seulement architecturales, mais également pédagogiques
dès lors que l’équipe pédagogique a adhéré au projet.
De nombreuses collectivités territoriales ont marqué leur vif intérêt pour l’espace CDI
Depuis
une vingtaine d’années, les collectivités territoriales ont largement rénové
les établissements scolaires. Dans ce contexte, les CDI ont été bénéficiaires
de ces efforts. 70% des établissements visités disposent d’un CDI
réaménagé ; la moitié des établissements restants ont un projet qui sera
réalisé à court terme. De manière générale, les réalisations donnent
satisfaction ; ainsi, pour cette cité scolaire comprenant un lycée et un
LP, le CDI comprend une salle principale de 500 m², deux salles informatiques
qui utilisées ensemble permettent d’accueillir une quarantaine d’élèves, deux
autres salles pour des travaux plus collectifs. L’espace CDI le plus vaste que
nous ayons pu visiter recouvrait plus de mille mètres carrés, soit près d’un
mètre carré par élève. En règle générale, le ratio se situe plutôt aux
alentours de 0,4 à 0,5 m² par élève.
En
collège, il existe aussi de belles réalisations architecturales, les ratios par
élève étant inférieurs (entre 0,3 et 0,4m² par élève). Quelques problèmes sont
relevés : un architecte qui aurait voulu faire un « geste »,
l’esthétique se révélant antagoniste du fonctionnel, des installations sur deux
niveaux difficiles à gérer, des questions de système de chauffage trop bruyant ou
mal réparti. Mais, en dehors de cela, le sentiment général est la grande
satisfaction. Qu’il s’agisse de réaménagement de locaux existants ou de
nouvelle construction, dans le plus grand nombre de cas, une concertation entre
l’équipe de l’établissement et l’architecte a permis d’aboutir à des CDI de
grande qualité. En l’absence de directives nationales, divers documents ont pu
servir d’appui. Parmi les plus récents faisant le point sur cette question, des
documentalistes et chargés de mission auprès de l’IA-IPR de Rouen ont proposé
un document qui livre des pistes de cahier des charges pour un CDI et des schémas fonctionnels.[33]
L’effort
des collectivités a aussi porté sur les raccordements en réseau à Internet, ce
qui était le cas dans la quasi-totalité des établissements visités.
L’État a fait des efforts considérables …et peu reconnus par les communautés éducatives.
En
2003, le nombre de postes de documentalistes dans les établissements publics
s’élevait à 9119 dont 8989 en établissements scolaires.
|
Enseignants
du second degré public en activité dont la discipline de poste est
documentaliste [34] : |
|||||||
|
|
collèges |
LP |
lycées |
Sur ZR |
Stagiaires
IUFM |
Autres[35] |
TOTAL |
|
Certifiés |
4996 |
907 |
2037 |
396 |
334 |
121 |
8791 |
|
Agrégés |
3 |
2 |
8 |
1 |
|
1 |
15 |
|
PEGC |
51 |
1 |
|
9 |
|
1 |
62 |
|
PLP |
2 |
173 |
21 |
15 |
|
4 |
215 |
|
AE |
8 |
|
9 |
7 |
|
1 |
25 |
|
EPS |
3 |
|
4 |
1 |
|
1 |
9 |
|
CPE |
|
|
1 |
|
|
1 |
2 |
|
TOTAL |
5063 |
1083 |
2080 |
429 |
334 |
130 |
9119 |
Les efforts de création de postes
de documentalistes ont été continus. Au
cours des quinze dernières années, l’effectif des documentalistes a été
multiplié par 1,7, alors
que le nombre d’élèves scolarisés en second degré était quasiment constant.
|
Année |
1988 |
1995 |
1999 |
2003 |
|
Nombre de
documentalistes |
5280[36] |
8456 |
8637 |
9119 |
L’objectif
global d’un documentaliste par établissement public est dépassé puisque le
ratio était en 2003 de 1,15 (1,07 en collège ; 1,09 en LP ; 1,42 en
lycée). Les moyennes académiques, telles que nous avons pu les établir sur
vingt académies métropolitaines, varient de 0,9 (académie à très forte
ruralité) à 1,3 ; pour les collèges, de 0,8 à 1,2, pour les LP de 1 à
1,2 ; pour les lycées de 1,2 à 2,3.
Pour
les établissements privés, les moyennes sont nettement plus basses : de
0,4 à 1,1 en global sur les mêmes académies ; de 0,25 à 1 en collège, 0,3
à 1,4 en LP de 0,3 à 1,36 en lycée.
Cet
effort quantitatif dans l’enseignement public qui accompagnait l’élévation de
la qualification des documentalistes avec un recrutement par un CAPES en 1990
ne semble pas avoir été perçu par les documentalistes et plus généralement par
les enseignants, au moins dans les déclarations collectives. Sur le terrain,
comme on l’a écrit plus haut, la situation de la documentation a changé. Des
progrès doivent encore être accomplis notamment en faveur des établissements à
gros effectif où la situation est inégale : ici, un établissement de 1400
élèves dispose de trois postes de documentalistes alors qu’ailleurs deux lycées
à 900 élèves à profil comparable disposent l’un d’un seul poste, l’autre de
deux. Le nombre de postes offerts au CAPES externe, ces dernières années, 2004
incluse, met bien en évidence la poursuite d’un effort qui nous paraît d’autant
plus indispensable que les documentalistes sont directement concernés par
diverses mutations.
La poursuite du développement des TICE
Même
si les établissements du second degré sont déjà bien équipés en ordinateurs et
que les débuts de l’informatique en milieu scolaire sont déjà lointains,
l’intégration réelle ne fait que commencer. Dans un contexte de
décentralisation accrue, des politiques ambitieuses se mettent en place sur
certains territoires en concertation entre l’État et les collectivités
territoriales.
De
nombreux projets visent à fournir des hauts débits aux établissements
scolaires. À court terme, l’accès aux ressources sera fluide, non seulement
pour les textes, mais pour les images fixes ou animées. Cela ouvrira, enfin,
des accès à de nouveaux services tels que la télévision numérique. Jusqu’à
maintenant, les tentatives de mise à disposition de documents iconographiques à
distance n’ont pas rencontré un grand succès. Les temps de chargement ont
découragé plus d’un utilisateur potentiel. Le haut débit devrait changer la
situation et permettre d’obtenir sans attente excessive les documents
souhaités. En parallèle, les bases de données de ressources éducatives vont se
développer. Des outils nouveaux faciliteront les recherches dans ces bases.
Cette facilité d’accès à distance obligera à repenser les fonds de proximité.
Quelles images devra-t-on stocker sur place ? Après la mort des films
super 8, 8 mm, 16 mm, et celle plus récente des diapositives, quels seront les
nouveaux supports ? Et d’ailleurs, y-aura-t-il des supports autres que les
disques des ordinateurs ? Et où seront ces ordinateurs ?
Dans
ce contexte, comment évolueront les outils de l’enseignant et ceux de
l’élève ? Le manuel scolaire sera-t-il remis en cause ? Aujourd’hui,
les grands éditeurs adoptent une démarche de grande prudence. Mais le marché
sur lequel ils évoluent est de plus en plus dépendant des décisions des
collectivités publiques. En effet, l’État paie les manuels des élèves des
collèges, et de plus en plus de régions contribuent au financement des manuels
des lycéens. Plus les pouvoirs publics engagent des expérimentations pour le
développement de services en ligne, plus ils interviennent sur le terrain des
ressources pédagogiques. Les initiatives en cours, telles que celles qui sont
prises pour équiper chaque élève et chaque enseignant d’un ordinateur portable
personnel et d’un ensemble de services numériques (départements des Landes, des
Bouches-du-Rhône, de l’Isère, de la Savoie…) tracent-elles la voie ? Si
tous les élèves sont équipés d’un portable, faudra-t-il d’autres micros dans
l’établissement ? Peut-on au contraire imaginer que les pouvoirs publics
vont faciliter un double équipement, un à domicile et un dans l’établissement
et que les élèves évolueront de l’un à l’autre sans souci, retrouvant aisément
leur « espace numérique de travail » ? Quelles seront les
conséquences sur le CDI ?
Il
faut aussi constater le développement d’un mouvement coopératif de création de
documents par les enseignants[37]
et de mise à disposition à l’ensemble de la communauté éducative. Cette même
dynamique conduit aussi à l’exercice d’une fonction de veille informationnelle[38]
utile au système éducatif. Complètement autonome ou, le plus souvent avec
l’appui de structures telles que les CRDP ou les académies, l’offre s’affirme
et se structure.
La surabondance de l’information et le besoin d’organisation : la question du système d’information
Dans bon nombre d’établissements, des enseignants,
notamment les plus férus en informatique, ont pris conscience du problème posé
par la surabondance de l’information numérique. L’approche d’une organisation
cohérente de l’information pour un établissement scolaire n’est pas nouvelle,
mais la réflexion conduite reste trop souvent locale. De plus en plus, il faut
raisonner en réseau et intégrer son propre système dans un système plus global.
En fait, une véritable tension existe entre les initiatives locales et les
volontés de cadrage global. Depuis 1998, le ministère a défini un Schéma
Stratégique des Systèmes d'Information et des Télécommunications (S3IT)[39]
qui précise un ensemble de recommandations et principes, notamment pour l’organisation
des réseaux internes (Services Internet-Intranet pour les établissements et les
écoles S2I2E[40]) et l’accès
à des services d’information externes (schéma directeur des environnements de
travail[41]
(SDET), espace numérique des savoirs- Canal numérique des savoirs[42]).
Ces schémas touchent à tous les domaines de l’information, et donc, au CDI
(contenus et services aux utilisateurs, modalités et règles d’usage de ces
services, configurations techniques adaptées, etc.).
L’organisation informationnelle de l’établissement
scolaire vise avant tout à une meilleure utilisation de l’information
elle-même, avec en particulier la définition des informations conservées, la
responsabilité de l’organisation et des acteurs vis-à-vis de chacun des types
d’information, les conditions de leur utilisation, et les procédures qui
permettent d’en garantir la cohérence de la façon la plus efficace possible.
La mise en place d’un véritable système
d’information de l’établissement permettra de dépasser les organisations actuelles
qui restent partielles permettant de gérer, par exemple, l’information
administrative, l’information de vie scolaire, la gestion pédagogique, les
ressources du CDI, les fonds disciplinaires et spécialisés, les serveurs
internes de l’établissement, son site web, etc. Bien sûr, ce passage qui nous
paraît un élément d’efficacité du système éducatif ne se fera pas sans
réflexion approfondie sur les besoins réels de l’établissement scolaire.
Une pédagogie qui sollicite davantage le travail personnel de l’élève
Depuis
le milieu des années 70, de manière continue, toutes les instructions
pédagogiques ont insisté sur la nécessité de rendre l’élève acteur de ses
apprentissages. Faire en sorte qu’il ait envie d’apprendre, qu’il puisse
éprouver un certain plaisir de venir au collège ou au lycée, qu’il s’applique à
comprendre. Toute une série de mesures ont été prises. Qu’il s’agisse des
anciens projets d’action éducative ou plus récemment des TPE, IDD, PPCP, les
points communs sont que l’élève est associé au sujet d’étude, qu’il effectue
des recherches, que la classe « éclate » pendant un certain temps et
qu’il y a restitution du travail par l’élève sous une forme moins
« scolaire » que le traditionnel « devoir à la maison ».
Dans tous ces dispositifs, la documentation est concernée, à la fois par les
ressources qu’elle offre et par la démarche méthodologique.
Mais
au-delà de ces actions pionnières, c’est bien l’ensemble des activités
scolaires qui a évolué dans ce même sens, les dispositifs spécifiques jouant en
quelque sorte un rôle d’éclaireur vers des méthodes d’enseignement plus
actives. Un élément facilitant ces évolutions est que les structures
d’enseignement ont évolué. Si, à la naissance des CDI, l’enseignement était
essentiellement frontal, aujourd’hui, plus du tiers des heures d’enseignement
sont réalisées en groupe[43] ;
cette proportion moyenne varie de 20% en collège à 50,8% en LP en passant par
46,2% en LEGT. Le travail en groupes étant fortement corrélé à l’usage de
documents et au travail autonome, les besoins documentaires ont donc crû de
manière sensible.
Cette
tendance devrait continuer à se développer dans les années à venir, un juste
équilibre étant à trouver entre les temps consacrés à des travaux avec une
relative autonomie et ceux plus magistraux. Ceci suppose une solide formation
des enseignants disciplinaires sur le plan pédagogique, incluant des éléments
suffisants sur les démarches d’apprentissage, le travail en autonomie, la
recherche documentaire. Une réflexion est indispensable sur les moments et les
lieux des apprentissages scolaires. Il faut intégrer le fait que, de manière
générale, l’élève a deux lieux de travail : son établissement scolaire et son
domicile. Le cartable est un lien entre ces deux espaces. Les technologies de
communication modifient ce schéma en permettant de nouveaux liens entre
enseignants et élèves, en fournissant des ressources à distance. Comme
l’écrivent les inspecteurs généraux Anne-Marie-Bardi et Jean-Michel Bérard,
« l’école remet en cause ses limites
dans les trois dimensions : ressources disponibles, lieu et temps,
communauté éducative »[44].
Une nouvelle étude sur l’évolution du travail des élèves, à la maison ou dans
l’établissement serait nécessaire. La situation des internes mériterait d’être
examinée particulièrement.
La nécessaire organisation en réseau
L’observation
du fonctionnement des CDI montre que les documentalistes commencent à
travailler en réseau. Des groupes d’échange existent dans la plupart des
académies sous l’impulsion des IA-IPR EVS, souvent en liaison avec les CRDP et
CDDP qui fournissent un appui et une expertise de qualité. Des documentalistes
bénéficient parfois de quelques moyens particuliers pour faire vivre des
réseaux. Il convient, ici, de signaler en particulier le rôle précieux des
documentalistes dits « interlocuteurs de la DT » qui, dans plusieurs
académies, sont un relais important pour toutes les questions de systèmes
d’information. Ils contribuent à faire vivre un réseau académique, notamment
dans le cadre d’un espace sur le web académique et d’espaces réservés
comprenant des outils de travail collaboratif.
Toutefois,
les dynamiques nous semblent encore embryonnaires. L’outil web et les outils de
l’Internet en général ne sont pas pleinement utilisés. L’idée selon laquelle
les documents sont accessibles pour tous et de partout est largement théorique.
Ainsi, les fonds documentaires d’un établissement scolaire ne sont rendus
accessibles que pour les membres de la communauté éducative de cet
établissement ; des progrès sont déjà accomplis lorsque l’accès à ces
fonds est rendu possible en dehors du lieu qui les détient et on commence à le
voir à l’interne des établissements et de manière très limitée de l’extérieur.
On pourrait pourtant aisément imaginer que des pratiques collaboratives
s’installent entre des structures géographiquement proches : des BCD, des
CDI, des bibliothèques municipales visant à mieux servir les élèves d’un
territoire donné ; des projets sont en cours, ainsi celui proposé dans les
Ardennes, entre un lycée-collège, le collège voisin et la bibliothèque
municipale, avec l’appui du CDDP de ce département. Ou encore celui porté par
les documentalistes des deux collèges d’une ZEP de l’Aube, avec la bibliothèque
municipale de cette ville. En Vendée, six établissements également avec l’aide
du CDDP, travaillent à l’élaboration d’une base commune.
