Dans cette interview, Laure revient sur son parcours et sa carrière et évoque également sa place de femme dans un milieu encore largement perçu comme masculin.
- Pouvez-vous vous présenter ?
Laure Bruyère, enseignante en bac professionnel Interventions sur le patrimoine bâti et en CAP taille de pierre au lycée Aimé Césaire de Clisson.
- Quel est votre parcours ?
J’ai obtenu un DEUG (bac + 2) en Histoire de l’art et archéologie à l’université de Lille, puis une licence professionnelle en conservation et restauration du patrimoine à Arles. J’ai poursuivi avec un CAP taille de pierre en 1 an, à la Fédération Compagnonnique des Métiers du bâtiment à Orléans.
J’ai beaucoup aimé l’architecture et l’étude des styles à travers les époques durant ma formation en histoire de l’art, et j’ai décidé de me spécialiser dans la restauration du bâti ancien en licence, en choisissant un parcours en licence sur les pathologies et les remèdes de la pierre. Restaurer était devenu une priorité. Mais après avoir étudié dans « les livres », j’avais un besoin de manipuler et de comprendre comment on pouvait créer de tels décors.
- Quels obstacles avez-vous rencontrés au début de votre carrière, et comment les avez-vous dépassés ?
Il n’existait pas de diplômes dans la voie professionnelle portant sur le patrimoine à l’époque, mais il y avait un projet d’ouverture qui se préparait dans mon académie de l’époque. J’ai donc enseigné dans des domaines du bâtiment dans lesquels une remise à niveau de mes connaissances était nécessaire. Beaucoup d’heures à construire des progressions de cours !
- Qui vous a le plus soutenue ou inspirée dans votre parcours ?
J’ai travaillé avec une équipe de professeurs avec qui la collaboration et l’envie de travailler autrement nous a permis de monter des projets extraordinaires.
- Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre discipline aujourd’hui ?
Le plaisir du travail bien fait, embellir ce qui a été abandonné, et de partager cela avec mes élèves.
- De quoi êtes-vous la plus fière dans votre carrière ?
D’emmener mes élèves au bout de leur formation, de les voir diplômés et s’épanouir dans le domaine du bâti ancien.
- Quel conseil auriez-vous aimé recevoir plus tôt dans votre carrière ?
Qu’il fallait travailler beaucoup avec les parents, main dans la main pour accompagner chaque jeune au mieux.
- Avez-vous constaté une évolution de la place des femmes dans votre discipline ?
Nous sommes partout ! Il n’y a aujourd’hui plus de « métiers d’hommes », et ça fait plaisir de voir que nous nous autorisons à occuper les postes qui nous plaisent, sans distinction de genre. J’ai eu des collègues féminines en peinture, en taille de pierre, en plomberie, en gros œuvre et en travaux publics.
- Quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes filles qui hésitent à s’orienter vers ce domaine ?
Nous avons deux bras et deux jambes comme n’importe quel autre ouvrier sur le chantier. Nous y avons notre place également. Certes nous n’avons pas la même force, mais aujourd’hui beaucoup de moyens sont mis en place pour faciliter le port de charges. Faites ce qui vous plaît vraiment, car vous le ferez bien.
C’est un métier dans lequel on ne s’ennuie pas, mais qui demande rigueur et exigence.
Mise à jour : mars 2026



