AGRÉGATION externe avril 2005
12-13-14 avril 2005
Première composition.
Durée=7h
Sujet : ordre,
nombre, mesure.
Deuxième composition (sur thème).
Durée=7h
Sujet : Avoir.
Troisième composition (histoire de la philosophie).
Durée=6h :
De ces deux points, l'être et la
connaissance (combien ils sont aimés en nous, et comment, jusque
dans toutes les autres choses au-dessous, on en trouve une
ressemblance même éloignée), j'ai suffisamment parlé pour ce que
le plan de cet ouvrage a paru demander. Mais de l'amour dont ils
sont aimés - si cet amour même est aussi aimé -, je n'ai pas
parlé. Or, il est aimé : et la preuve en est que, dans les hommes qui
sont aimés avec le plus de rectitude, il est lui-même davantage
aimé. On n'appelle pas homme de bien, en effet, celui qui sait
ce qu'est le bien, mais celui qui l'estime. Pourquoi donc, nous aussi,
ne serait-ce pas l'amour même qui nous fait aimer tout ce que nous
aimons de bien que nous aurions le sentiment d'aimer en nous ?
Il y a aussi un amour qui fait aimer jusqu'à ce qu'il ne faut
pas aimer ; et cet amour, il le hait en lui-même, celui qui estime
l'amour qui fait aimer ce qu'il faut aimer. Tous les deux
peuvent en effet se trouver ensemble dans un seul homme, et
c'est un bien pour l'homme qu'avec le progrès de l'amour qui nous fait
bien vivre s'affaiblisse celui qui nous fait mal vivre, jusqu'à ce que
la guérison soit complète et que se change en bien tout ce que
nous vivons.
Si nous étions des bêtes, nous aimerions la vie charnelle et ce qui
s'accorde à sa façon de sentir ; cela nous serait un bien
suffisant, et, puisque nous serions bien en nous y accordant,
nous ne chercherions rien d'autre. De même, si nous étions des arbres,
nous ne pourrions assurément rien aimer par un mouvement
sensible ; et pourtant nous semblerions comme tendre vers ce qui
nous rendrait plus fertiles et plus féconds en fruits. Si nous
étions des pierres, ou des flots, ou vent, ou flamme, ou quelque chose
de ce genre, n'ayant assurément ni sensation ni vie, nous
aurions cependant en nous comme une certaine tendance vers nos
lieux et vers notre ordre. Car les impulsions des poids sont comme les
amours des corps, elles entraînent vers le bas sous l'effet de la
gravité, vers le haut sous celui de la légèreté. Le corps, en
effet, est emporté par son poids, comme l'âme l'est par son amour, en
quelque direction qu'ils soient emportés.
Saint Augustin, La Cité de Dieu, XI, XXVIII
(nouvelle traduction, inédite)
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CAPES externe et CAFEP
2 et 3 mars 2005
Première composition : dissertation.
Durée = 6h
Sujet : L'expérience
Deuxième composition : explication de texte.
Durée = 6h
En présence d'un produit des beaux-arts, il faut que nous prenions
conscience qu'il est un produit de l'art et non de la nature ; mais il
faut cependant que dans sa forme la finalité apparaisse aussi libre de
toute contrainte par des règles arbitraires que s'il était un produit
de la simple nature. C'est sur ce sentiment de la liberté dans le jeu
de nos facultés de connaître, jeu qui toutefois doit en même temps
être final, que repose ce plaisir, le seul qui soit communicable de
façon universelle, sans cependant se fonder sur des concepts. La
nature était belle au moment où elle avait l'air d'être de l'art ; et
l'art ne peut être qualifié de beau que lorsque nous avons conscience
qu'il est de l'art cependant qu'il a l'air d'être nature.
En effet, qu'il s'agisse de la beauté de la nature ou de celle de
l'art, nous pouvons dire de manière générale : est beau ce qui plaît
dans la simple appréciation (et non pas dans la sensation des sens,
non plus qu'au moyen d'un concept). Or l'art a toujours une intention
déterminée de produire quelque chose. Mais, si ce quelque chose était
la simple sensation (quelque chose de simplement subjectif) devant
être accompagnée de plaisir, ce produit ne plairait dans
l'appréciation que par la médiation du sentiment des sens. Si
l'intention visait à la production d'un objet déterminé, alors, si
c'est par l'art qu'elle se réalise, c'est seulement par concept que
l'objet plairait. Mais dans les deux cas, ce n'est pas dans la simple
appréciation que l'art plairait ; c'est en tant que mécanique, et non
en tant que beau qu'il plairait.
Il faut donc que dans le produit des beaux-arts, la finalité, tout
intentionnelle qu'elle est, ne paraisse cependant pas intentionnelle ;
c'est-à-dire qu'il faut que les beaux-arts aient l'air d'être nature
lors même qu'on en a conscience comme de l'art. Or ce qui fait qu'un
produit de l'art apparaît comme nature, c'est que si parfaitement
exacte soit l'observance des règles indispensables pour que le produit
puisse être ce qu'il doit être, elle ne soit cependant pas pénible ;
il ne faut pas que le produit laisse transparaître la forme de
l'école, c'est-à-dire qu'il porte trace apparente que l'artiste a eu
la règle sous les yeux et que celle-ci a imposé des chaînes aux
facultés de l'esprit.