Il faut aller plus loin
et faire en sorte que le travail collaboratif s’instaure aux divers échelons où
il est porteur d’efficacité, et tout particulièrement dans les réseaux de
proximité. Cela suppose une organisation méthodique et rigoureuse, les outils
technologiques ne faisant que faciliter l’organisation.
Une nouvelle légitimation du rôle du documentaliste
Savoir organiser et traiter les ressources est plus que jamais nécessaire
Les
techniques documentaires ne cessent d’évoluer. Elles demandent aux
professionnels de la documentation de s’adapter aux nouvelles donnes. Ainsi, en
1934, Paul Otlet commençait son fameux Traité
de documentation[45]
en indiquant qu’il fallait des « procédés
nouveaux très distincts de ceux de l’ancienne bibliothéconomie» pour
« rendre accessible la quantité
d’informations et d’articles donnés chaque jour par la presse, dans les revues,
pour conserver les brochures » En 70 ans, si des constantes demeurent,
les outils ont beaucoup évolué. Les fiches cartonnées ont disparu (nous en
avons toutefois trouvé dans un établissement, mais il s’agissait d’un fonds
très ancien) et ont été remplacées par des fiches informatiques. L’analyse
documentaire s’est fortement développée faisant appel à des langages
documentaires nouveaux. Il y a vingt ans, les thésaurus faisaient leur
apparition dans le monde de la documentation scolaire de manière
quasi-simultanée à l’avènement de l’informatique documentaire. Les classifications
ont évolué. Le débat sur les outils de recherche a été vif – recherche
s’appuyant sur un langage documentaire, recherche en langage naturel –, et il
continue de l’être. L’arrivée des moteurs de recherche ne doit pas laisser
penser que le traitement documentaire n’est plus d’actualité. Bien au
contraire, plus le volume de documents augmente, plus l’analyse documentaire
est nécessaire.
Les
documents numériques disponibles sur le web appellent un effort particulier.[46]
Ils peuvent contenir une notice documentaire intégrée ou
« encapsulée » (et non plus séparée) dans le corps du document. Les
métadonnées sont des données de description d’une page web. Elles respectent
des normes ou par défaut s’inscrivent dans des standards qui pourront devenir
des normes (Dublin Core[47]
ou LOM[48]
par exemple). Qui doit créer ces métadonnées ? Peut-on imaginer une
automatisation de leur création ? En tout cas, sans cet effort, les
documents que l’établissement sera amené à créer se perdront dans l’océan du
web dont on sait déjà que l’on ne connaît qu’une infime partie[49].
Des groupes de documentalistes sont engagés dans une réflexion sur ce
sujet ; ainsi, à Montpellier, le « pôle académique de ressources
numériques pour l'éducation[50] »
s'intéresse à la description des ressources en ligne, en conjuguant une
réflexion générale sur les métadonnées et la prise en compte de particularités
disciplinaires.
Tous
les éditeurs et organismes qui gèrent de l’information sont confrontés à ce que
l’on appelle le 3ème âge en matière de recherche documentaire
informatisée : comme les documents sont produits à 99% de manière électronique
avec un volume de production en croissance exponentielle, comment les rendre
directement incorporables dans un système d’information documentaire afin de
les mettre rapidement à disposition (les forces humaines sont concentrées sur
le développement de technologies de classification automatique des documents,
d’assistance des utilisateurs dans la formulation de leurs recherches) et
éviter d’avoir un traitement humain trop lourd des documents ? Les
documentalistes seront amenés à traiter les documents relatifs à leur propre
production.
Avec
la mise en place des Intranets et la coexistence avec des sources
d’informations hétérogènes, la question de la constitution et de la gestion
d’une mémoire informatisée d’informations commence à se poser dans les
établissements scolaires. Quel pilotage organisationnel et technique pour
aménager cet espace d’information et quelles méthodes de gestion pour le
mettre en œuvre, l’animer, le gérer et le faire évoluer ? Cela exigera des
analyses régulières des besoins et de l’existant (analyse organisationnelle,
fonctionnelle et technique), ainsi qu’une bonne connaissances de l’organisation
de ces mémoires, des processus d’indexation, modes d’accès, etc. La plupart des
documentalistes sont actuellement peu armés sur ces questions d’architecture
documentaire hors fonds du CDI.
La finalité reste la même, mais devient majeure
« La documentation n’est pas une fin en soi.
La fin pour l’enseignement, c’est l’acquisition d’une culture, d’une formation de la pensée et d’une
méthode. La documentation est le point de départ de la réflexion et de la
recherche. »[51]
Cette phrase qui remonte aux débuts de la documentation dans
l’enseignement garde toute sa pertinence.
Trouver
un document ne sera jamais totalement évident : il faut avoir appris à
chercher. Et plus le volume d’information augmente, plus le besoin
d’apprentissage se justifie. Comme l’écrit Howard Rheingold, « La nouvelle fracture numérique n'est pas
entre ceux qui peuvent s'offrir les machines et les services et ceux qui ne le
peuvent pas, mais entre ceux qui savent les utiliser à leur avantage et ceux
qui sont victimes de la surinformation. Ce n'est pas un problème entre ceux qui
"possèdent" et les autres, mais entre ceux qui "savent" et
les autres ».[52]
L’école ne doit pas aborder les questions nouvelles avec frilosité. Certes,
ouvrir l’école par le moyen d’Internet comporte des risques, mais qui mieux que
les enseignants peut mettre en garde les élèves contre les dangers ? Qui
fera cette éducation au média Internet si l’école n’assume pas cette
responsabilité à l’avenir ? Il ne faut pas laisser s’installer des
pratiques trop divergentes à propos d’Internet entre l’école et les élèves. Dans
une étude récente,[53]
Yannick Bernard et Bernard Usé font le constat que « la supervision des adultes, au collège, mais surtout en dehors, fait
souvent défaut ». Ils rappellent que « les médias ne transmettent pas le savoir » et que
« la seule vraie médiation est
humaine ».
Dans
les discussions avec les documentalistes rencontrés, une majorité estime que le
terme « centre » ne correspond plus aux réalités de la documentation
et de l’information. Aujourd’hui, l’information est répartie : l’action du
documentaliste ne peut plus et ne doit plus être limitée à un territoire.
L’appellation CDI peut être conservée à condition d’être replacée dans un
contexte élargi au double sens de SID : Système d’information et de documentation et Service d’information et de documentation. Les deux termes
recouvrent des réalités complémentaires : la notion de service met en
avant les rapports humains essentiels ; quant au système, il souligne la
nécessité d’une organisation et de la technique.
Les bibliothèques universitaires, les services
communs de documentation, les bibliothèques des grandes écoles, d’institutions
scientifiques sont des organismes qui sont déjà dans la réalité numérique
depuis longtemps tant au niveau du développement des sites Internet - Intranet
que de l’offre disponible en matière d’édition numérique. Cette expérience
devrait être mieux utilisée dans l’enseignement secondaire et les liaisons
entre enseignement secondaire et enseignement supérieur devraient être
développées.
La terminologie de bibliothèque est redevenue
moderne, l’emportant même en bien des lieux sur celle de médiathèque. « Les bibliothèques de tout type se sont
engagées dans la constitution d’une offre et de services qui répondent aux
grandes orientations fixées par le plan d’action gouvernemental pour la société
de l’information et aux objectifs définis par les différentes collectivités
dont elles dépendent. Les bibliothèques concrétisent ainsi l’intuition exprimée dans le Rapport 1997-1998 du
Conseil supérieur des
bibliothèques : "les bibliothèques sont un point central de l’entrée
de notre pays dans la société de l’information".[54] »
Le
CDI sera-t-il un service d’information et de documentation (SID), organisant
l’accès aux ressources, facilitant les recherches de tous les usagers, offrant
des ressources sur tout support. De manière massive, les enseignants refusent
la logique du « tout Internet » ; leur réflexion les porte à un
usage mesuré et réfléchi. La place du livre et des documents écrits ne sera
aucunement remise en cause, mais le développement des documents numériques
obligera à un effort d’organisation.
Une nouvelle circulaire est nécessaire
La
grande variété des situations rencontrées met en évidence la capacité
d’adaptation des documentalistes. Le décalage entre la circulaire de 1986 et
les réalités observées, ainsi que les mutations en cours et prévisibles rendent
nécessaires une nouvelle circulaire qui définira les missions des
documentalistes. Désormais titulaire d'un CAPES, le documentaliste apporte ses
compétences pédagogiques et éducatives à la communauté éducative. Il offre sa
vision de l'action pédagogique à l'ensemble de ses collègues enseignants
disciplinaires et facilite la mise en œuvre des programmes d'enseignement qui
font désormais largement appel à la recherche d'information, à la production de
documents par les élèves eux-mêmes. Bien entendu, il ne se substitue pas aux
enseignants disciplinaires ce qui n'exclut des interventions globales toujours
possibles ; il apporte toute l'aide et le conseil direct aux élèves en
situation de recherche.
Le
cadrage par une circulaire nationale n’est pas incompatible avec la souplesse
indispensable. Pour cela, la circulaire ne devrait pas prendre la forme d’un
catalogue d’actions à réaliser, mais s’en tenir à des objectifs généraux. Les
pistes suivantes ont fait l’objet d’échanges avec des documentalistes à
l’occasion de diverses réunions.
Les
missions pourraient être organisées selon quatre pôles :
q pilotage : contribuer à la définition de la politique documentaire de
l’établissement, organiser les ressources documentaires de l’établissement
(centre de ressources, réseau de ressources), définir et faire évoluer le
système d’information de l’établissement ;
q mise à disposition : mettre les ressources documentaires à disposition de toute la
communauté éducative, contribuer à l’alimentation du système
d’information ;
q formation : contribuer à la formation des usagers, collaborer à l’évolution des
demandes pédagogiques de façon à ce que les ressources documentaires soient
mieux intégrées ; être un acteur des nouveaux processus de formation qui
font appel à des équipes enseignantes ; sensibiliser tous les membres de
la communauté éducative à l’importance de l’information dans la société ;
q ouverture : contribuer à l’ouverture de l’établissement sur son environnement dans ses dimensions technologiques, professionnelles (orientation des élèves) et culturelles.
La circulaire devrait aussi préciser qu’en termes de
formation, le documentaliste prend une part active à tout ce qui se rapporte à
la maîtrise de l’information, ce qui ne signifie pas qu’il assume lui-même la
formation de tous les élèves puisque cela relève également des enseignants
disciplinaires. Enfin, cette circulaire nouvelle devrait souligner l’importance
du travail en réseau et des échanges collaboratifs.
La nécessité d’une politique documentaire
En termes de bibliothéconomie, la
politique documentaire est l’ensemble des objectifs que peut viser un service
documentaire pour servir un public bien défini. Une politique documentaire
s’appuie nécessairement d’une part sur une politique de constitution de
collections incluant des acquisitions et des désherbages,[55]
d’autre part sur une analyse des publics servis ou à servir. Elle se construit
obligatoirement à partir d’une évaluation des résultats, s’appuyant sur des
constats statistiques (fréquentation, nombre de prêts,…) et qualitatifs. Elle
est réaliste, tenant compte de ses moyens financiers et humains. Elle est
inscrite dans une certaine durée. Enfin, élément fondamental, une politique
documentaire nécessite une validation par une autorité placée au-dessus de
celui qui est chargé de la mettre en œuvre (conseil d’administration le plus
généralement), marquant ainsi qu’un consensus s’établit autour de grands axes
et qu’un projet peut être mis en place.
Cette nécessité d’une politique
documentaire est depuis quelques années clairement ressentie par les
responsables de bibliothèques publiques. Comme l’écrit Bertrand Calenge,[56]
conservateur général des bibliothèques, qui a mené une enquête auprès de toutes
les bibliothèques municipales (communes de plus de 10 000 habitants), des
bibliothèques d’enseignement supérieur et des bibliothèques départementales de
prêt, une politique documentaire « formalisée » est désormais
« jugée nécessaire ». Le principal motif énoncé est la volonté de
« sortir de l’intuitif, de
responsabiliser les équipes et de donner des outils pour rendre compte ».
Cette nécessité est-elle ressentie aux différents
échelons du système éducatif ? Si la réponse est nuancée, il est
indéniable qu’une prise de conscience est en train de s’opérer de manière assez
rapide. La direction de l’enseignement scolaire recommande, ainsi, la mise en
place d’une politique documentaire dans chaque établissement[57] :
« Les établissements se doteront
d’une politique documentaire qui
assurera :
q
le recensement, l'archivage, l'indexation,
l'organisation et l'accessibilité de l'ensemble des ressources existant au CDI
comme dans d'autres lieux (cabinet d'histoire, salle informatique, etc.) ;
q
un programme d'acquisition ;
q
la diversification des lieux de ressources de
l’établissement (réseaux…) ;
q
le repérage des ressources disponibles à l'extérieur
de l'établissement ;
q
la mise en place de partenariats avec des
centres de ressources locaux. »
Cette demande aurait certainement gagné à être
davantage relayée dans des textes officiels ; une relecture des
circulaires de préparation de rentrée des dernières années (depuis 2001) met en
évidence l’absence de la documentation. Alors que ces textes évoquent des
questions telles que les nouveaux dispositifs pédagogiques ou les TICE, qu’ils
traitent également des aides à apporter au travail personnel de l’élève, la
documentation est à peine évoquée ou traitée de manière marginale.
Ainsi, en 2001, la circulaire de préparation de
rentrée évoque le rôle du CDI, en tant qu’espace d’accueil : « L’accueil concerne en effet, au même titre que la
pédagogie, la vie scolaire et la compréhension des différents espaces dans
lesquels l’élève aura à se déplacer et à vivre : le CDI, les classes spécialisées, la cantine, le bâtiment
administratif, les salles d’études et de permanence[58] ».
Cette même année, le rôle du documentaliste est cité
comme intervenant dans l’organisation de l’heure de vie de
classe : « La réussite de
ce dispositif, placé sous la responsabilité du professeur principal, repose sur
l’implication de tous les personnels, et plus particulièrement des conseillers
d’orientation- psychologues, des documentalistes,
et des personnels sociaux et de santé attachés à l’établissement.[59] »
En 2002, les circulaires de préparation de rentrée
évoquent les réseaux internes à développer et la base de données documentaires. « La mise en place progressive dans les lycées[60]
[dans les collèges[61]]
de serveurs Intranet/Internet (S2i2e) doit permettre aux élèves de disposer
d’une boîte aux lettres électronique, d’un espace de travail personnel sur le
réseau interne de l’établissement, d’accéder à des ressources en ligne ainsi
qu’à la base de données des ressources documentaires du CDI. Cette évolution de
l’environnement de travail de l’élève nécessite une éducation à l’information
et à la communication ».
