Le droit du plus fort est souvent considéré comme une loi naturelle.
Cependant, si l'évolution darwinienne peut en effet être
assimilée à une lutte impitoyable pour la survie individuelle, elle
ne peut en aucun cas justifier moralement des comportements ou des
pratiques humaines, et ne fait que décrire des mécanismes.
Toutefois, l'être humain, comme toutes les espèces vivantes
apparaît comme un produit de l'évolution darwinienne. Le principe de
l'évolution des espèces ne repose pas seulement sur la sélection
naturelle, mais aussi sur deux autres types de sélection. La sélection
naturelle s'exerce sur la survie individuelle. La sélection
sexuelle s'exerce sur le succès reproducteur. La troisième
sélection, découverte dans les années 1970 explique l'apparition de
la coopération dans un système de sélection individuelle. C'est la sélection
de parentèle qui s'exerce sur l'apparentement des individus dans
les groupes sociaux.
Les conflits d'intérêt, qui chez les espèces solitaires sont
limités par la territorialité, sont régulés étroitement dans les
groupes sociaux. Ainsi, la dominance hiérarchique définie par
la fréquence et l'orientation des interaction agressives, l'accès
prioritaire à la nourriture, ou l'accès prioritaire aux partenaires
sexuels peut être interprété comme un mécanisme de régulation des
conflits. Les interactions agressives ont tendance à diminuer quand
la hiérarchie est stabilisée. Le dominant se caractérise alors par
une faible agressivité. Chez les chimpanzés, il intervient
directement dans l'arbitrage des conflits.
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Parce qu'elles investissent davantage dans la reproduction, les
femelles sont généralement plus sélectives que les mâles dans la
recherche de partenaires sexuels. Comme elles ne peuvent pas évaluer
directement la qualité des partenaires potentiels, elles s'en
remettent le plus souvent à des traits indicateurs qui peuvent les
renseigner indirectement. Ces caractères, sélectionnés par la
sélection sexuelle expliquent le fort dimorphisme sexuel observé
très souvent chez les Oiseaux. Chez les Mammifères, et en
particulier chez les Primates, le rang hiérarchique
semble être le critère de choix le plus important des femelles. Dans
certains cas, les combats entre mâles font émerger un dominant qui
acquiert automatiquement l'accès prioritaire aux femelles, sans choix
préalable de celles-ci. |
Cependant, des études approfondies ne vont pas toujours dans ce sens.
Premièrement, le rang hiérarchique, comme tous les traits de
sélection sexuelle (couleurs, ornementations, armes) peut être
trompeur et n'être corrélé à aucune véritable « supériorité
». Dans le cadre de la théorie des jeux, on parle
souvent de tricheurs. Quand la corrélation entre le trait (couleur
vive par exemple) et l'aptitude (forte résistance aux parasites,
forte fécondité par exemple) fait défaut, on dit que les signaux
sont malhonnêtes. Deuxièmement, les femelles
elles-mêmes ne choisissent pas toujours les individus porteurs de ces
traits. Chez les Primates par exemple, les
tests de paternité ont montré que les animaux de rang hiérarchique
inférieur avaient une descendance souvent aussi importante que les
dominants ! Dans certains cas, les différences de comportement ne
relèvent pas de différences qualitatives (dominant/dominé) mais de
véritables stratégies ou tactiques alternatives, comme par exemple
les accouplement furtifs. Les animaux de rang inférieur ou
intermédiaire expriment généralement des comportements plus variés
et plus riches destinés à détourner leur handicap. Ceci pourrait
expliquer que les artistes, chez l'homme, sont rarement des dominants.
Même quand la hiérarchie se met en place par des combats entre
mâles, ces combats sont rarement violents. En effet, les combattants
utilisent souvent des armes spécifiques différentes de celles
utilisées dans la défense contre les prédateurs. Les combats sont
souvent ritualisés et transformés en danses ou en parades. Chez le
chimpanzé, les prétendants à la dominance font des parades
d'intimidation très violentes destinées à impressionner les autres
mâles. On parle alors de bluff. Chez l'Homme, le bluff est
généralisé et s'organise en systèmes de valeurs
transmis par la culture et qui légitiment les critères de dominance.
