M. Blaise Benoit

Blaise Benoit

UNIVERSITÉ DE NANTES

 I.F.R. LETTRES ET SCIENCES HUMAINES 

DÉPARTEMENT DE PHILOSOPHIE

 Séminaire du Département de PHILOSOPHIE

"PHILOSOPHIES de L ' EXPÉRIENCE"

(mercredi 5 février 2003)

 

           

La réalité selon Nietzsche

Nantes, mercredi 5 février 2003

      La philosophie de Nietzsche est et se veut intempestive ou inactuelle. A l’inverse de ceux qui, à son époque, affichent une confiance indéfectible dans le progrès, Nietzsche voit dans la culture une inquiétante montée en puissance du nihilisme et du ressentiment. Et en ce sens, paradoxalement, il y a une incontestable actualité de sa pensée (sur ce point, consulter le numéro hors-série du « Nouvel observateur » paru en septembre 2002), qui n’est pas un simple phénomène de mode. Nietzsche est le penseur d’une réalité historique qui s’assombrit toujours plus (sans s’y résoudre, car il fait appel à ce qu’il nomme le « législateur de l’avenir »). Nietzsche serait donc un penseur de la « culture » (Eric Blondel : Nietzsche, le corps et la culture, PUF, 1986), ou de la « civilisation » (Patrick Wotling : Nietzsche et le problème de la civilisation, Paris, PUF, 1995).

     D’emblée, il semble donc que Nietzsche ne soit pas un auteur fécond pour réfléchir sur la réalité en général. Pour autant, l’exposé proposé tente d’inverser cette impression en considérant un double fil conducteur : qu’est-ce que la réalité selon Nietzsche ? Quels sont les différents modes d’investigation qui y conduisent ?

     La réalité est d’abord appréhendée à partir du clivage Apollon/Dionysos, dans la période de La naissance de la tragédie (1872). Cette approche n’est intelligible que si l’on souligne l’influence de Schopenhauer lecteur de Kant sur le jeune Nietzsche. Pour aller vite (trop vite, selon le bel article de Michel Haar : « La rupture initiale avec Schopenhauer », in : Nietzsche et la métaphysique, Paris, Gallimard, TEL, 1993, p. 65-78), la réalité est pensée à partir de la volonté schopenhauerienne, influencée par la chose en soi kantienne. A ce stade de l’analyse, c’est la musique qui permet de s’ouvrir à la réalité.

      La réalité est ensuite pensée comme devenir absolument insaisissable. Elle est alors une simple fiction issue du besoin de trouver de la stabilité dans le monde. Le mode de contact requis pour approcher cette réalité mouvante et plurielle est le Versuch.

     C’est pour tenter de mettre au jour la dynamique propre à cette réalité-devenir que l’hypothèse de la volonté de puissance est conçue. La généalogie tente de rendre compte de cette vision conflictuelle de la réalité.

     Enfin, dans les écrits de 1888 (Crépuscule des idoles, Antéchrist, Ecce Homo), contre l’idéalisme, la réalité est le chaos des forces auquel il faut acquiescer. Le mode de contact avec la réalité requis ici est l’expérience comme épreuve, ascèse, mais aussi amour au sens de l’amor fati.