En
2003, le mot documentation est prononcé en référence à l’ECJS et aux TPE :
« Afin de conserver tout son sens à
la démarche d'éducation civique, juridique et sociale (documentation et préparation d'une argumentation), les équipes
pourront traiter des questions d'ECJS dans le cadre pédagogique des TPE[62] »
En
2004, l’absence de la documentation peut paraître totale, comme n’ont pas
manqué de le relever un certain nombre de documentalistes. Une lecture
attentive permet de percevoir que l’action documentaire trouve sa place dans la
démarche proposée. La circulaire[63]
de préparation de la rentrée invite à définir une stratégie de pilotage à tous
les niveaux. Elle insiste sur « l’autonomie des établissements » dont
« les modalités peuvent être
débattues (…) sous l’autorité du chef d’établissement au sein des équipes
pédagogiques, des conseils de classe ou d’une instance spécifique,
préfiguration d’un conseil scientifique ou pédagogique. Cette autonomie respecte les programmes ;
elle doit permettre aux élèves une meilleure appropriation de leur contenu et
l’acquisition raisonnée de bonnes méthodes de travail ». Le
documentaliste est très directement concerné : il doit apporter ses
connaissances et ses compétences transversales dans tout le champ de
l’apprentissage. Aider l’élève à apprendre, lui donner de « bonnes
méthodes de travail » sont des champs particuliers de l’expertise du
documentaliste-pédagogue. Bien sûr, il n’est pas seul à pouvoir apporter des
savoir-faire, mais son appartenance à l’équipe pédagogique exige qu’il saisisse
toute opportunité pour intervenir dans ce champ. De plus, la mise en place d’un
conseil scientifique ou pédagogique permettra de mieux définir l’action
documentaire globale. Par ailleurs, la circulaire permet d’aller au-delà des
dispositifs spécifiques et « d’expérimenter
de nouveaux modes d’organisation des enseignements et de mise en œuvre des
programmes. » Les documentalistes doivent saisir cette opportunité
pour faciliter la mise en oeuvre d’une telle invitation qui s’inscrit dans la
démarche documentaire fondée sur les principes que nous avons rappelés.
Le principe de la définition d’une
politique documentaire pour l’établissement scolaire et le soutien officiel à
sa mise en place ont également pris d’autres voies. L’organisation d’un
séminaire national par la direction de l’enseignement scolaire et le CNDP[64],
en mai 2000, a permis des échanges entre des acteurs déjà engagés dans cette
direction et a favorisé l’éclosion de projets. Le groupe EVS de l’IGEN apporte
ses réflexions continûment sur ce sujet. Le rapport Information et
documentation en milieu scolaire [65]
insiste sur la nécessité de la politique documentaire. « Mettre en place une politique documentaire, c'est d'abord définir les besoins des
usagers en matière de ressources documentaires. C'est aussi créer de nouveaux
besoins (lecture, recherche d'information…). C'est aussi définir l'accès aux
ressources, réelles et virtuelles. Enfin, c'est définir la performance du
système documentaire, à partir d'indicateurs qui permettent l'évaluation qui
infléchira la politique documentaire.» Dans un article publié en 2001et intitulé Politique Documentaire, Rôles et Métiers,
Françoise Ferry[66]
souligne que « la politique documentaire d’un
établissement ne fait pas nombre avec le projet de l’établissement. »
Dans
les établissements, les documentalistes mesurent l’importance que représente la
notion de politique documentaire. La FADBEN a d’ailleurs consacré les deux
derniers numéros de sa revue à ce sujet et proposé un séminaire de réflexion à
ses délégués académiques « formaliser un projet de politique documentaire
dans l’établissement scolaire ». Pour Colette Charrier-Ligonat, « il est temps de donner un sens à
notre action, pas seulement au CDI, mais à l’échelle de l’établissement. »[67]
La politique d’acquisition est un élément essentiel
de la politique documentaire. Son objectif est de constituer un fonds en
adéquation avec les besoins des usagers. Une enquête réalisée dans l’académie
de Grenoble à ce sujet précis a mis en évidence les points suivants. La
politique d’acquisition vise à « actualiser
le fonds, combler les manques, satisfaire les besoins » ; elle
est formalisée dans un cas sur deux[68].
Les critères de sélection énoncés sont les suivants : « les
projets pédagogiques (IDD, ECJS, TPE, exposition,etc.), l’équilibre entre
ouvrages la fiction et les documentaires, le renouvellement d’un secteur
pauvre, la spécificité de l’établissement (par exemple SEGPA), l’ouverture
d’une section ou des nouveaux programmes ».
Disposer d’une vision globale des ressources
documentaires de l’établissement ne va pas de soi et peut difficilement être
imposé. Il faut que les enseignants qui sont habitués à gérer une petite part
de crédits et à entretenir leur « petit fonds spécialisé» perçoivent
clairement qu’en donnant de la transparence ils ne perdent aucun pouvoir, mais
offrent à d’autres des accès éventuels à leurs ressources. Faire comprendre
qu’inscrire au catalogue de l’établissement une ressource n’oblige pas à
supprimer un fonds de proximité est important et même rassurant.
Ensuite, il y a la réflexion sur l’origine des
crédits[69] :
crédits pédagogiques, crédits pour le CDI, crédits pour les manuels, crédits
pour les abonnements, crédits pour la documentation administrative sans parler
des acquisitions dans le domaine du numérique (cédérom, DVD et services en
ligne), crédits obtenus sur projet d’action culturelle qui sont souvent loin
d’être négligeables dans un budget. L’éclatement actuel du budget du CDI en de
nombreuses lignes ne facilite pas la lisibilité de la politique documentaire. À
l’avenir, la globalisation liée à la LOLF conduira à un remplacement des
répartitions par chapitre distinct par des affectations budgétaires qui
traduiront mieux la convergence entre la politique documentaire et le projet
d’établissement.
La participation du documentaliste aux conseils
d’enseignement paraît souvent un élément décisif pour la politique
d’acquisition, mais une réunion spécifique des responsables disciplinaires
autour du documentaliste est plus efficace.
Dès lors qu’un budget global est arrêté, il devient
plus aisé de faire le point sur les usages constatés et les besoins. Un poste
important de dépenses est constitué par les périodiques. Veut-on le majorer ou
le réduire ? Que demandent les élèves ? Et les enseignants ?
Selon les lieux, on privilégiera la presse quotidienne locale ou une presse
plus spécialisée. Cette démarche évite d’acquérir un abonnement simplement
parce qu’un enseignant a une envie personnelle culturelle. L’intérêt général
doit guider le choix.
En matière de romans, là aussi, il est important que
la décision soit prise après une réflexion collective. Quels sont les types de
livres les plus lus ? Faut-il offrir des choix plus variés aux
élèves ? Comment s’y prendre ? Veut-on offrir davantage de livres aux
bons lecteurs ou aller chercher les quasi non-lecteurs ? Comment le CDI
complète-t-il l’offre d’autres structures dévolues à la lecture ? En
matière de documentaires, faut-il renouveler les encyclopédies et certains
usuels ? Peut-on se satisfaire de documents sur supports numériques ?
Comment tenir compte des besoins des élèves ? Lors de nos enquêtes,
beaucoup d’élèves de sixième ont dit spontanément qu’ils voudraient trouver
davantage de documents sur les animaux. Chaque établissement est libre de sa
réponse, mais le choix doit être explicite.
Cette réflexion sur la politique d’acquisition est
indissociable de celle sur le désherbage des fonds. Un fonds d’établissement
scolaire n’a pas vocation à croître indéfiniment. Bien au contraire, dès lors
qu’un fonds est constitué de manière rationnelle et équilibrée, c’est-à-dire en
adéquation avec les besoins des usagers-il faut considérer son volume comme
stabilisé.
Bien
identifier ses usagers et connaître leur appréciation sur le service rendu sont
deux éléments clés d’une politique documentaire. Dans un établissement
scolaire, quels sont les usagers du service d’information et de
documentation ? Les élèves exclusivement ? Les élèves et les
enseignants ? L’ensemble de la communauté éducative ? En incluant les
parents d’élèves ? Aujourd’hui, la vision n’est pas nette sur cette
question.
En
beaucoup de lieux, la priorité porte sur les élèves. Il convient de cerner la
population visée et réellement touchée. Tous les élèves viennent-ils
réellement ? Ou touche-t-on des élèves déjà « grands lecteurs »
ou « grands chercheurs » ? Comment attirer les autres ? Les
élèves en difficulté scolaire viennent-ils assez souvent au CDI ? Les
différentes catégories d’usagers peuvent avoir droit à des services plus ou moins
étendus. Même dans la catégorie « élèves », certains documentalistes
rencontrés posent des droits différents ; par exemple, l’interne pourra
avoir un droit d’accès plus tardif, ou l’étudiant de BTS ou de classe
préparatoire des droits plus étendus. Quelle politique incitative mettre en
place pour faire venir certains publics que l’on estime devoir toucher en
priorité ?
Pour
mener à bien une politique documentaire, il est non seulement nécessaire de
clarifier les catégories d’usagers que l’on veut servir, mais il faut aussi
effectuer un suivi quantitatif (la mise en place d’indicateurs peut s’effectuer
dans le cadre de la norme AFNOR 11620[70])
et qualitatif (enquêtes régulières).
Les
services documentaires mis en place découlent des choix effectués. L’accès aux
ressources, le prêt, les aides possibles sont des services essentiels que l’on
trouve en tous lieux, mais dont la nature ou l’ampleur peuvent varier. Mais, ce
ne sont pas les seuls. Des actions que l’on peut classer sous le vocable
général d’« animation » doivent être offertes. Il ne s’agit pas
seulement, comme on l’entend quelquefois, de faire « vivre un
fonds », mais de proposer une démarche qui sollicite l’attention, qui
déclenche une envie, un besoin. Les présentations temporaires d’ouvrages, la
mise en avant de nouveautés méritent une attention soutenue. Le soin apporté à
ces actions peut amener de nouveaux lecteurs ou donner naissance à une action
particulière. Là aussi, il faut avoir réfléchi au public visé par cette action.
Désormais,
les aspects de collaboration sont primordiaux. Pour mieux toucher les élèves,
des documentalistes se recentrent sur les enseignants disciplinaires et
d’autres acteurs de la communauté éducative. Des collaborations existent avec
les infirmières scolaires, les conseillers d’orientation-psychologue et se
manifestent, par exemple, par la constitution de fonds spécialisés,
d’expositions. La politique documentaire englobe aussi ces dimensions qui
s’inscrivent dans l’éducation à la citoyenneté...
Apprendre à chercher pour s’informer et informer
La formation à la recherche documentaire constitue
une mission prioritaire pour le documentaliste. La circulaire 86-123 du 13 mars
1986 précise en effet que « le
documentaliste-bibliothécaire assure, dans le centre dont il a la
responsabilité, une initiation et une formation des élèves à la recherche
documentaire. »
Il faut ici noter les évolutions des pratiques des élèves, des enseignants et des documentalistes en référence à la recherche sur Internet. Une étude[71] menée dans l’académie de Rennes a montré que les élèves ainsi que les enseignants recherchaient la simplicité. Malgré les formations spécifiques à la logique booléenne et à ses applications concrètes en matière de recherche, l’enquête pointe un usage très limité du OU et du ET, inexistant du SAUF. Les fonctions d’autopostage, de parenthésage sont elles aussi inemployées. L’auteur de l’étude rapporte que les usagers souhaitent un outil « proche d’un moteur de recherche sur Internet ». Les études menées par l’Université de Poitiers (Laboratoire et cognition) réalisées de 1998 à 2002 en liaison avec le CRDP de Poitiers ont conduit à une nouvelle génération de logiciel de recherche documentaire avec une interface proche des moteurs de recherche classiques.
En collège, les démarches d’apprentissage observées s’inscrivent dans des progressions qui ont tendance à devenir, ici ou là, routinières ; généralement, des temps sont réservés dans les emplois du temps des classes de sixième pour une initiation trop formelle : découverte du CDI, présentation successive des ouvrages et documents par type de supports (les usuels, les périodiques, les livres, les cédéroms), les modes de recherche sur le logiciel en usage, Internet ; dans les classes suivantes du collège, la démarche est davantage fonctionnelle. Des documentalistes s’interrogent sur cette linéarité du processus car ils constatent souvent que les réinvestissements ne s’effectuent pas. Par ailleurs, ils doivent tenir compte du désir des élèves d’aller tout de suite sur Internet.
Aussi, il nous semble plus pertinent de présenter les outils au fur et à mesure des besoins, comme nous l’avons vu dans certaines classes, y compris en sixième à l’occasion des ateliers lecture qui doivent être organisés en toute discipline. Cette préconisation rejoint d’ailleurs les démarches utilisées au lycée où les documentalistes se limitent, le plus souvent, à une séance de présentation du CDI en classe de seconde. Par la suite, les outils sont proposés au fur et à mesure. Les apports méthodologiques sont toutefois des plus nécessaires et on aimerait voir davantage de situations montrant la pertinence relative des différents outils. Il ne suffit pas de dire qu’Internet ne permet pas de trouver aisément, encore faut-il montrer qu’il y a des moyens et des outils plus efficaces. Dans un lycée, à l’occasion d’une séance d’ECJS, réalisée par un professeur de lettres en collaboration avec une documentaliste, nous avons pu constater l’intérêt de cette démarche. À propos d’un travail sur « la violence scolaire », les élèves ont été invités à travailler soit à partir des documents trouvés sur Internet, soit à partir du fonds du CDI, accessible via le logiciel de gestion documentaire. Le travail parfaitement préparé par la documentaliste avec un tableau à remplir pour cadrer la prise de notes a conduit à l’analyse suivante de sa part : « Les élèves se sont rapidement impliqués dans ce type de travail, le sujet constituant déjà un facteur motivant à leurs yeux. Dans l’ensemble les différents groupes ont préféré travailler avec BCDI3 pour les raisons suivantes : la recherche leur paraissait mieux ciblée et " amusante ". Ils ont particulièrement apprécié la diversité proposée par le mode de recherche sur BCDI : noter les références puis trouver les documents dans le fonds documentaire comme une " chasse au trésor ". Cependant un groupe d’élèves minoritaires ayant régulièrement recours aux ressources électroniques a été plus sensibilisé par la recherche sur Internet évoquant le critère de rapidité et de disponibilité de l’information. »
Les enseignants doivent s’efforcer de proposer à
leurs élèves des situations dans lesquelles ils pourront apprendre à mobiliser
leurs acquis. Ils leur permettront ainsi de saisir l’importance de la réflexion
personnelle.
Ces démarches rejoignent des travaux qui ont
commencé il y a une dizaine d’années[72]
et qui se développent[73]
afin de repenser les questions de recherche d’information en les plaçant dans
le contexte de la « société de l’information ». L’éducation à
l’information est une question essentielle : la formation citoyenne des
élèves nécessite une action forte dans ce domaine. Si, bien sûr, celle-ci est
l’affaire de tous les enseignants et de tous les éducateurs, les
documentalistes y ont une responsabilité particulière en raison de leur double
compétence, pédagogique et experte en sciences et techniques de l’information
et de la documentation.
