Aires terrestres éducatives : une journée de formation pour les enseignants, en Loire-Atlantique

Aires terrestres éducatives : une journée de formation pour les enseignants, en Loire-Atlantique

Mardi 16 décembre, la Maison du lac de Grand Lieu, à Bouaye, a accueilli une formation départementale consacrée au dispositif des aires terrestres éducatives (ATE), à destination des enseignants engagés dans cette démarche pédagogique innovante.

Organisée par Anne-Lise Ageneau, chargée de mission Éducation au Développement Durable (EDD) de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN), en partenariat avec l’Office français de la biodiversité (OFB), cette journée de formation s’adressait aux enseignants du département de la Loire Atlantique récemment engagés dans un projet d’aire éducative ou impliqués depuis un à deux ans, avec pour ambition de les accompagner dans la mise en œuvre de leur projet, de favoriser l’enrichissement des pratiques par les échanges entre pairs et d’initier une véritable dynamique collective autour du dispositif.

Qu’est-ce qu’une aire éducative ?

Une aire éducative est un petit territoire naturel de proximité, géré de manière participative par des élèves, accompagnés de leurs enseignants et d’une structure d’éducation à l’environnement. Selon sa localisation, elle sera qualifiée d’aire marine éducative (AME) lorsqu’elle est située sur le littoral, ou d’aire terrestre éducative (ATE) lorsqu’elle se déploie à l’intérieur des terres. 

Habituellement, lorsqu’ils s’engagent dans le processus, les élèves découvrent plusieurs espaces qu’ils explorent avant de choisir l’un d’eux qui deviendra l’aire éducative. Ils identifient alors les enjeux liés à cet environnement, débattent collectivement, prennent des décisions et proposent des actions concrètes, devenant ainsi de véritables acteurs de leur territoire.

Un dispositif né aux Marquises en 2012

Le dispositif des aires éducatives trouve son origine dans une initiative portée par des élèves. Entre octobre 2011 et novembre 2012, une campagne océanographique intitulée « Pakaihi Te Moana » (« respect de l’océan »), a été menée afin d’inventorier le patrimoine naturel marin des îles Marquises.

À l’occasion d’actions de sensibilisation et d’échanges avec des scientifiques, les élèves de l’école primaire de Vaitahu, sur l’île de Tahuata, ont exprimé le souhait de devenir responsables de la baie située face à leur école. Avec l’appui de la fédération Motu Haka, de l’ancienne Agence des aires marines protégées et des collectivités locales, la première aire marine éducative a ainsi vu le jour en 2012. 

Un déploiement en croissance, soutenu par l’Éducation nationale

Depuis sa création, le dispositif s’est largement développé à l’échelle nationale, avec près de 2 000 aires éducatives recensées aujourd’hui en France, dont 87 sur le territoire des Pays de la Loire.

Aires terrestres éducatives : une journée de formation pour les enseignants, en Loire-Atlantique
La journée de formation organisée le 16 décembre réunissait une dizaine d’enseignants, quatre référents de structures partenaires ainsi
que deux conseillers pédagogiques de circonscription.
Olivier Turban, inspecteur de l’Éducation nationale, co-pilote de la commission départementale Sciences, Technologie et EDD.
Olivier Turban, inspecteur de l’Éducation nationale, co-pilote de la commission départementale Sciences, Technologie et EDD.

L’ouverture de cette session de formation par Olivier Turban, inspecteur de l’Éducation nationale, co-pilote de la commission départementale Sciences, Technologie et EDD, a été l’occasion de rappeler que les aires éducatives constituent un support particulièrement pertinent pour l’éducation à la citoyenneté, une démarche complémentaire à l’école dehors et un possible levier pour construire une identité d’école. Elles permettent également de donner du sens à travers des situations concrètes aux apprentissages en croisant de nombreuses problématiques transversales. 

Soulignant le potentiel de développement de ce dispositif dans le département, il a conclu en insistant sur la portée citoyenne de cette démarche qui « engage les élèves et les place en situation de responsabilité réelle vis-à-vis de leur environnement ».