KANT, Critique de la faculté de juger,
1ère partie, § 45 (traduction L. Guillermit).
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AGRÉGATION
interne 2005
Première épreuve : explication de texte. Durée
6h. 30
Le candidat a le choix entre les deux textes suivants :
Texte n° 1
Les bêtes sont purement empiriques et ne font que se régler sur les
exemples, car elles n'arrivent jamais à former des propositions
nécessaires, autant qu'on en peut juger ; au lieu que les hommes sont
capables des sciences démonstratives. C'est encore pour cela que la
faculté que les bêtes ont de faire des consécutions est quelque chose
d'inférieur à la raison qui est dans les hommes. Les consécutions des
bêtes sont purement comme celles des simples empiriques, qui
prétendent que ce qui est arrivé quelquefois arrivera encore dans un
cas où ce qui les frappe est pareil, sans être capables de juger si
les mêmes raisons subsistent. C'est par là qu'il est si aisé aux
hommes d'attraper les bêtes, et qu'il est si facile aux simples
empiriques de faire des fautes. C'est de quoi les personnes devenues
habiles par l'âge et par l'expérience ne sont pas exemptes
lorsqu'elles se fient trop à leur expérience passée, comme il est
arrivé à plusieurs dans les affaires civiles et militaires, parce
qu'on ne considère point assez que le monde change et que les hommes
deviennent plus habiles en trouvant mille adresses nouvelles, au lieu
que les cerfs ou les lièvres de ce temps ne deviennent point plus
rusés que ceux du temps passé. Les consécutions des bêtes ne sont
qu'une ombre du raisonnement, c'est-à-dire ce ne sont que connexions
d'imagination. et que passages d'une image à une autre, parce que dans
une rencontre nouvelle qui paraît semblable à la précédente, on
s'attend de nouveau à ce qu'on y trouvait joint autrefois. comme si
les choses étaient liées en effet, parce que leurs images le sont dans
la mémoire. Il est vrai qu'encore la raison conseille qu'on s'attende
pour l'ordinaire à voir arriver à l'avenir ce qui est conforme à une
longue expérience du passé, mais ce n'est pas pour cela une vérité
nécessaire et infaillible, et le succès peut cesser quand on s'y
attend le moins, lorsque les raisons changent qui l'ont maintenu.
C'est pourquoi les plus sages ne s'y fient pas tant qu'ils ne tâchent
de pénétrer quelque chose de la raison (s'il est possible) de ce fait
pour juger quand il faudra faire des exceptions. Car la raison est
seule capable d'établir des règles sûres et de suppléer ce qui manque
à celles qui ne l'étaient point, en y insérant leurs exceptions ; et
de trouver enfin des liaisons certaines dans la force des conséquences
nécessaires, ce qui donne souvent le moyen de prévoir l'événement sans
avoir besoin d'expérimenter les liaisons sensibles des images, où les
bêtes sont réduites, de sorte que ce qui justifie les principes
internes des vérités nécessaires distingue encore l'homme de la bête.
G. W. Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain, Préface.
Texte n°2
Origine de la logique. - D'où la logique est-elle née dans la tête des
hommes ? Certainement de l'illogisme dont le domaine a dû être immense
à l'origine. Mais d'innombrables êtres, qui concluaient autrement que
nous ne le faisons maintenant, dépérirent : il se pourrait que ce fût
encore plus vrai qu'on ne pense ! Qui, par exemple, ne savait
discerner assez souvent l'« identique », quant à la nourriture ou
quant aux animaux dangereux pour lui ; qui par conséquent était trop
lent à classer, trop circonspect dans le classement, avait moins de
chances de survivre que celui qui tombait immédiatement sur
l'identique parmi tous les semblables. Mais la tendance prédominante à
considérer le semblable comme l'identique - tendance illogique, car il
n'y a rien d'identique en soi - cette tendance a créé le fondement
même de la logique. Il fallait de même, pour que pût se développer le
concept de substance qui est indispensable à la logique - encore que
rien de réel ne lui corresponde au sens le plus rigoureux -, que
durant fort longtemps la mutabilité des choses restât inaperçue et ne
fût pas appréhendée ; les êtres ne voyant pas suffisamment avaient une
avance sur ceux qui percevaient toutes choses « dans un flux ». Toute
extrême circonspection à conclure, toute tendance sceptique
constituent à elles seules un grand danger pour la vie. Nul être
vivant ne se serait conservé, si la tendance contraire à affirmer
plutôt qu'à suspendre le jugement, à errer et à imaginer plutôt qu'à
attendre, à approuver plutôt qu'à nier, à juger plutôt qu'à être
juste, n'avait été stimulée de façon extraordinairement forte. - Le
cours des pensées et des conclusions logiques dans notre cerveau
actuel répond à un processus et à une lutte d'impulsions qui par
elles-mêmes sont toutes fort illogiques et injustes : l'antique
mécanisme se déroule à présent en nous de façon si rapide et si
dissimulée que nous ne nous apercevons jamais que du résultat de la
lutte.
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre III, n°111 (Traduction
Pierre Klossowski, revue par Marc B. de Launay, et modifiée)
Deuxième épreuve : Dissertation Durée 7h
Sujet : Tout énoncé admet-il une interprétation ?