Les travaux des chercheurs en psychologie cognitive considèrent que la recherche d’information est une activité de type « résolution de problème », un problème étant une « situation dans laquelle un individu veut atteindre un objectif qui nécessite de passer par une série d’opérations mentales et d’actions et pour laquelle ce même individu ne dispose pas d’une réponse immédiate appropriée ».[74] Plus que des apprentissages techniques, c’est l’initiation à l’analyse de la situation qui doit primer. L’élève doit percevoir le but à atteindre et pour cela en avoir une certaine représentation mentale. Le problème sera d’autant plus difficile qu’il se situera dans un contexte distant de son propre environnement. Il doit ensuite percevoir la nature des requêtes qu’il peut formuler. L’activité de recherche d’information a fait l’objet d’une « modélisation ».[75] Le modèle EST recouvre trois processus : l’évaluation qui permet de se situer entre la représentation du but à atteindre et l’état de la situation, la sélection qui demande un examen de pertinence des résultats obtenus et le traitement. Le besoin d’information implique des connaissances et de l’incertitude ; il faudrait « distinguer la formation aux compétences informationnelles et instrumentales (et donc décrire les compétences informationnelles), concevoir la recherche d’information à la fois comme un moyen et une alternative à l’apprentissage, concevoir les documents comme des supports de connaissances, au même titre que le système cognitif humain, les situations de travail, la classe, la bibliothèque, etc[76] ». Béatrice Coutelet a aussi étudié l’intérêt de travaux d’apprentissage dans ce domaine : « Avec un apprentissage adapté, les élèves peuvent améliorer leurs performances de sélection et donc de recherche d’information[77] ».
Au niveau universitaire,
Alain Coulon a montré l’impact positif d’un cursus en méthodologie documentaire
sur la poursuite d’études universitaires. Selon lui, l’enseignement de la
méthodologie documentaire contribue à la réussite des étudiants car « il permet au sujet de réaliser de
façon compétente les trois opérations fondamentales de tout apprentissage
intellectuel, qui sont penser, classer et catégoriser.[78]
Dans
un autre champ, on peut s’interroger sur les retombées pratiques des recherches
qui portent sur les outils. Les questions à l’ordre du jour, tant à l’étranger
qu’en France, comme le web sémantique[79]
contribueront sans aucun doute à améliorer à terme les possibilités de
recherche en rendant visibles ou plus accessibles des ressources aujourd’hui
difficiles d’accès. Pour Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web,
actuellement chercheur au Massachusetts Institute of Technology, « le Web sémantique répondra aux vœux
de tous ceux qui voudraient disposer d’un moteur de recherche solide. Pour
l’instant, les moteurs de recherche vous livrent des milliers de pages en
réponse à une seule demande. Or, il est impossible d’étudier le contenu de
toutes ces pages. Avec le Web sémantique, le moteur de recherche répondra:
" Voilà un objet dont je peux mathématiquement garantir qu’il répond
au critère souhaité ". En bref, les moteurs de recherche deviendront
plus fiables et plus efficaces. Quand mon rêve sera réalisé, le Web sera un
univers où la fantaisie de l’être humain et la logique de la machine pourront
coexister pour former un mélange idéal et puissant. »[80]
L’évaluation des
compétences acquises en matière de recherche d’information fait désormais
l’objet d’une attention importante dans l’enseignement secondaire. Dans
plusieurs académies des réflexions sont en cours sur les objectifs de la
recherche documentaire. Le niveau « collège » a fait l’objet de travaux de
réflexion prioritaire. Ainsi dans l’académie de Nantes, des documentalistes ont
d’abord réfléchi à la terminologie habituelle « initiation à la recherche documentaire » qui leur paraît « réductrice et
obsolète » : « réductrice parce qu'elle n'évoque qu'une
phase particulière de la formation (la simple recherche du document), obsolète
parce qu'elle renvoie à des représentations passéistes des missions du
documentaliste : trouver le document suffit-il ? Que cache-t-on vraiment derrière
le terme pour le moins équivoque et imprécis d'initiation ? » Pour
Pascal Duplessis, documentaliste de cette académie, « L’apprentissage info-documentaire est un apprentissage complexe. Comme
tel, il ne peut être découpé en segments indépendants les uns des autres et
décontextualisés. Cette complexité, constitutive de tout apprentissage
cognitif, doit au contraire être saisie dans sa globalité, en articulant des
va-et-vient permanents entre des activités d’analyse et des activités de
synthèse. »[81]
Des documentalistes de l’académie d’Orléans-Tours
ont conçu un certificat d’aptitudes vers la maîtrise de l’information[82]
(CAMI) dans l’esprit du B2i, c’est à dire avec déclaration d’atteinte d’une
compétence par l’élève et certification par un enseignant (qui n’est pas
forcément le documentaliste). Comme les auteurs de cet outil l’écrivent,
« chaque enseignant pourra valider,
selon le même principe que le B2i, des compétences " transversales "
qui sont au cœur des apprentissages disciplinaires et interdisciplinaires et
qui vont au-delà de l'acquisition de techniques documentaires nécessaires à la
recherche d'informations. »
À Versailles, un portfolio de compétences
documentaires[83] au collège
a été élaboré ; il constitue un élément de la politique documentaire académique
et se veut « un outil d'aide à la
conduite de ces apprentissages qui favorise la pratique de la recherche
documentaire autonome par les élèves, liste les compétences attendues en fin de
collège et permet de garder la mémoire des recherches engagées par
l'élève ». Il est organisé sous forme d’un ensemble de compétences
regroupées en quatre catégories : « Cerner le sujet, savoir chercher les sources d’information et les
documents supports, savoir sélectionner et traiter l’information, savoir
communiquer l’information ».
Ces travaux, s’ils varient sur certains points – découpage de la démarche d’apprentissage en un nombre différent d’étapes, par exemple – se rejoignent sur des points essentiels. Premièrement, l’acquisition des compétences documentaires n’est pas l’affaire du seul documentaliste, mais le documentaliste joue un rôle premier en fournissant des outils de diverses natures à ses collègues disciplinaires. Deuxièmement, les compétences en matière de maîtrise de l’information comportent une part technique, mais l’essentiel est ailleurs : c’est bien la démarche qui est primordiale. Troisièmement, l’évaluation de toutes ces compétences est nécessaire et n’a de sens qu’en situation.
Parmi les outils utilisés, le B2i, institué par la note de service 2000-216 du 16 novembre 2000[84], paraît en progression d’utilisation en collège. Centré sur des capacités relatives à la maîtrise de l’informatique – comme son nom l’indique justement –, il ne convient pas parfaitement pour mesurer les acquisitions recouvrant le champ de l’information et de la documentation. On peut considérer toutefois que des capacités listées dans le B2i sont incluses dans celui-ci. En effet, le B2i niveau 2 comporte cinq domaines : « Organiser des traitements numériques à l'aide d'un tableur, produire, créer et exploiter un document, s'informer et se documenter, organiser des informations, communiquer au moyen d'une messagerie électronique ». En ce qui concerne le troisième domaine, s'informer et se documenter, il est précisé que : « L'élève doit être capable d’utiliser les principales fonctions d'un navigateur ; au moyen d'un moteur de recherche, en utilisant si besoin est les connecteurs logiques ET, OU, de trouver l'adresse d'un site Internet et d’y accéder ; de télécharger un fichier ». Pour le domaine Organiser des informations, le B2i demande que : « Dans l'environnement informatique de son établissement scolaire, l'élève [soit] capable de sauvegarder ou chercher une information à un endroit qui lui est indiqué, de localiser une information donnée (fichier, adresse électronique, signet), d’organiser son espace de travail en créant des dossiers appropriés, en supprimant les informations inutiles, en copiant ou en déplaçant les informations dans le dossier adapté. »
Par
ailleurs, les compétences documentaires entrent dans l’évaluation des TPE et
sont donc un élément du baccalauréat. En effet, parmi les trois grandes
composantes du travail de l’élève (recherche personnelle, production,
présentation), est notamment prise en compte « la démarche méthodologique : sélection et analyse des
informations et adaptation de la démarche au sujet »[85].
Le jury est composé de deux enseignants dont l’un peut être un documentaliste.
Cette
question de l’évaluation des compétences en matière d’information et de
documentation mérite une attention nationale. Lors des assises nationales pour
l’éducation à l’information, organisées en mars 2003, un consensus semblait se
dégager entre les participants sur l’idée d’un « cadre souple », d’un
« corpus de notions plutôt qu’un programme ». Pour Gérard Losfeld,
« il conviendrait sans doute de
penser en termes de curriculum (…) : établir des programmes d'étude et de
formation dans le temps, suivant une progression raisonnée et constamment
évaluée, et incluant non seulement des contenus mais aussi des situations
d'apprentissage. »[86]
Dans
le prolongement de ces réflexions, en s’appuyant sur les travaux réalisés dans
les académies et en s’inspirant de la démarche B2i avec ses différents niveaux,
il nous paraîtrait intéressant de créer au plan national un livret ou un
portefeuille de compétences documentaires et informationnelles (PCDI). Au-delà
de l’intérêt que peut présenter un tel outil pour chaque collégien ou lycéen,
ce PCDI contribuerait à faire évoluer les pratiques pédagogiques en invitant
chaque enseignant, dans l’esprit du B2i, à évaluer dans son champ disciplinaire
les acquisitions concernées. Une solution simple ne serait-elle pas relier PCDI
et B2i en créant un B3i[87]
(brevet de compétences en matière d’information, d’informatique et
Internet) ?
Notons
aussi que les nouveaux programmes de sciences et technologies de la gestion[88],
dans les deux spécialités gestion et communication, incluent la formation à la
recherche d’information. Les enseignants de ces spécialités sont
particulièrement invités à « s’appuyer » sur les documentalistes et à
donner « une importance toute
particulière au développement de l’esprit critique des élèves ».
La
politique documentaire d’un établissement scolaire doit nécessairement
comporter un volet relatif à la lecture. Selon le cas, l’accent sera mis sur
les apprentissages à consolider, voire à reprendre, ou sur le développement du
plaisir de lire. L’action du documentaliste s’inscrit dans les plans nationaux,
académiques ou locaux de prévention de l’illettrisme. La collaboration avec les
partenaires – réseaux associatifs, bibliothèques municipales ou départementales
– est essentielle. Là aussi, le documentaliste doit être présent en amont,
c’est-à-dire dès la phase de diagnostic, puis proposer un plan d’action, enfin
contribuer à sa mise en œuvre. Les actions menées par le documentaliste en
faveur de la lecture ne doivent pas être isolées ; au contraire, elles
doivent s’inscrire dans le projet global de l’établissement. Elles doivent
également être ciblées et s’adresser aux élèves qui ont le plus de besoins.
Pour donner le goût de lire aux élèves, on n’hésitera pas non plus à les
associer au choix des ouvrages à acquérir (enquêtes sur les besoins, commission
de choix, présentation d’ouvrages par diverses voies).
La documentation dans les établissements techniques et professionnels
Il ne s’agit pas ici d’isoler exagérément
« une » politique documentaire qui serait spécifique des
établissements techniques et/ou professionnels : il apparaît rapidement
que si les contextes (finalité professionnelle affirmée, diversité des
formations,…) sont différents, les objectifs assignés à la documentation
restent les mêmes, et que les questions qui paraissent spécifiques à ces établissements
se posent également ailleurs : les établissements à dominante technique et
les lycées professionnels les posent simplement avec une acuité plus grande, et
peut-être une plus grande exigence dans la créativité et l’initiative
pédagogique nécessaire pour y répondre.
En ce qui concerne les ressources, il y a différence
de « dosage » par rapport à l’enseignement général, pas différence de
nature ; cela ne semble pas devoir conduire à des CDI fondamentalement
différents mais plutôt à des CDI se différenciant par l’ouverture aux autres
sources, collectivités publiques mais aussi entreprises, et leurs éventuels
(mais pas si rares) services documentaires. La forte spécialisation, par
rapport aux collèges et aux LEGT, de chaque établissement implique encore
davantage une mise en réseau des établissements proches.
L’accès
aux ressources est, comme ailleurs, d’abord une fonction du temps : en
enseignement technique et professionnel, on constate qu’il y a peu de
possibilités horaires pour un usage individuel de la documentation, en raison
de la lourdeur parfois, de la concentration toujours, des horaires d’atelier.
Le poids souvent assez fort des internats ouvre d’autres champs horaires que
ceux parallèles aux enseignements. C’est bien sûr aussi une fonction des
lieux : plus qu’ailleurs, le positionnement matériel du CDI est crucial.
Sa qualité en tant que lieu de vie également. En revanche, la multiplicité de
points-ressources n’est pas un inconvénient à la condition que l’indexation de
la totalité des ressources soit réalisée. Le CDI devient idéalement le point
nodal d’un réseau documentaire et d’information de l’établissement.
L’intégration
des documentalistes aux équipes enseignantes est primordiale, encore plus
qu’ailleurs. Elle peut être réaffirmée par la présence des enseignants
disciplinaires au CDI, de même que par la collaboration des documentalistes à
des travaux de groupes en salle de classe pour certaines phases du
travail : par exemple tout au début d’un questionnement collectif du sujet
d’étude, et à l’inverse en phase de construction et rendu final, incluant le
cas échéant participation à l’évaluation.
Nonobstant
les dominantes de chaque établissement, l’expérience prouve que plus encore
qu’en enseignement général, une grande diversification des outils, projets,
pratiques documentaires est nécessaire pour toucher le public et lui être
réellement utile. En particulier, un travail de formation portant sur
l’articulation texte-image, et plus globalement sur la notion de document
multisupport est nécessaire au niveau des enseignants disciplinaires et
documentalistes, pour ensuite pouvoir être fait en direction des élèves. La
compréhension en profondeur de la documentation technique notamment n’est
nullement un acquis pour ses usagers obligés, et la lecture de textes
« non-littéraires » s’avère impliquer une technicité qu’on ne peut
laisser se construire (ou non) au gré des circonstances.
Parallèlement
s’impose une liaison avec la formation continue, conduisant à s’adresser aussi,
et pourquoi pas en même temps, (ce qui peut être intéressant, pour les élèves
« ordinaires ») à des publics nouveaux, adultes en retour de
formation mais aussi apprentis de CFA.
La
politique documentaire doit être un élément de la politique d'établissement.
Elle est évidemment placée sous la responsabilité du chef d'établissement. Elle
est au service des trois missions:
enseignement, éducation-culture, orientation-insertion. Elle favorise de
nouvelles modalités d'enseignement et d'apprentissage.
La
démarche est celle du projet d’établissement. Elle comprend nécessairement les
phases suivantes : l’expression des besoins, la formalisation, la
validation, l’évaluation.
À
tous les stades, le documentaliste joue un rôle essentiel. Mais la
documentation doit être l’affaire de tous dans l’établissement. Qu’il s’agisse
de la constitution du fonds (acquisition, désherbage) ou de formation des
élèves, tout doit être fait pour que les enseignants soient impliqués dans la
démarche et dans le travail. Cette vision est de plus en plus partagée. Ainsi
dans un récent numéro de Mediadoc,[89]
Françoise Auboin, formatrice IUFM et enseignante à l’UFR de sciences humaines
de Poitiers, écrit que « la
pédagogie documentaire ne sera plus assurée par le seul documentaliste et c’est
ce qui paradoxalement sauvera la fonction documentaire en la sortant de la
marginalité ». Elle parle également de « gestion collégiale des ressources », ce qui nous semble
essentiel.