Des pratiques « Les mains dans la terre »

La journée de formation, en écho à l’esprit du dispositif, s’est appuyée sur une mise en situation, des enseignants, sur le terrain, qui a permis aux participants de vivre deux activités d’exploration de site, telle qu’elle peut être proposée aux élèves. 

Enseignants en formation et Antoine Orcil, chargé de mission EEDD au CPIE.
Enseignants en formation et Antoine Orcil, chargé de mission EEDD au CPIE.

Antoine Orcil, chargé de mission en éducation à l’environnement et au développement durable au Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement (CPIE) Logne Grand-Lieu, qui a déjà accompagné six projets d’aires éducatives, a partagé son expérience et ses pratiques. Il a notamment souligné l’intérêt d’aborder les premières séances sans matériel spécifique, en invitant les élèves à observer, écouter et ressentir leur environnement.

Identification des indices de biodiversité.
Identification des indices de biodiversité.

La première activité proposée consistait à explorer l’espace pour identifier, individuellement, de manière concrète ou plus sensible, un élément de connaissance à partager et un élément de questionnement ou curiosité. La seconde activité invitait à collecter, en petit groupe, des indices de biodiversité. 

Cette approche à la fois sensible et scientifique vise à éveiller la curiosité, à faire émerger des questionnements authentiques et à poser les bases d’une problématique construite par les élèves eux-mêmes. Comme l’a rappelé Antoine Orcil, « Il n’est pas nécessaire pour un enseignant d’avoir réponse à toutes les questions : l’essentiel est de chercher collectivement les réponses, en se constituant progressivement en équipe de chercheurs. »

Un accompagnement des enseignants dans leurs projets

Les échanges qui ont suivi ont fait émerger de nombreuses pistes pour favoriser le rôle central des élèves, appelés à devenir progressivement décisionnaires dans un cadre sécurisé et accompagné. 

Stéphanie Couprie (OFB).
Stéphanie Couprie (OFB).

Les formatrices ont rappelé également qu’autour du binôme formé par l’enseignant et le référent de la structure d’éducation à l’environnement, peut s’organiser un collectif d’acteurs composé des collectivités, des élus, des gestionnaires d’espaces naturels, des associations et des habitants.

Cette ouverture favorise l’ancrage territorial du projet et lui confère une véritable dimension citoyenne. Les élèves expérimentent ainsi la conduite de conseils de la Terre, espaces démocratiques où ils apprennent à débattre, argumenter et voter.
Finalement, les participants ont pu, tout au long de la journée, partager leurs expériences, questionner les formatrices et se questionner sur leur approche du dispositif.

Une démarche exigeante

Réfléchir à la transmission entre cohortes d’élèves afin d’assurer la continuité du projet, apprendre à utiliser la plateforme SAGAE comme carnet de bord et outil de suivi ou encore réfléchir aux quatre critères de labellisation du dispositif (connaître, vivre, transmettre et décider), tous ces points abordés lors de cette journée ont mis en lumière l’importance de ce moment de formation. 
À l’issue de cette journée, il apparait qu’entrer dans le dispositif ATE est une démarche exigeante qui nécessite un engagement fort de la part des enseignants.

La labellisation, par exemple, constitue un repère essentiel pour les structures partenaires, garantissant le sérieux de la démarche et permettant de valoriser l’engagement des équipes et des élèves.

Hélène Videau (OFB) et Anne-Lise Ageneau (Formatrice EDD DSDEN 44).
Hélène Videau (OFB) et Anne-Lise Ageneau (Formatrice EDD DSDEN 44).

Ni statut de protection réglementaire ni simple sortie scolaire, l’aire terrestre éducative s’affirme avant tout comme une démarche pédagogique fondée sur la participation active, la réflexion collective et l’éducation à la citoyenneté environnementale. 

Elle représente, cependant, comme l’ont souligné les participants, une source d’épanouissement professionnel, offrant des opportunités de réfléchir ensemble, d’observer les évolutions des élèves, de voir émerger chez eux une véritable culture naturaliste et d’accompagner des enfants qui trouvent dans ces espaces un lieu pour s’exprimer, s’engager et s’émerveiller.

 

Mise à jour : janvier 2026