L'argent en est l'exemple le plus frappant.
Enfin, s'il est vrai que
la dominance tend à diminuer l'agressivité dans les groupes sociaux,
le statut de dominé est extrêmement anxiogène, comme en témoignent
souvent des taux élevés de corticoïdes (hormones liées au stress)
chez les subordonnés. Ainsi, l'absence d'agressivité souvent
observée chez les subordonnés s'apparente plus à une inhibition de
l'action (Laborit), c'est-à-dire à une soumission qui peut s'avérer
délétère. L'acceptation de son sort correspond alors plus à une
aliénation (Marx) qu'à un véritable choix. La violence physique est
alors remplacée par une violence symbolique (Bourdieu).
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GLOSSAIRE
Dimorphisme sexuel : Différence morphologique entre
les mâles et les femelles d'une espèce. Exemple : le coq et la
poule.
Dominance hiérarchique : La dominance hiérarchique
est objectivée par l'observation d'un grand nombre d'interactions
spontanées ou provoquées par la mise en compétition (pour la
nourriture ou une femelle pour des mâles). Cette méthode a été
initiée par des études portant sur la poule et sur l'enfant humain
au début du 20ème siècle. Les interactions agressives
ont tendance à disparaître quand la hiérarchie est stabilisée.
Il est donc préférable d'observer les premières interactions
entre individus non familiers, les interactions observées dans un
groupe stable risquant de refléter davantage une
contestation de la hiérarchie que la hiérarchie elle même.
D'autres méthodes consistent à observer la priorité d'accès à
la nourriture ou aux femelles par les mâles. La hiérarchie peut
être linéaire, c'est-à-dire transitive (si A domine B et B domine
C alors A domine C) ou non. Bien qu'abstraite, cette notion
correspond, chez plusieurs espèces de singes à une représentation
cognitive. Chaque individu du groupe connaît sa place dans la
hiérarchie et est capable d'ordonner correctement les photos de
tous les individus.
Evolution darwinienne: Principe de «
descendance avec modification » (Darwin) qui explique l'histoire de
la vie par un
remplacement progressif des espèces par d'autres ayant abouti aux
espèces actuelles. Le terme d'évolution, qui n'est pas celui de
Darwin, introduit une connotation de progrès absente de la pensée
de Darwin.
Primate : Ordre de Mammifères apparu il
y a au moins 65 millions d'années, dont font partie les Lémuriens,
les singes, les grands singes (Chimpanzés, Gorilles et
Orangs-Outangs), et l'Homme.
Sélection : Principe favorisant le
succès de certains caractères portés à l'origine par un nombre
réduit d'individus puis envahissant progressivement la population,
du fait d'une meilleure survie (sélection naturelle), d'un meilleur
succès reproducteur (sélection sexuelle), ou d'un succès
collectif dû à la coopération entre individus apparentés
(sélection de parentèle).
Signal honnête / signal malhonnête : En
sélection sexuelle : Un signal est dit honnête s'il renseigne
effectivement les femelles sur l'aptitude du mâle (par exemple, la
couleur vive est associée à une bonne résistance aux parasites)
et malhonnête s'il n'est lié à aucune aptitude (le mâle est par
exemple de couleur vive mais stérile).
Théorie des jeux : Théorie d'abord utilisée par
l'armée et les économistes et utilisant des modélisations
mathématiques et informatiques pour tester des hypothèse de
mécanisme et faire des prédictions.
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BIBLIOGRAPHIE
Bourdieu, P. La domination masculine. Seuil.
Dawkins, R. Le gène égoïste.
de Waals, F. La réconciliation chez les primates. Flammarion.
Eibl-Eibesfeldt, I. Ethologie - Biologie du comportement. Ophrys.
Goodall, J L. Les chimpanzés et moi.
Gould, S J. Les coquillages de Léonard. Seuil.
Laborit, H. La légende des comportements. Flammarion. Laborit, H.
L'éloge de la fuite.