En
matière de formation, soulignons que la quasi-totalité des disciplines sont
concernées. D’où la nécessité du travail partenarial entre documentaliste et
enseignant disciplinaire. Dès 1999, un travail entre les inspecteurs
pédagogiques régionaux et les inspecteurs de l’éducation nationale pour
l’enseignement professionnel de l’académie de Rouen, avec l’appui de
l’inspecteur général de l’éducation nationale Philippe Duval, a eu lieu sur le
thème « apprentissages documentaires au collège et au lycée » ;
une circulaire académique[90]
est adressée aux établissements pour insister sur cette nécessité de voir les
enseignants travailler ensemble et pour rappeler les rôles respectifs des
documentalistes et des enseignants, en distinguant, enseignant de LP,
enseignant d’histoire-géographie-éducation civique, de lettres au collège, de
mathématiques, de physique-chimie, de sciences et vie de la terre, de
technologie, et en listant les objectifs de formation en documentation à
construire au cœur de ce partenariat.
L'engagement
des enseignants disciplinaires au côté du documentaliste est indispensable de
façon à ce que les ressources et les actions documentaires soient définies en
prenant en compte des aspects globaux de diffusion d'information dans
l'établissement, les besoins des élèves et ceux des enseignants. La réflexion
doit porter sur l'ensemble des ressources et pas seulement sur celles destinées
aux élèves. L'enseignant doit trouver au centre de ressource, quel que soit son
nom (CDI, centre de ressource, bibliothèque), des documents utiles à son enseignement.
Plusieurs
établissements visités présentent des situations proches de ce que nous venons
de décrire et peuvent être considérés comme ayant défini une politique
documentaire. Il s’agit essentiellement d’établissements très engagés dans le
développement de l’utilisation des technologies de l’information et de la
communication.
Ainsi, en 2002, un lycée
de l’académie de Grenoble, engagé de longue date dans le développement des
TICE, a défini une politique documentaire qui « opérationnalise dans le domaine documentaire les objectifs et
les stratégies du projet d’établissement ». Quatre directions de
travail sont privilégiées : « la
pertinence des ressources » avec l’appui d’une commission dite CEMI
(commission des équipements et des matériels informatiques qui a, en fait, une
fonction plus large que son intitulé ne le laisse supposer), la formation
« à l’interrogation des bases de
données et à la recherche sur Internet », la mise à niveau des
compétences TICE des enseignants, l’organisation des « emplois du temps des élèves et des enseignants qui doivent tenir
compte au mieux des ressources informatiques et documentaires de
l’établissement. »
Un autre lycée de cette
académie qui accueille une population scolaire très favorisée, a un projet
documentaire original puisque le centre documentaire est ouvert sur la ville.
Il s’agit d’un CDI-bibliothèque municipale qui a donné lieu à une convention
entre les collectivités territoriales, l’académie et l’établissement. Ce CDI-bibliothèque
municipale est spécialisé dans le domaine des langues et cultures étrangères.
Le projet documentaire s’insère dans le projet d’établissement dont les axes
prioritaires portent sur la lutte contre les incivilités, les échanges
culturels, la responsabilisation des élèves.
Dans un collège d’une
communauté urbaine de l’est de la France, l’approche des questions
documentaires du collège est sensiblement différente. Pour la principale,
« le CDI a été voulu au cœur de
l’établissement car dans une ZEP avec une population très défavorisée, la plus
défavorisée de l’académie, il faut mettre des livres à la disposition des
élèves, avoir une attention particulière à l’écriture, veiller à ce que les
élèves puissent s’informer et faire en sorte que l’informatique soit mieux
utilisée ». Le CDI se présente comme une plaque tournante de
l’établissement. À chaque heure, un professeur vient dans une salle incluse
dans le CDI pour y travailler avec ses élèves ; la documentaliste est le
plus souvent intervenue en amont de la séance ou d’un ensemble de séances.
Parallèlement, elle accueille des élèves qui n’ont pas classe, essentiellement
ceux qui ont un projet nécessitant des recherches. Elle aimerait d’ailleurs en
accueillir davantage, ce sujet sera traité en liaison avec l’équipe de la vie
scolaire. Le partenariat avec le collège voisin, situé dans cette même ZEP et
la bibliothèque municipale permet d’assurer une continuité éducative en montant
des opérations conjointes (rallye lecture). La réécriture du projet d’établissement
qui est en cours, avec une participation active de la documentaliste, permettra
de traiter les questions qui ont émergé, tout particulièrement celle de la « gestion du temps (temps pour faire, temps pour analyser et mettre
en place, temps pour réajuster) ».
Même
si les établissements sont encore peu nombreux à avoir atteint le stade de la
formalisation d’une politique documentaire, des observations élargies mettent
en évidence qu’il en existe pratiquement dans chaque académie. Quelques-uns
(trop rares) se signalent sur des sites académiques ou nationaux, dans un souci
d’aide et de transfert d’idées et de méthodes.
Ainsi,
pour Savoirs CDI[91], un
proviseur expose l’intérêt qu’il voit à avoir inséré un volet documentaire dans
le projet d’établissement : « Cela a été d'abord la politique d'aménagement des locaux puisqu'une
restructuration était prévue avec la Région. L'un des principaux enjeux était
de réussir la restructuration des locaux et le CDI a été mis "au
cœur" de cette restructuration. Ensuite c'est tout ce qui concerne la
politique d'équipement de l'établissement. Puis, c'est toute la politique de
communication de l'établissement. Le CDI rayonne sur tout, à travers les
nouvelles technologies, à travers les publications qui peuvent être faites. L'accès
aux ressources, l'utilisation qu'en font les professeurs, la gestion du temps
et de l'accès des élèves au CDI. Il y a la politique de partenariat dans
laquelle le CDI est impliqué. Nous sommes excentrés et nous essayons de
développer au maximum les relations extérieures pour avoir autour de nous des
ressources. Enfin, il y a la politique de formation des élèves, ainsi que celle
des enseignants. »
Un
autre lycée donne également « en partage » divers documents[92]
qui précisent clairement la démarche suivie et les outils utilisés ; le
projet documentaire a été la suite logique du projet CDI. Il fait ressortir
l’importance des bilans d’activité, l’attention portée aux usagers et donne des
exemples d’amélioration concrète : « faire ouvrir des études supplémentaires par la Vie Scolaire entre midi
et 14 Heures, faire construire des cloisons vitrées pour faire baisser le
niveau sonore, offrir plus d'accès à Internet (hors du CDI et dans une
perspective moins scolaire, avec l'encadrement de l'emploi-jeune affecté à la
vie scolaire). »
Dans
un autre établissement, c’est depuis 2001, que l’action documentaire a été
redéfinie en cohérence avec le projet d’établissement : trois
priorités ont été arrêtées : l’image du CDI, l’aide à la réussite aux
examens et la lutte contre la violence. Selon le documentaliste, porteur du
projet, les progrès sont nets : « Avoir
donné ces axes de travail, avec des objectifs précis, lesquels ont bénéficié
d’une évaluation, a permis tout d’abord d’ouvrir le CDI largement, créant ainsi
une réelle dynamique de travail, souvent en concertation avec l’équipe
pédagogique, toujours avec l’administration. Cela m’a aidé à faire émerger des
priorités sur la forme et sur le fond : acquisition de nouveaux matériels,
réforme de la signalétique, mise en réseau informatique, informatisation du
fonds, mise en place de tableaux indicateurs, augmentation du budget. Quant au
fond, création de temps forts pédagogiques, apprentissage de la recherche
documentaire et avènement d’un savoir-vivre. »
À
travers tous ces exemples, on note le souci de l’emploi rationnel des divers
moyens et de qualité du service rendu. C’est aussi la cohérence de l’action
éducative et pédagogique qui est recherchée.
De
même que l’émergence de la notion de politique d’établissement et sa
formalisation dans un projet ont nécessité un appui important des autorités
académiques, la politique documentaire appelle clairement une aide comparable.
Dans cette phase de démarrage, le paysage offert par les académies est
contrasté : la dynamique est enclenchée.
Des académies largement engagées
Environ, un tiers des académies ont indiqué qu’elles
sont résolument engagées dans le processus de mise en place d’une politique
académique dont les objectifs essentiels sont d’inviter les établissements à
définir leur propre politique en ce domaine et de susciter le travail en
réseau. La politique documentaire académique s’insère dans la politique globale
de l’académie dont elle constitue un volet nouveau. Elle n’est d’ailleurs pas
toujours inscrite dans le projet d’académie, l’action ayant précédé l’écriture.
L’expression de cette volonté académique se traduit,
généralement par trois actes : un message du recteur en direction des
chefs d’établissement, la création d’un groupe de pilotage sous l’autorité de
l’IA-IPR EVS, la réalisation d’outils techniques.
Les messages des recteurs
donnent le cap aux établissements. Ainsi,
en septembre 2001, un premier recteur dresse des priorités pour une politique
documentaire d’établissement : « l'équipement
(notamment réseau), l’exhaustivité du référencement des ouvrages de
l'établissement, l'existence de statistiques régulièrement tenues
(fréquentation, emprunts, classes ayant un travail explicite en lien avec le
CDI), évaluation des compétences documentaires des élèves. » En mai 2002, un autre recteur engage une action
volontariste dans ce domaine en adressant un texte à tous les chefs
d’établissement pour « étayer la
réflexion de chaque équipe » en matière de projet
d’établissement ; il propose d’articuler la politique documentaire de
l’établissement selon trois axes : « la construction d’une cohérence pédagogique, la réflexion sur la place
du CDI et le rôle du documentaliste, la mise en œuvre de moyens matériels. » En
septembre 2002, dans une académie voisine, le recteur écrit aux chefs
d’établissement pour les inviter à définir une politique
documentaire : « Il me
paraît important que le rôle de la documentation, eu égard aux nouvelles formes
d'enseignement qui se développent dans les établissements, bénéficie d'une
attention particulière et collective.
Le CDI doit trouver toute sa place dans le projet d'établissement. » Toujours
en 2002 (et ce sera repris et amplifié en 2003), le programme de travail des
IA-IPR de la première académie à s’être engagée demande de veiller à « aboutir à l'affirmation d'un
renouveau indispensable de l'approche documentaire dans les établissements, [celle-ci
constituant] le corollaire de la
rénovation des méthodes d'enseignement au collège (itinéraires de découverte)
et au lycée (TPE, ECJS, PPCP) et des méthodes de travail personnel des
élèves ».
En 2003, un document réalisé par une académie du
sud a pour titre : « La
politique documentaire académique pour servir la cohérence de l’action
pédagogique ». Le « mot du recteur » place le CDI au service
de l’objectif général de la réussite des élèves. Trois articles courts sont
consacrés à des points essentiels : le nouveau contexte (TIC et
documentation), la politique est à « décliner » dans l’établissement
scolaire, l’acteur clé : le documentaliste. Le CDI est repositionné au
sein d’« un système d’information »
de l’établissement. Parallèlement, une définition des missions du
documentaliste est posée. Quatre expressions sont utilisées pour les définir
: responsable d’un service spécialisé d’information et de documentation,
formateur à la maîtrise des langages, formateur à la maîtrise de l’information,
pilote d’un conseil en documentation. On note donc des différences sensibles
par rapport au texte de 1986. Le rôle de pilotage est nettement affirmé. Le CDI
garde un rôle majeur, mais est replacé dans le cadre d’un « système d’information modernisé ».
Le documentaliste « peut » former ses collègues enseignants à la
maîtrise de l’information, si cela s’avère nécessaire. Cette dimension est
clairement novatrice par rapport à 1986 et parfaitement justifiée si l’on veut
que tous les élèves, et pas seulement certains d’entre eux, bénéficient de
cette formation. L’autre innovation majeure est le conseil en documentation. Sa
définition est empruntée à une structure de même nom existant dans chaque
université.
La mise en place de cette politique dynamique est en
cours depuis septembre 2003. Le travail d’appropriation de ces propositions
académiques a commencé par une présentation par le recteur dans des réunions
départementales de chefs d’établissement. Il a été suivi d’une étape de
présentation par l’IA IPR EVS auprès des documentalistes en réunions
départementales, et enfin par un temps d’analyse et d’échanges dans des réunions
de bassins. Le conseil en documentation paraît un élément essentiel ; il
pourrait prendre le nom de « conseil en documentation, information et
communication » et être un réel outil pour l’établissement. L’accueil de
cette idée est très favorable, tant par les personnels de direction que par les
documentalistes.
Dans une autre académie,
même si la politique académique, traduite dans le projet académique, n’évoque
pas explicitement les questions documentaires un travail important sur la
politique documentaire a été mené en parfaite adéquation avec les axes de la
politique académique. La stratégie académique est tournée vers la déclinaison
de la politique globale en politiques sectorielles pilotées académiquement. Un
« guide méthodologique » pour faciliter la définition et la mise en
œuvre d’une politique documentaire a été réalisé par une équipe copilotée par
un IA-IPR et un formateur d’IUFM. Ce guide précise que : « C’est l’établissement tout entier qui doit s’interroger sur ce qu’il
faut mobiliser pour que le CDI, les enseignants et les documentalistes
atteignent cet objectif. L’élaboration d’une politique documentaire permettra
donc de clarifier avec tous les acteurs les fonctions dévolues aux différentes
ressources mobilisées dans
l’établissement pour la construction collective des savoirs ».
Il propose de
structurer la réflexion autour de trois axes : les publics (dimension
sociale), la continuité éducative (dimension temporelle), la mobilisation des
ressources (dimension stratégique).
Les
actions d’animation constituent, dans ces académies, le moyen privilégié pour
le développement de cette politique. Dans plusieurs académies, un regroupement
annuel ou bisannuel de l’ensemble des documentalistes de l’académie joue un
rôle essentiel. Souvent, le CRDP joue alors un rôle essentiel pour
l’organisation de ce type de manifestation. Ces initiatives sont
particulièrement appréciées par les documentalistes car elles permettent des
apports utiles à la réflexion. Les dispositifs académiques reposent
généralement sur un groupe académique, des groupes locaux, une liste de
diffusion et un espace sur internet.
Dans
plusieurs académies, les « groupes de secteurs », les réseaux
« info-doc » jouent un rôle important pour créer une dynamique de
travail et de collaboration. Notons que ce type d’échanges ne s’élargit que
rarement à une participation de chefs d’établissement qui pourraient pourtant
contribuer à l’appropriation de l’idée de politique documentaire.
La
conjugaison des manifestations qui regroupent un large public et des animations
de proximité est essentielle. Il faut aussi y ajouter deux autres
éléments : d’une part, l’évaluation des pratiques des documentalistes qui
se réalise dans le cadre de l’inspection réglementaire de ces personnels,
d’autre part, des actions d’évaluation par d’autres voies (enquêtes par
exemple).
Sur les aspects de l’inspection, un examen d’un
certain nombre de rapports d’inspections (une telle étude mériterait d’être
approfondie) montre les évolutions des attentes de l’institution. Les IA-IPR
demandent de plus en plus souvent-cette pratique mériterait d’être généralisée-
un rapport d’activités à partir d’un questionnement qui porte désormais sur
l’ensemble de l’action documentaire. Par exemple, dans une académie, un recteur
a lancé une action en faveur du développement des politiques documentaires en
décembre 2003, le questionnaire établi par
l’inspection pédagogique régionale précisant : « Ce questionnement concerne au premier chef les professeurs
documentalistes, leurs pratiques professionnelles au sein du CDI, mais aussi
leur positionnement dans la vie de l’établissement. Aussi propose-t-il une
réflexion plus large sur la politique documentaire de l’établissement, et donc
peut associer l’équipe de direction, ainsi que les professeurs utilisateurs des
ressources documentaires dans le cadre de leur enseignement ou de projets ». Il comprend une partie
d’évaluation diagnostique de la politique documentaire qui traite du contexte
de l’établissement, des personnes ressources et la dynamique d’équipe, des
responsabilités du documentaliste (domaine pédagogique, domaine spécifique
(aspects techniques, etc.), participation à la vie de l’établissement (fonction
de conseil à la direction en matière documentaire, etc.).
Notons que le positionnement de l’IA-IPR d’EVS lui donne une vision globale – à la fois éducative et pédagogique – et rend donc ses analyses très précieuses pour l’évolution du projet d’établissement. En intervenant à la fois auprès des documentalistes, des personnels d’éducation et des personnels de direction, l’IA-IPR joue un rôle majeur pour le développement des politiques documentaires. La question, souvent posée, de la création d’un corps d’inspection spécifique à la documentation, à l’instar de ce qui existe pour les autres disciplines, appelle de notre part des réserves. Il nous paraît, en effet, préférable de privilégier une vision globale de la documentation au service des apprentissages de l’élève, de l’éducation à la citoyenneté, incluant des capacités d’expertise élevées dans le domaine spécifique des sciences de l’information et de la communication.
D’autres académies mènent des actions sans avoir formalisé la démarche
En
effet, la plupart de ces académies se sont dotées d’un groupe de pilotage sur
les questions documentaires. La composition de ce groupe est variable, ainsi
que les sujets d’étude.
Pour
l’une d’entre elles, le groupe académique se réunit régulièrement autour de
l’IA-IPR responsable du dossier ; il comprend des chefs d’établissement,
des documentalistes exerçant en collège, LP et lycée, ainsi qu’à l’IUFM, avec
l’appui du CRDP pour la coordination, des études sont en cours pour cadrer et
appuyer le développement des politiques documentaires. La mise en œuvre
d’études, par exemple sur les politiques d’acquisition, et leur restitution aux
établissements sont des éléments précieux. Les vecteurs de diffusion sont en
place : une liste de diffusion active, un site web régulièrement actualisé
fournissant par exemple une bibliographie très complète sur le sujet. Des temps
de rencontre ont également eu lieu au CRDP avec témoignages d’équipes ayant mis
en œuvre une politique documentaire pour leur établissement.
Dans
l’académie voisine, un travail est également engagé depuis 2003 sous la
responsabilité de l’IA-IPR EVS en collaboration avec le CRDP. Le groupe de
pilotage existe avec la particularité, qui nous paraît très intéressante,
d’associer des IA-IPR de disciplines (physique, histoire-géographie et des
enseignants de lettres (sans vouloir définir de composition type pour ce type
de structure, on ne peut que recommander une large ouverture ;
l’enseignement technologique et professionnel est trop souvent oublié, de même
celui des enfants à besoins spécifiques). Trois sujets sont à l’ordre du jour,
préoccupations que l’on retrouve en tous lieux : l’ouverture maximale du
CDI, pendant le temps scolaire et au-delà de façon à toucher tous les publics,
ce qui pose des problèmes d’organisation que le documentaliste n’a pas à
traiter seul ; les sollicitations multiples du documentaliste, question
qu’il n’a pas non plus à traiter seul ; les questions d’assistance aux
documentalistes.
Dans
une troisième académie, le groupe de pilotage est composé autour de l’IA-IPR
EVS d’un documentaliste par département. Les questions d’« évaluation du
CDI » ont fait l’objet d’un séminaire des formateurs en documentation.
Trois chantiers sont en cours avec un objectif commun d’amélioration de
l’efficacité de l’action documentaire : la mutualisation des outils
et des ressources, la place du documentaliste dans la formation des élèves à la
recherche documentaire, l’évaluation des compétences acquises en ce domaine. Un
travail d’approfondissement de la notion de continuité des apprentissages
documentaires est engagé avec l’objectif de créer un « ruban
pédagogique ».
Ailleurs,
l’accent est mis sur la mise en place d’un « dispositif de pilotage en
documentation ». Là aussi, un groupe académique est la cheville ouvrière
de ce projet. Il est composé de l’IA-IPR EVS, de documentalistes relais de
bassin, d’animateurs académiques (un pour les TICE, un pour la maintenance du
logiciel de gestion documentaire), un représentant pour chacune des structures
CRDP, IUFM, DATICE. Un programme pluriannuel est en cours de mise en œuvre
autour des deux axes voulus structurants pour le métier de
documentaliste : « le
documentaliste, cadre-référent spécialiste de l’information et de l’analyse
documentaire de l’établissement ; le documentaliste, déclencheur,
coordonnateur de mutualisations, acteur de la codisciplinarité ».
Pour
certaines académies, la question documentaire se trouve à l’arrière d’autres
sujets, et tout particulièrement des TICE. Le développement de ce secteur
retient souvent l’attention de l’autorité académique qui se trouve en situation
de devoir adapter son organisation et ses moyens pour tirer profit de
programmes d’équipement à l’initiative des collectivités locales. Le sujet
de la ressource éducative nécessite une expertise spécialisée, le réseau des
CRDP ayant un rôle éminent à tenir dans ce secteur, ainsi que le CNDP, dans le
cadre des orientations[93]
que lui a assignées le Ministre délégué à l’enseignement scolaire en mai 2003.
Des
académies indiquent que la notion de politique documentaire académique et
d’établissement n’appartient pas à la « tradition locale ». Enfin,
les autres se disent en attente de l’expression d’une politique nationale plus
marquée dans ce domaine, ce qui d’ailleurs rejoint les regrets exprimés par
certains documentalistes de ne pas voir mentionnée la documentation dans
certains textes importants. (Nous avons déjà évoqué la question des circulaires
de préparation de rentrée).
Les liaisons école-collège et collège-lycée
Les
politiques académiques devraient mieux tenir compte des liaisons entre les niveaux : primaire-collège
et collège-lycée. En ce qui concerne le premier niveau, depuis longtemps les
programmes fixent deux types d’objectifs dont la mise en œuvre relève d’une
politique documentaire d’école ou de circonscription : amener les élèves à
lire des ouvrages entiers[94],
apprendre à chercher et à traiter l’information.[95]
Les nouveaux programmes[96]
reprennent ces deux axes et sont plus exigeants. En matière de lecture, les
enseignants sont invités « à pousser
chacun à emprunter fréquemment des livres dans les bibliothèques accessibles
(BCD, bibliothèque publique ou de quartier, bibliobus, etc.) ». Pour
les activités de recherche, les programmes invitent à « rassembler des documents autour d’un sujet,
en donner la nature, la date et l’auteur », à approcher les
« supports actuels de l’information ». Un document d’accompagnement[97]
développe précisément la démarche à mettre en œuvre en matière de recherche
documentaire et l’on retrouve les réflexions précédemment évoquées pour le
secondaire : préciser le projet/préparer la recherche, chercher, traiter,
restituer, mémoriser et réinvestir les acquis méthodologiques.
En
organisant des actions de liaison entre l’école et le collège avec la volonté
de bâtir une politique documentaire concertée, les démarches d’apprentissage
pratiquées en sixième devraient évoluer de manière sensible, comme nous l’avons
déjà évoqué. De même, une articulation devrait s’opérer entre collège et lycée.
Les réunions de bassin devraient y contribuer.
q
Formation des documentalistes
Dans
la quasi-totalité des académies, les documentalistes se voient offrir deux
types de rencontres entrant dans le cadre de la formation continue. D’une part,
des regroupements larges qui s’inscrivent dans le contexte historique des
« journées des documentalistes », d’autre part des stages sur une
thématique précise. Au fil du temps, la distance entre les deux schémas s’est
estompée dans bien des lieux et une diversification des formes de rencontres
s’est opérée. On peut toutefois distinguer les académies qui souhaitent
maintenir, selon un rythme annuel ou bisannuel, une grande rencontre qui prend
alors le nom de séminaire, d’assises ou de colloque et qui permet à
l’institution, par son recteur, d’exprimer des orientations et de formuler des
vœux ; cette formule permet aussi de relancer des actions sur l’ensemble
d’une académie et de créer ou renouer des liens entre les documentalistes. Ces
journées semblent davantage prisées en milieu rural (la fréquentation pouvant
atteindre 100%) qu’en zone urbaine (la fréquentation pouvant tomber à 35%).
D’autres académies centrent leur action sur la proximité et appuient les
démarches de réseaux locaux. Enfin, des académies essaient de concilier les
deux solutions.
Si
autrefois, ces rencontres se réalisaient en dehors du plan académique de
formation, elles sont désormais largement intégrées, ce qui a pu conduire à une
certaine diminution des temps de rencontre entre documentalistes. Les plans de
formation continue comportent des thématiques diversifiées ; toutefois,
des dominantes existent : par ordre de priorité, l’adaptation à
l’évolution des logiciels de gestion du CDI, la maîtrise d’outils informatiques
(bureautique, Internet), les pratiques interdisciplinaires et les nouveaux dispositifs.
Dans bon nombre d’académies, une offre est également faite pour des questions
se rapportant à la culture et à la lecture.
Au-delà
de ces formations qui ont un caractère ponctuel, certains documentalistes
s’engagent dans des formations qui leur confèrent un titre universitaire
complémentaire à leur formation initiale. Certaines académies[98]
encouragent ce type de démarche personnelle en apportant quelques facilités
pour suivre ces formations. Compte tenu de la forte évolution des techniques
qui touchent à la documentation et à l’information, il nous paraît
indispensable de développer des formations longues permettant aux
documentalistes en poste de compléter leurs connaissances et compétences dans
ce domaine. À l’instar de ce que propose l’Université de Limoges[99]
avec son campus virtuel qui connaît un succès grandissant, la formation à
distance pourrait être ici un moyen particulièrement adapté pour répondre aux
besoins des documentalistes. Cet effort de qualification complémentaire ne peut
avoir qu’un effet très positif sur l’image de la profession et au-delà sur
l’organisation de la documentation dans les établissements scolaires.
Il
ne faut pas non plus sous-estimer le caractère formateur de l’exercice des
fonctions dans des postes différents. Le métier de documentaliste a des
facettes différentes selon le type d’établissement : collège, LP, LEGT,
sans oublier les CDDP, CRDP, IUFM, voire d’autres établissements ou structures.
Le passage d’un poste à l’autre est source d’enrichissement personnel et, par
voie de conséquence, est bénéfique au système éducatif. Cette mobilité devrait
donc être encouragée.
En
ce qui concerne la formation initiale des documentalistes, la rénovation des
épreuves du CAPES externe de documentation opérée en 2001[100]
a accru les exigences en matière de connaissances spécialisées dans le domaine
des technologies nouvelles liées à la documentation. L’épreuve pratique de
techniques documentaires demande une recherche, un traitement et une
exploitation de l’information à des fins pédagogiques en milieu scolaire. Cela
suppose donc une bonne maîtrise des outils, des techniques et, plus
généralement de l’« information » (création, validation,
diffusion,…). Une formation universitaire à caractère pré-professionnel dans ce
domaine, préalable au concours, paraît un atout sérieux. Le temps de
préparation au concours et l’organisation de la formation en IUFM après le
succès au CAPES ne permettent pas de compenser des manques dans ce domaine,
l’année de stage étant consacrée à une préparation pratique du métier, ainsi
qu’à des apports pédagogiques et didactiques[101].
En fait, en deçà de la formation initiale, les évolutions conduisent
nécessairement à s’interroger sur le recrutement des futurs documentalistes et
sur les titres requis pour se présenter au CAPES externe.
Par
ailleurs, des documentalistes reconnaissent volontiers qu’ils sont peu préparés
pour aborder des questions de management d’équipes, de pilotage, d’organisation
de l’établissement scolaire et de budget, ce qui constitue un obstacle à la
mise en place d’une politique documentaire et au développement de la
documentation au sein des établissements scolaires. La formation tant initiale
que continue devrait y remédier, ce qui pourrait avoir aussi comme heureuse
conséquence de voir un nombre sensiblement plus important de documentalistes
s’inscrire aux concours de chef d’établissement. Que davantage de personnels de
direction soient issus du corps des documentalistes ne peut que favoriser
l’émergence des politiques documentaires dans les établissements
scolaires !
q
Formation des personnels de direction
La
mise en place de politiques documentaires suppose l’engagement des personnels
de direction. La formation initiale doit faire une place plus large aux
questions documentaires. Pour faciliter le travail des GAFPE, la mise en place
d’un module national, à l'ESEN, ouvert aux membres des GAFPE nous paraît
indispensable.
q Le rôle essentiel des IA-IPR et particulièrement des IA-IPR d’EVS
L'ensemble
des IA-IPR et des IEN en LP doit porter attention aux questions de politique
documentaire. Comme nous l'avons déjà souligné, les disciplines dans leur
ensemble attachent une importance aux questions d'information. Aussi, lors de
leurs visites d'inspection, les IA-IPR et les IEN devraient-ils prendre
connaissance de l'implication des enseignants de leur discipline en matière de
politique documentaire. L'invitation du documentaliste à la réunion des
enseignants disciplinaires provoquée par l'IA-IPR ou l’IENserait opportune.
La
mise en place d’une politique documentaire académique passe nécessairement par
l’engagement de l’IA-IPR EVS. Conseiller du recteur pour les questions de
documentation et d’information, il doit pouvoir proposer des axes de travail,
un programme, une méthode ainsi que des indicateurs qui permettront de suivre
les évolutions. Son expertise, fondée sur sa connaissance des systèmes
d’information et de documentation et sur l’analyse des situations de terrain
réalisée à partir des inspections, lui permet de jouer un rôle de conseil
auprès des établissements. En relation avec ses collègues, notamment les
IA-DSDEN, il facilite les relations entre les niveaux d’enseignement. Il
n’oublie pas non plus les coordinations nécessaires avec les IEN ET-EG et les
IA-IPR des autres disciplines ou spécialités. Il sollicite l’appui du réseau
CRDP qui dispose également d’une capacité d’expertise remarquable et qui
gagnerait, en certains lieux, à être rapproché de l’action dans les
établissements.
Ce
rôle éminent de l’IA-IPR EVS suppose une formation renouvelée qui renforce
sensiblement la part réservée aux questions documentaires et développe la
notion de politique documentaire ainsi que la réflexion théorique sur ce
domaine.
L’IA-IPR
EVS doit avoir une vision claire du métier de documentaliste. Il doit être
capable de fixer des orientations en tenant compte des évolutions
technologiques fortes qui caractérisent ce domaine. La formation doit donc
favoriser le développement de l’expertise de l’IA-IPR EVS dans le domaine des
sciences et techniques documentaires.
Aussi,
il nous paraît fondamental d’une part, de mettre en œuvre dans les meilleurs
délais, et dans le cadre, déjà opérationnel, d’un groupe de conception de la
formation,[102] un plan de
formation spécifique pour l’ensemble des IA-IPR et tout particulièrement des
IA-IPR d'EVS, d’autre part d’inclure une forte dimension documentaire au
parcours de formation initiale des IA-IPR EVS.
L’ensemble
des observations et les entretiens qui ont pu être conduits confirment
l’hétérogénéité de la situation de la documentation dans les établissements
scolaires. Les efforts faits par l’État en matière de personnels et ceux des
collectivités territoriales ont fortement contribué à développer ce secteur qui
est déjà, dans bien des lieux, un vecteur de rénovation pédagogique. La
documentation est porteuse de modernité pédagogique.
Appelée
par nombre de documentalistes comme élément structurant de leur action, la
politique documentaire des établissements scolaires est à construire. Pour y
parvenir, des mesures doivent être prises aux divers niveaux de responsabilité
du système éducatif (ministère, académie, établissement). Des changements de
vocabulaire seront nécessaires car ils traduiront les nouvelles réalités
technologiques et relationnelles : on évitera d’enfermer la documentation dans
le CDI et on parlera plutôt du RID (réseau d’information et de documentation)
ou du SID (système ou service d’information et de documentation). L’action des
collectivités territoriales sera également déterminante, non seulement pour les
questions d’équipement, mais également pour l’assistance aux tâches des
documentalistes. Un engagement déterminé des documentalistes sera
indispensable : il inclura un effort tout particulier de formation
personnelle et de veille technologique.
Il
y a exactement dix ans, l’inspecteur général Pierre Vandevoorde, doyen du
groupe établissements et vie scolaire écrivait : « Disons-le tout net, un risque menace les
documentalistes : c’est la dérive technicienne[103]».
Il n’avait pas tort et les documentalistes ont su répondre aux défis posés par
les nouvelles formes d’action pédagogique. Aujourd’hui, mutatis mutandis, la dérive nouvelle, ce
pourrait être l’absence d’engagement suffisant dans la technique, c’est-à-dire
les systèmes d’information.
Le risque qui menace les documentalistes
est celui d’un positionnement incertain. L’affirmation de la qualité de
formateur du documentaliste, membre à part entière de l’équipe enseignante, a
été soulignée et doit continuer à l’être ; mais, il faut tout autant
insister sur le rôle du documentaliste, professionnel de la documentation et de
l’information, en matière d’organisation des ressources documentaires de
l’établissement, de leur mise à disposition à l’ensemble de la communauté
éducative et donc, sur son rôle de conseil du chef d’établissement et de pilote
dans ce secteur. Ces évolutions et mutations méritent un examen attentif.
L’élaboration d’une politique documentaire s’impose naturellement.
Même
si beaucoup a été fait, la question des moyens reste essentielle : il
s’agit de compléter en postes de documentalistes là où c’est nécessaire et de
développer les fonctions d’assistant documentaliste.
Dans
ce secteur en forte évolution, les besoins en formation sont très importants,
tant pour les documentalistes que pour les personnels d’encadrement.
Les
recommandations qui suivent nous paraissent essentielles non seulement pour la
documentation et pour l’avenir des documentalistes, mais pour le système
éducatif tout entier. Une organisation rationnelle à tous les échelons,
notamment à celui de l’établissement scolaire – qui est le plus important –,
donnera aux élèves des conditions de travail optimales pour leur réussite et
aux enseignants un cadre pour une efficacité et une coopération renforcées.
Des mesures pour le développement de la documentation dans les établissements scolaires
Mesures pour une politique documentaire nationale
Un nouveau cadre
q
Proposer une circulaire
précisant les enjeux socio-éducatifs de la maîtrise de l’information et
définissant d’une part le rôle de la documentation dans l’établissement
scolaire, en suscitant la mise en place de services et de systèmes
d’information et de documentation (SID), d’autre part les missions du
documentaliste.
Recrutements
et formations
q
Développer la formation
initiale de l'ensemble des IA-IPR et particulièrement des IA-IPR EVS aux
questions d’information et de documentation ; proposer un plan de
formation continue pour l’ensemble des IA-IPR et particulièrement des IA-IPR
EVS en matière de formation aux systèmes d’information.
q
Mieux prendre en compte
les compétences en matière de pilotage des politiques documentaires des
établissements scolaires lors des recrutements des personnels de direction.
q
Inscrire un module
national, à l'ESEN, ouvert aux membres des GAFPE qui préparent les modules de
formation dans les académies, pour permettre l’élaboration de schémas
d'ingénierie de formation cohérents dans l'ensemble des académies.
q
Inclure la formation aux
questions documentaires dans la formation initiale des enseignants.
De
nouvelles études
q
Préciser les
compétences (savoirs et savoir-faire) que les élèves doivent acquérir au
collège, puis au lycée ou lycée professionnel en matière
d’information et de documentation : création d’un portefeuille de
compétences documentaires et informationnelles.
q
Réaliser une étude sur
le travail autonome des élèves (à la maison ou dans l’établissement). Y
examiner les conditions matérielles, selon les statuts des élèves. Faire le
point sur les rôles respectifs des personnels d’éducation et des enseignants
dont les documentalistes.
La
question des carrières
q
Examiner les conditions
de déroulement des carrières des documentalistes.
Les
coopérations
q
Renforcer la coopération
entre les académies en matière de documentation.
q
Prendre une initiative
de concertation européenne sur la notion de politique documentaire des
établissements scolaires (colloque européen).
Mesures pour une politique documentaire académique
q
Inclure la dimension
documentaire dans la politique académique.
q
Poursuivre les efforts
en matière de postes de documentalistes, en prenant notamment en compte le fait
que les mutations technologiques appellent un renfort de compétences en matière
de système d’information au sein de l’établissement.
q
Développer la formation
continue des documentalistes ; offrir des formations approfondies, en
liaison avec les universités et les IUFM (on utilisera en particulier les
moyens et ressources de la formation à distance).
q
Promouvoir la
coopération inter-établissements, en intégrant les écoles primaires ;
développer le travail en réseau, les CRDP et CDDP pouvant jouer un rôle
privilégié.
q
Développer la formation
aux questions documentaires des personnels de direction ; la politique
documentaire de l'EPLE doit devenir l'une des dimensions de formation initiale
prise en compte par chaque GAFPE dans ses travaux et dans l'élaboration de son
plan de formation sur deux ans.
q
Développer la formation
continue des enseignants disciplinaires à l’utilisation pédagogique et
didactique des ressources informationnelles et documentaires.
q
Veiller à la mise en
place des moyens nécessaires au bon fonctionnement de l’établissement en
matière de ressources tant humaines (nombre et répartition des documentalistes
selon les besoins des établissements, question de l’aide-documentaliste) que
matérielles, en liaison avec les collectivités territoriales.
Mesures pour chaque établissement scolaire
q
Définir une politique
documentaire intégrée au projet d’établissement, en précisant particulièrement
les usagers, les services offerts, les projets, le fonctionnement du système
d’information et du centre de ressources, les conditions de formation des
élèves en matière d’information, les modalités d’accès à Internet et à
l’Intranet de l’établissement, l’ouverture sur l’environnement culturel et
économique, le soutien à la politique en faveur de la lecture, ainsi que les
moyens nécessaires.
q
Présenter la politique
documentaire au conseil d’administration.
q
Appliquer la politique
documentaire dans le cadre des moyens humains et matériels définis.
q
Procéder à une
évaluation annuelle de la mise en œuvre en s’appuyant sur des éléments
d’appréciation qualitatifs et quantitatifs.
q
Rechercher les
coopérations des établissements voisins et, pour les collèges, des écoles
primaires du secteur ; établir une politique concertée en matière
d’information et de documentation.
q
Mettre en place un
comité de pilotage de la politique documentaire, à l’échelon pertinent
(établissement, bassin,…), en articulation ou en préfiguration d’un conseil
pédagogique et scientifique.
q
Favoriser l’ouverture
des ressources documentaires de l’établissement à l’environnement local, tout
particulièrement dans les quartiers défavorisés et en secteur rural.
q
Inscrire explicitement
dans le contrat d'embauche de l'assistant d'éducation sa mission possible aux
côtés du documentaliste.
Engagements nécessaires des documentalistes
q
Actualiser constamment
connaissances et compétences, particulièrement en matière de système
d’information et de techniques documentaires.
q
Raisonner à l’échelle de
l’établissement ou de plusieurs établissements et non plus sur « le
territoire CDI ».
q
Avoir le souci de la
mobilité professionnelle et géographique.
Les membres du groupe de pilotage de cette étude :
Monsieur Christophe
Degruelle, chargé d’une mission d’inspection générale
Monsieur Robert Denquin,
chargé d’une mission d’inspection générale
Madame Françoise Hostalier,
IGEN
Monsieur Raymond Riquier,
chargé d’une mission d’inspection générale
Monsieur Pierre Saget, IGEN
Monsieur Michel Valadas,
IGEN
Monsieur Alain Warzée, IGEN
et
Monsieur Jean-Louis
Durpaire, IGEN, rapporteur
tiennent à remercier
Mesdames et messieurs les
inspecteurs d’académie-inspecteurs pédagogiques régionaux Établissements et vie
scolaire qui ont contribué à l’enquête académique,
Mesdames et messieurs les
chefs d’établissement, les enseignants dont, tout particulièrement, les
documentalistes, les aides-documentalistes, les gestionnaires, les conseillers
principaux d’éducation qui ont accepté de répondre à l’enquête servant de base
à ce rapport,
ainsi que tous ceux qui ont apporté un éclairage
particulier, réalisé une enquête complémentaire, fourni divers documents ou
participé à la relecture, en particulier :
Madame
Dominique Aumasson, IA-IPR EVS, académie d’Orléans-Tours
Monsieur
Christian Avarguez, documentaliste, académie de Nantes
Madame Annie
Barthélémy, gestionnaire-agent comptable, académie de Dijon
Monsieur
Alain-Marie Bassy, IGAENR
Madame
Josiane Ballouard, IA-IPR EVS, académie de Rennes
Monsieur
Bernard Beaupère, IA-IPR EVS, académie de Nantes
Madame
Cécile Brennan-Sardou, IA-IPR EVS, académie de Montpellier
Madame
Françoise Chapron, maître de conférences, IUFM de l’académie de Rouen
Madame
Marie-Noëlle Cormenier, documentaliste, académie de Créteil et direction de la
technologie
Monsieur
Jean-Pierre Doux, IA-IPR EVS, académie de Grenoble, Madame Bonhomme, Directrice
des ressources documentaires, CRDP de l’académie de Grenoble et l’équipe de
pilotage documentaire de l’académie de Grenoble
Mademoiselle
Christelle Fillonneau, responsable de la documentation pédagogique, CRDP de
Poitou-Charentes
Madame
Anne-Marie Gioux, IA-IPR EVS, académie de Bordeaux
Madame
Roselyne Huet, documentaliste, académie de Versailles
Monsieur
Jean-Marie Munier, IA-IPR EVS, académie de Reims
Monsieur
Gérard Puimatto, directeur-adjoint du CRDP de l’académie d’Aix-Marseille
Monsieur
Pierre Rivano, IA-IPR EVS, académie de Toulouse
Madame
Monique Rossini-Mailhé, IA-IPR EVS, académie de Versailles
Madame
Valérie Scholtès-Fournier, documentaliste, académie de Reims
Monsieur
Pascal Titeux, IA-IPR EVS, académie de Besançon
ADSL : asynchronus digital subscribter line
AVS :
administration et vie scolaire
B2I :
brevet informatique et Internet
BCD :
bibliothèque-centre documentaire
BOEN :
bulletin officiel de l’éducation nationale
CAPES :
certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré
CDI :
centre de documentation et d’information
COP :
conseiller d’orientation psychologue
CDDP :
centre départemental de documentation pédagogique
CEC :
contrat emploi consolidé
CES :
contrat emploi-solidarité
CFA :
centre de formation par l'apprentissage
CNDP :
centre national de documentation pédagogique
CDRP :
centre régional de documentation pédagogique
DEP :
direction de l’évaluation et da prospective
DESCO :
direction de l’enseignement scolaire
DPE :
direction des personnels enseignants
DT :
direction de la technologie
ECJS :
éducation civique, juridique et sociale
EPLE :
établissement public local d’enseignement
ESEN :
école supérieure de l’éducation nationale
EVS :
établissements et vie scolaire
GAFPE :
groupe académique de formation des personnels d’encadrement
IA-DSDEN :
inspecteur d’académie-directeur des services départementaux de l’éducation
nationale
IA-IPR :
inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional
IDD :
itinéraire de découverte
IEN
ET-EG : inspecteur de l'éducation nationale - enseignement technique et enseignement
général
IGAENR :
inspecteur général de l’administration de l’éducation nationale et de la
recherche
IGEN :
inspecteur général de l’éducation nationale
IUFM :
institut universitaire de formation des maîtres
LEGT :
lycée d’enseignement général et technologique
LOLF :
loi organique relative aux lois de finances
LP :
lycée professionnel
PPCP :
projet pluridisciplinaire à caractère professionnel
SI :
système d’information
SID :
service ou système d’information et de documentation
SVT :
sciences de la vie et de la terre
TIC :
technologies de l’information et de la communication
TICE :
technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement
TPE :
travaux personnels encadrés
ZEP :
zone d’éducation prioritaire
[1] Sites nationaux (Educnet http://www.educnet.education.fr/cdi/default.htm, CNDP http://www.cndp.fr),
sites académiques, sites des CRDP, sites de référence tels que Savoirs CDI http://savoirscdi.cndp.fr/,
sites collaboratifs ou personnels Docs pour docs http://docsdocs.free.fr/, http://azardo.free.fr/sitesdocs.htm, http://cheval.slaes.net/spip, etc.
[2] On pourra consulter par exemple le rapport du groupe EVS de l’IGEN : Guy Pouzard, Information et documentation en milieu scolaire, janvier 2001, www.education.gouv.fr/syst/igen/rapports/docecole.pdf
[3] Circulaire du 26 octobre 1956
[4] Circulaire 82-230 du 2 juin 1982, Objectifs pour la vie scolaire
[5] Circulaire 86-123 du 13 mars 1986
[6] Le témoignage d’Alain Gurly, documentaliste à la retraite, sur le site Docs pour Docs (qu’il a animé durant des années) est particulièrement intéressant. http://docsdocs.free.fr/modules.php?name=Sections&sop=listarticles&secid=7
[7] On aimerait que la période des affectations de personnels enseignants en difficulté soit totalement révolue ; il nous a été donné de constater que ce n’était pas le cas. La spécificité du métier de documentaliste, sa technicité, ses aspects relationnels et pédagogiques ne sont pas perçus autant qu’on le souhaiterait.
[8] Michel Poupelin, Jean Bérenguier, Les CDI en 87-88, rapport de l’IGEN, groupe vie scolaire
[9] Personnels contractuels effectuant des travaux d’utilité collective (TUC)
[10] Rapport annuel de l’IGEN, La documentation française, 1994, Chapitre 4, Les centres de documentation et d’information, pages 83 à 109
[11] Loi n°89-486 du 10 juillet 1989-Rapport annexé
[12] Alain Gérard, Multimédia et réseaux pour l’éducation, rapport présenté à Monsieur le Premier ministre, 1997
[13] Comité interministériel pour l’éducation, 28 juillet 2003
[14] Conseil national des programmes, Qu’apprend-on au collège ?, CNDP/XO éditions, 2002
[15] Circulaire n° 2000-009 du 13 janvier 2000 parue au BOEN n°3 du 20 janvier 2000
[16] Circulaire n°2000-094 du 26 juin 2000 parue au BOEN n° 25 du 29 juin 2000
[17] Les nouvelles orientations au collège, document d’accompagnement pour la préparation des itinéraires de découverte, MEN/DESCO, 2001
[18] Marc Baconnet, Claude Bancal, Marc Fort, rapport de l'inspection générale de l'éducation nationale, Suivi de la mise en place de la réforme du lycée, septembre 2000
[19] Marc Baconnet, Jean Bottin, Marc Fort, rapport de l'inspection générale de l'éducation nationale, Les travaux personnels encadrés, juin 2001
[20] Michel Aublin, Michel Leroy, rapport de l'inspection générale de l'éducation nationale, le projet pluridisciplinaire à caractère professionnel et l'éducation civique , juridique et sociale en LP, juin 2002, page 16
[21] Ibidem, page 29
[22] De nombreux articles ont été consacrés à ce sujet et même plusieurs thèses.
Marie-Annick Decrop, Les documentalistes des établissements scolaires : émergence d'une profession écartelée en quête d'identité, Thèse de doctorat, Université de Nantes, 1997
Jean-Paul Braun, De l'identité professionnelle des documentalistes des CDI des établissements scolaires du second degré, Thèse de doctorat, Université de Nancy 2, 2000
[23] Les documentalistes de CDI, Les dossiers d’éducation et formations, n° 57, Ministère de l’éducation nationale, direction de l’évaluation et de la prospective, septembre 1995
[24] Circulaire 86-123 du 13 mars 1986
[25] Par exemple, notices bibliographiques téléchargeables sur les sites académiques, dépouillement de revues professionnelles sur le site « documentation » de l’académie de Clermont –Ferrand, dépouillement du contenu des cassettes vidéo de la collection Galilée sur le site de l’académie de Besançon, travaux du CRDP de Poitou-Charentes (Mémofiches, Mémodocnet, MémoElectre).
[26] 36 établissements dont 2 collèges, 2 lycées professionnels et 32 lycées d’enseignement général et technologique.
[27] Cette observation rejoint le constat dressé par les inspecteurs généraux rapporteurs de l’étude sur l’internat. « Il est regrettable que les internes, à l’exception des élèves des classes post-bac et parfois des lycéens, ne disposent que rarement d’un bureau ou même d’un plan de travail individuel dans leur chambre.(…) Si l’aménagement de mini-bibliothèques d’internat est une bonne idée, l’accès aux salles multimédia et aux CDI est loin d’être généralisé. »
Sonia Henrich, Jacques Verclytte, Didier Bargas, Jacques Dersy, L’internat scolaire public : les leçons du terrain, rapport à monsieur le ministre de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, juillet 2002
[28] René Blanchet, La vie scolaire de l'élève et des établissements scolaires, La documentation française, 1998
[29] Gérard Pourchet, L'accueil des élèves dans les établissements scolaires, La documentation française, 1998
[30] Circulaire 82-230 du 2 juin 1982, Objectifs pour la vie scolaire
[31] http://www.educnet.education.fr/chrgt/charteproj.rtf
[32] Circulaire 2003-092 du 11 juin 2003 parue au BO n°25 du 19 juin 2003
[33] Claude Ragache, Michel Treut, Jean-Pierre Viger, Organiser l’espace CDI, mars 2000
http://www.ac-rouen.fr/pedagogie/equipes/doc/spip/article.php3?id_article=20
[34] Source : annuaire EPP, déc 2003, communiqué par la direction des personnels enseignants
[35] Affectations dans les CRDP, CDDP, IUFM…
[36] 4 449 adjoints d’enseignement et 831 certifiés
[37] Par exemple Sésamath http://www.sesamath.net/
[38] Par exemple Le café pédagogique http://www.cafepedagogique.net/
[39] http://www.educnet.education.fr/equip/s3it.htm
[40] http://www.educnet.education.fr/equip/s2i2e.htm
[41] http://www.educnet.education.fr/equip/sdet.htm
[42] http://www.educnet.education.fr/ENS/default.htm
[43] Note
d’information 03.49, Direction de l’évaluation et de la prospective, août 2003
[44] Anne-Marie Bardi, Jean-Michel Bérard, L’école et les réseaux numériques, rapport à monsieur le ministre de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, juillet 2002
[45] Paul Otlet, Traité de documentation, Editiones Mundaneum, Bruxelles, 1934 ; réédition CLPCF, 1989
[46] http://www.educnet.education.fr/tech/normes/0402.htm
[48] LOM : Learning Object Metadata (métadonnées d’objet d’apprentissage)
[49] On estime généralement que le « web invisible » est 400 fois plus important que le web visible. Le « web invisible » comprend tout ce qui n’est pas indexé par les moteurs de recherche
[51] Circulaire du 13 octobre 1952- Le rôle de la documentation dans l’enseignement du second degré
[52] Howard Rheingold, http://www.fing.org/index.php?num=4449,2
[53] Yannick Bernard, Bernard Usé, Internet au collège : une éducation nécessaire, mémoire de DESS ingénierie des médias pour l’éducation, université de Poitiers, décembre 2003
[54] Rapport d’activité du secrétaire général du conseil supérieur des bibliothèques 2000-2001
http://www.enssib.fr/autres-sites/csb/csb-interventions/csb-rapportactivite2000-01.html
[55] Doc ad hoc n°41,CRDP de l’académie de Lille,
http://crdp.ac-lille.fr/crdp2003/bcd-cdi/doc-ad-hoc/Doc_ad_Hoc_41.pdf
[56] Bertrand Calenge, Conduire une politique documentaire, Éditions du Cercle de la librairie, 1999
[57] http://eduscol.education.fr rubrique TPE et documentation
[58] Circulaire de préparation de la rentrée 2001 dans les collèges du 08 juin 2001 parue au BOEN N°24 du 14 juin 2001
[59] Circulaire de préparation de la rentrée 2001 en lycée professionnel du 30-05-2001 parue au BOEN N°23 du 7 juin 2001
[60] Circulaire de préparation de la rentrée 2002 dans les lycées d’enseignement général et technologique n° 2002-076 du 11 avril 2002
[61] Préparation de la rentrée 2002 dans les collèges et mise en œuvre des itinéraires de découverte. n° 2002-074 du 10 avril 2002
[62] Circulaire de préparation de la rentrée 2003 dans les écoles, les collèges et les lycées du 28 mars 2003 parue au BOEN n°14 avril 2003
[63] Circulaire de préparation de la rentrée 2004 ans les écoles, les collèges et les lycées du 27 janvier 2004 parue au BOEN n°6 du 5 février 2004
[64] Les politiques documentaires des établissements scolaires, DESCO/CNDP, CRDP de Versailles, 2000
[65] Guy Pouzard, Information et documentation en milieu scolaire, Rapport du groupe EVS de l’IGEN, janvier 2001, www.education.gouv.fr/syst/igen/rapports/docecole.pdf
[67] Colette Charrier-Ligonat, De la nécessité de formaliser un projet de politique documentaire, Mediadoc, septembre 2003
[68] Ce qui nous paraît à la fois insuffisant et en même temps probablement majoré : l’enquête était déclarative et, en outre, n’ont répondu que ceux qui le souhaitaient.
[69] Le budget du CDI est constitué d’une partie des crédits d’enseignement (financés par la collectivité de rattachement et inscrits au chapitre A1 du service général) auxquels peuvent s’ajouter d’autres ressources. Le montant global du chapitre A1 est voté par le Conseil d’Administration, la répartition des crédits par discipline est définie par le chef d’établissement. Au sein du chapitre A1, les dépenses du CDI sont imputées sur différents comptes en fonction de leur nature :
- A1 6067 : Fournitures d’enseignement (matériels, logiciels, reprographie).
- A1 6186 : Documentation pédagogique, Abonnements.
- A1 615 : Maintenance des matériels pédagogiques.
- A1 613 : Contrats de location de photocopieurs.
- A1 6062 : Manuels scolaires lorsque la collectivité territoriale a choisi d’en assurer le financement.
Le chapitre A2 concerne les dépenses sur ressources spécifiques, provenant de l’Etat (logiciels et maintenance pédagogique, manuels scolaires, photocopillage). Le compte 6181 du chapitre D (autres charges générales) est utilisée pour la documentation générale (non pédagogique) qui peut-être mise à disposition du CDI. L’achat de manuels scolaires peut aussi être financé par le fonds social pour aider les familles qui en ont fait la demande après avis de la commission du fonds social. Dans ce cas, les achats sont comptabilisés au chapitre F compte 6062. Le financement de projets précis peut se faire :
- sur crédits affectés aux services spéciaux du budget :
o J38 : crédits d’état pour le projet d’établissement,
o N3 : crédits d’état pour le fonds de vie lycéenne (décision soumise au Conseil de la Vie Lycéenne),
- sur crédits provenant du fonds de réserve de l’établissement (décision soumise au Conseil d’Administration),
- sur subventions exceptionnelles de la collectivité territoriale ou d’autres organismes (mécénat…).
Certains financements sont liés
aux spécificités de l’établissement : possibilité d’utiliser une partie de
la taxe d’apprentissage, fonds liés à des options particulières ou aux classes
post-bac.
[70] http://www.ac-poitiers.fr/doc/contributions/pol_doc/indicatr.pdf
[71] Marie Guyot, Pratiques de recherche au CDI, 2002,
http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/documentation/bpageacc/enquetecdi.pdf
[72] Pour une pédagogie documentaire au collège, « expériences de recherche documentaire au collège »,1994, fruit d’une collaboration entre la DESCO et la DT.
[73] On peut par exemple citer :
- Tu cherches, nous cherchons…La recherche d’information au collège et au lycée, du papier à Internet, Maryvonne Courtecuisse, CRDP Poitou-Charentes, 2001.
- Formanet, travaux issus d’une coopération de plusieurs années entre la France et le Québec, http://www.ebsi.umontreal.ca/formanet/ ou http://www.ac-poitiers.fr/voir.asp?p=tpi/formanet/index.htm
[74] Jérôme Dinet, La recherche documentaire à l'école: compréhension des difficultés des élèves et approche cognitive des processus de sélection de référence, thèse de doctorat de psychologie, Université de Poitiers, 2002
[75] André Tricot et Jean-François Rouet, Les hypermédias : approches cognitives et ergonomiques, Hermès, 1998.
[76] André Tricot, Apprentissages et recherche d'information avec des documents électroniques, mémoire pour l’habilitation à diriger des recherches. Université de Toulouse 2, 2003
[77] Béatrice Coutelet, apprentissage de la recherche d’informations : évaluation et sélection de titres de documents, http://archiveseiah.univ-lemans.fr/EIAH2003/Pdf_annexes/Coutelet.pdf
[78]
Alain Coulon, Penser, classer et catégoriser:
l'efficacité de l'enseignement de méthodologie
documentaire à l'université, Espace
universitaire, n° 15, oct. 1996,
[80] Interview de Tim Berners-Lee, « J’ai fait un rêve »,Courrier de l’UNESCO, septembre 2000,
[81] Élaboration d’un tableau de
compétences documentaires par niveau, communication auprès de l’Association
régionale des documentalistes de l’enseignement privé (ARDEP 69), janvier 2004
http://ardeplyon.free.fr/calendr.htm>http://ardeplyon.free.fr/calendr.htm
[82] http://savoirscdi.cndp.fr/pedago/Reflexion/koenig/koenig.htm
[83] http://www.ac-versailles.fr/cdi/portfolio/Presentation.htm
[84] BOEN n°42 du 23 novembre 2000
[85] Modalités d'évaluation des travaux personnels encadrés au baccalauréat, séries ES, L et S - Note de service du 19 septembre 2001 parue au BOEN n°35 du 27 septembre 2001
[86] Assises nationales pour l’éducation à l’information, Paris, mars 2003,
[87] à l’instar du C3i, créé à l’université de Poitiers
Deshoullières B., Moreau S., Djoudi M., IPinfo, un système d'information et de communication pour les formations à la maîtrise de l'information. STICEF - Sciences et Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Éducation et la Formation, (article accepté en 2003, à paraître en 2004).
[88] Programmes de STG- BOEN n°1 hors-série du 12 février 2004
[89] Politique documentaire : un concept, des enjeux, Mediadoc, FADBEN, septembre 2003
[90] http://www.ac-rouen.fr/pedagogie/equipes/doc/spip/ecrire/pdf/academie.pdf
[91] http://savoirscdi.cndp.fr/culturepro/poldoc/politi_reflexion.htm
[92] http://www.ac-poitiers.fr/doc/contributions/Dan_Cad/projet_CDI.htm
[93] www.educnet.education.fr
[94] « Ces ouvrages seront disponibles dans la BCD…La BCD doit permettre de répondre aux besoins nés de la classe, comme au désir d’évasion et de divertissement »
Arrêté du 16 juillet 1980 publié au BOEN n° 31 du 11 septembre 1980- Contenus de formation à l’école élémentaire-cycle moyen-
[95] « S’entraîner à rechercher les documents et la documentation nécessaires aux travaux individuels et collectifs en fonction d’objectifs poursuivis ; à reconnaître les types d’ouvrages utiles (manuels, atlas, dictionnaire, encyclopédie) ; à se servir d’un livre (table, index), d’une revue, d’un journal ».
Arrêté du 16 juillet 1980 publié au BOEN n° 31 du 11 septembre 1980- Contenus de formation à l’école élémentaire-cycle moyen-
[96] Arrêté fixant les programmes d’enseignement de l’école primaire, 25 janvier2002 publié au BOEN hors série n°1 du 14 février 2002
[97] Lire et écrire au cycle 3, pages 21à 25, CNDP, 2003
http://www.cndp.fr/archivage/valid/54037/54037-7601-7559.pdf
[98] Par exemple, à Poitiers, un diplôme d’université est proposé en collaboration entre l’académie, l’IUFM, le CRDP et l’Université.
http://www.univ-poitiers.fr/rubrique/catalogue-formation/fiche_formation.asp?codesise=9120635069
[99] http://www-tic.unilim.fr/ « Les apprentissages s'organisent en campus virtuel, c'est à dire à distance via Internet. Les étudiants sont organisés en groupes formant des communautés virtuelles qui pratiquent le travail collaboratif, développant ainsi leur pratique des outils d'échange synchrones et asynchrones sur Internet et leur capacité au travail d'équipe via les réseaux numériques.»
[100] Arrêté du 15 septembre 1999 publié au BOEN n°37 du 21 octobre 1999
[101] L’examen des sujets de mémoire réalisés par les documentalistes-stagiaires de quatre académies montre la place importante occupée par les sujets précédemment évoqués : les nouveaux dispositifs pédagogiques et les questions liées à Internet.
[102] Mis en place par l’ESEN, ce groupe réunit des représentants de l’IGEN, des IA-DSDEN et des IA-IPR EVS. Il a pour fonction d’aider à la construction du plan de formation des IA-IPR AVS et d’en valider la forme définitive.
[103] Françoise Leblond, Les nouveaux documentalistes, Ellipses, 1994, préface de Pierre Vandevoorde